Dominique Foucart

De l’origine des problèmes humains… et de quelques manières de les résoudre (1)

Comprendre avant d’intervenir…

Les gens que je rencontre professionnellement ont ce que l’on appelle généralement un ou des « problèmes ». Ils viennent avec une souffrance ou une plainte, qui ne semble pas vouloir les quitter. Tous disent vouloir se débarrasser  de leur problème. Certains ont essayé, souvent en vain. D’autres ne savent pas par où commencer. D’autres enfin sont persuadés qu’il n’existera jamais de solution à leur problème.

Moi de mon côté, j’ai choisi d’essayer d’aider ces gens qui viennent me trouver. D’être comme la lampe torche que l’on allume au plus profond de la nuit, à la recherche d’un chemin. Souvent, je tente de n’être que la lampe. Je ne sais pas vraiment quel est le chemin que préféreras prendre mon compagnon de voyage. Je ne suis même pas toujours sur de voir un chemin, alors qu’elle ou lui perçoit une trace ou une piste. Mais pour être cette torche, il me faut avoir une idée aussi précise que possible de la manière dont les problèmes humains se forment, et des moyens que nous utilisons pour tenter de les résoudre.

Dans ma recherche d’outils, un élément est totalement central, c’est la foi profonde que personne ne détient de vérité absolue sur quoi que ce soit. C’est cette conviction qui me fait me méfier comme de la peste de toutes les approches des problèmes humains qui font appel à la soit-disant sagesse d’une personne particulière. Car dans la plupart des cas, celui qui se réclame de la sagesse d’un autre, fait souvent passer la volonté de cet autre avant le contenu de sa sagesse. Je ne veux pas d’une approche qui me dise « quand votre patient fait ou dit ceci ou cela, faites cela ou ceci », sans que je puisse comprendre comment la nature des relations humaines implique une telle manière de procéder.

Lorsque je suis confronté à une pensée qui pourrait m’aider à structurer mon approche des problèmes humains, il y a un indice qui me fait perdre toute confiance dans l’approche proposée: l’existence d’un label ou d’une appellation protégée. Les grands penseurs de la philosophie et de la sciences ont généralement eut à coeur de faire connaître au plus grand nombre les éléments les plus fondamentaux de leurs découvertes. Ils ne les ont pas enfermé dans des sessions de formation couteuses, restreignant l’usage du fruit de leurs pensées aux seuls franchisés issus de leurs écoles.

Malheureusement, la recherche de l’intérêt personnel et l’attrait d’un public fragilisé pour les gourous de tous poils font souvent le lit des « Maîtres », voire « Grands Maîtres » de toutes les disciplines psycho-ésotériques qui promettent la guérison des maux les plus improbables, ou qui créent des brevets pour protéger leurs sources de revenus.

C’est pour tout cela que je n’ai jamais réellement pu m’intéresser à des approches comme la PNL ou les constellations familiales. Les quelques séminaires d’initiation que j’ai pu suivre dans ces différents domaines m’ont convaincu que ces approches, loin d’être innovantes, n’étaient que des réductions d’une pensée universaliste à des procédures simplifiées, des « trucs et astuces » qui fonctionnent bien entendu dans un grand nombre de situations, mais restent centrés sur le praticien, au lieu de s’intéresser d’abord au patient.

C’est Irvin Yallom, le grand psychothérapeute américain qui écrit dans son livre-testament « l’Art de la thérapie »

Le thérapeute doit s’efforcer de créer une nouvelle thérapie pour chaque patient. […] Il est extrêmement difficile de développer cette aptitude dans le cadre d’une formation accélérée utilisant un protocole…

Et ce sont malheureusement ces approches basées sur des protocoles qui sont souvent proposées aux patients d’aujourd’hui.

Au début de toute histoire humaine, il pourrait y avoir un déséquilibre

Pour que je sois à l’aise dans mon approche, il me faut donc pouvoir baser mes réflexions sur une compréhension aussi complète que possible de la manière dont se forment les relations humaines. J’aimerais pouvoir construire mon modèle d’analyse à partir de rien, n’y introduire que des certitudes démontrées et acceptées par tous. Je n’ai malheureusement pas trouvé cette panacée. Et l’analyse rigoureuse de la pensée de ceux qui défendent une approche absolutiste des relations et des problèmes humains (comme les fanatiques religieux) m’a toujours amené à une impasse: qu’est-ce qui justifie l’existence d’un absolu initial (« Dieu » en l’occurrence).

Ainsi, alors que toutes les croyances absolues nous proposent un point de départ en harmonie totale – un peu comme le paradis terrestre de la Genèse – que le mal qui est inscrit en l’homme aurait transformé en vallée de larmes, je préfère partir du constat qu’un point d’équilibre est une exception, et que la règle est la recherche de ce point, à partir d’un déséquilibre initial.

Comment prenons nous conscience de nous-même et des autres ?

Un homme et une femme se rencontrent, se séduisent, se plaisent, s’engagent plus ou moins dans une vie commune, ont une ou des relations sexuelles. Dans le cadre d’une de ces relations, un spermatozoïde particulièrement doué rencontre un ovule accueillant. A partir de ce moment précis, comment va se former la conscience d’exister chez l’être qui commence là un trajet de plusieurs dizaines d’années ?

Au cours des 9 mois de la grossesse, l’embryon va peu à peu former ses différents organes. Dans l’état actuel des connaissances, on considère que c’est vers la troisième semaine de gestation qu’intervient un événement déterminant dans le développement de l’embryon. Il s’agit de l’apparition de

la corde dorsale (ou notochorde). Ce cylindre de cellules du mésoderme définit l’axe antéro-postérieur de l’embryon en s’étendant sur toute la longueur de celui-ci.

C’est cette corde qui, autour de la troisième semaine de développement, envoie un signal moléculaire qui amène les cellules de l’ectoderme situées juste au-dessus à s’épaissir en une colonne épithéliale individualisé, la plaque neurale. (Source : Le cerveau à tous les niveaux)

La formation et le développement du cerveau va permettre à l’embryon de percevoir, de commencer à faire usage de ses sens au fur et à mesure que ceux-ci se formeront. Aussi longtemps que nous ne disposons pas des éléments cérébraux indispensables, et des connexions de ceux-ci avec nos outils perceptifs (rétine, nerfs auditifs, gustatifs et olfactifs, circuits du toucher), nous ne pouvons rien savoir de ce qui nous entoure. Et si cette « déconnexion » devait perdurer, nous ne prendrions jamais connaissance du monde extérieur. Plus important encore, si nous ne pouvons ni voir, ni entendre, ni goûter, ni toucher, ni sentir, n’ayant aucune possibilité de l’existence de quelque chose de différent de nous, je ne vois pas comment nous pourrions avoir conscience de notre propre existence.

Lorsque j’examine la manière dont non seulement je pense, mais aussi celle de tous les gens que je rencontre, un point commun (me semble-t-il) qui me semble universel est la conscience de ce que « d’autres sont là« .

Imaginons qu’aucune autre personne que nous ne nous soit perceptible (encore faut-il pouvoir l’imaginer). Nous n’aurions aucun interlocuteur autre que nous même. Nous ne serions que les sensations que nous aurions du monde. L’absence de l’autre (de tout autre) ne peut se concevoir puisque nous ne pourrions survivre sans le secours de l’autre (du moins à la naissance). Il suffit de se souvenir de l’expérience menée par l’Empereur Frédéric II  pour se rendre compte qu’en absence de communication, la survie est impossible.

Dans cette démarche de minimisation des axiomes me permettant de travailler, il y a là une première pierre essentielle à poser:

La base de la conscience de soi, c’est la conscience de l’existence des autres.

En d’autres termes, pour pouvoir avoir un « problème » humain, même personnel, il faut que je sois conscient que d’autres être humains existent autour de moi.

En écrivant cette phrase, je la trouve cependant paradoxale: il me semble assez évident que pour avoir un problème relationnel, l’existence d’autres est une condition nécessaire. Par contre, si mon problème se rapporte à moi-même, en quoi l’existence des autres est-elle indispensable ?

Et pourtant, je n’ai pas l’impression d’avoir jamais rencontré un problème humain qui ne fasse intervenir dans le jugement que la personne porte sur elle-même un élément de comparaison, que ce soit par rapport à une personne ou une situation précise (mais différente de sa situation propre), ou plus généralement encore par rapport à une norme. Dire « je ne me sens pas normal (ou normalement …) » implique nécessairement une comparaison avec ce que d’autres sont.

Plus fondamentalement encore que la conscience de soi, c’est l’existence de chaque femme et de chaque homme qui est conditionnée à celle d’autres femmes et d’autres hommes.

 

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.