Eglise, religion: ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

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Les récentes déclarations du Pape François sur « les accumulations de fortunes privées ou privatisées confrontées à des accumulations de misères publiques« , ou de Monseigneur Léonard demandant une approche plus humaine pour les Afghans de l’Eglise du Béguinage (et qui s’engage même à marcher avec eux) devraient nous faire réfléchir à la manière parfois hâtive avec laquelle nous critiquons l’Eglise de manière générale pour ses positions moralisatrices (par exemple sur l’avortement ou l’homosexualité).

Je le dis tout net et tout cru: je ne peux accepter la position de l’Eglise sur l’homosexualité parce qu’elle est une forme de ségrégation inacceptable. Je ne partage pas ses opinions sur l’interdiction faite aux femmes de disposer de leur corps face à une grossesse non désirée. Je mesure pleinement les dégâts causés par le rejet de la contraception.

Mais quand l’Eglise s’inscrit dans le respect d’un système démocratique et comme n’importe quel groupe de pression organisé, y exprime une opinion, je lui reconnais le droit à cette expression. Et si cette opinion met en évidence une cause juste, là où d’autres groupes dit « de pression » se taisent dans toutes les langues, je dis « bravo ».

Je dis « bravo » à quiconque ose se lever et exprimer une opinion sincère, même si elle est radicale, surtout si elle va à l’encontre de ce que beaucoup de ses « clients ». Dans une Belgique, une Europe où souvent l’Eglise est aussi un « club » de rencontre pour une certaine droite conservatrice, que le premier des responsables de l’Eglise rappelle le droit à tous  de vivre sur notre territoire est un acte courageux.

Je dis « bravo » aussi à celui qui ose rappeler depuis Rome (mais on à toutes les raisons de l’écouter à Gand, à Anvers et à Bruxelles) que certaines disparités salariales n’ont plus rien à voir avec des différences de responsabilité. Peut-être Jean-Luc Dehaene devrait-il se souvenir qu’à une époque il était « Christen Democraat », qu’il doit beaucoup de sa carrière à l’ACW et aux travailleurs qui votaient pour lui. Ceux-là n’auront jamais la chance de toucher 650.000,00 euros de revenu par an…

N’est-il pas étonnant que si peu d’autres groupes de pression « philosophiques » se soient engagés aussi radicalement pour deux causes comme celles-là ? Et il serait trop facile de crier à la récupération. Récupération de quoi, de qui ? Y aura-t-il un baptême en plus parce que Monseigneur Léonard aura fait quelques pas avec des Afghans ? Un euro de plus dans les caisses du Vatican après les déclarations du Pape sur les inacceptables disparités salariales ?

Peut-être faut-il chercher ailleurs l’absence de réaction forte – notamment en Belgique – d’autres organismes représentatifs d’une morale confessionnelle ou non ? Peut-être que finalement rencontre-t-on plus d’indépendance du monde politique dans les sphères dirigeantes de l’Eglise de Belgique que dans d’autres organismes cultuels ou laïcs…

Et quand Anne Löwenthal, journaliste de grand talent, et dont l’ancrage très à gauche ne laisse pas indifférent écrit sur Facebook aujourd’hui « Personnellement, que monseigneur Léonard marche avec les Afghans, qu’un type aussi fermé ait encore une petite fenêtre ouverte, je trouve ça bien. Ca me donne de l’espoir dans ce que je fais. » j’ai envie de faire chorus.

Parce que depuis quelques jours, il est facile pour nos ministres de cacher leurs responsabilités dans la situation des milliers d’illégaux (qui n’en sont pas, je vous le rappelle ici) refusés dans notre pays en allant visiter des restos du coeur, en insistant sur la « pauvreté nationale », sur nos héros militaires au Liban et en Syrie (tiens, c’est bizarre, dans la tournée du Premier Ministre, l’Afghanistan n’est pas à l’ordre du jour, alors même que selon sa Ministre de la Politique d’Asile, c’est un pays où nos militaires ne courent aucun danger)…

Verrons-nous maintenant les responsables des cultes protestants, israéliens, musulmans, du Centre d’Action Laïque se joindre à la marche sur Gand ? Sauront-ils ne pas transiger avec leurs valeurs fondamentales de respect de la personne humaine quitte à déplaire à leurs représentants au sein du monde politique ? Je reste curieux de ce qui viendra au jour d’ici le 13 janvier.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.