L’ignoble identité malheureuse d’Alain Finkielkraut

Je viens de terminer le dernier opus du « philosophe » français Alain Finkielkraut, et j’en ressors avec un sentiment d’écoeurement face à la perversité du discours de l’auteur.

On ne peut résumer un livre à une de ses phrases, mais celle qui reste la plus controversée semble-t-il (dixit l’Express lui-même) de l’ouvrage nous dit ceci: « Les autochtones n’ont pas bougé, mais tout a changé autour d’eux. Ont-ils peur de l’Etranger? Se ferment-ils à l’Autre? Non, ils se sentent devenir étrangers sur leur propre sol. »

A partir de ce constat, Finkielkraut déplore alors que la France soit devenue, « seul pays au monde à avoir interdit le voile intégral » (il semble que Mr Finkielkraut se prive d’un déplacement au delà de la frontière nord de son propre pays…), le pays de la perte de la galanterie et  celui où l’école donne désormais le pouvoir aux élèves et retire leur pouvoir d’encadrement aux maîtres.

Qu’on le veuille ou non, tout cela fleure bon l’amalgame sécuritaire et le discours d’exclusion (et l’auteur ne s’en cache d’ailleurs pas). Il fait vibrer au coeur de nombreux lecteurs des cordes sensibles avec des arguments qui n’ont rien d’innovant. Une petite couche d’anti-modernisme (les outils des nouvelles TIC sont en partie responsables de la déliquescence générale des moeurs) permet de s’assurer la sympathie de tous les défenseurs du « c’était tellement mieux avant ».

Ce qui me met particulièrement mal à l’aise dans l’essai de Mr Finkielkraut ce sont ses manipulations des discours des plus grands philosophes (il détourne ainsi abondamment la pensée de Pascal et surtout de Spinoza, et ne s’allie Kant et Hegel que quand ça l’arrange), et sa persistance à établir l’homme comme existant en dehors de toute relation.

Or, c’est là à mes yeux une erreur fondamentale: on ne peut réduire un être humain aux actes qu’il pose, pour la simple raison qu’aucun acte n’est jamais posé par quiconque qu’en réponse à une impulsion (et donc un acte venant d’un autre être ou de l’environnement au sens large). Et donc l’acte (héroïque, ordinaire, scélérat) posé par un homme est le résultat de l’interprétation par(et donc de l’apprentissage, de la culture, de l’éducation de) cet homme de ce qu’il a ressenti de son environnement. Il faut donc être complet et accepter d’intégrer l’environnement, l’acte déclenchant à la personne agissante pour expliquer cet acte. Et par récurrence, le fait déclenchant l’acte qui a lui-même été déclenchant pour la (ré-)action de l’être humain considéré doit faire lui-même partie de la chaine infinie des causalités qui se dessine…

Est-ce à dire qu’aucun être n’est responsable de ce qu’il fait ? Loin de là. Chaque acte que nous posons implique notre choix de poser cet acte là et pas un autre. L’acte en lui-même peut-être répréhensible, condamnable. Et celui qui le commet doit supporter les conséquences (sentimentales, émotionnelles, sociales, économiques, pénales,…) de ses actes. Il ne peut cependant y être assimilé.

Ce n’est pas en réservant des traitements spéciaux aux personnes que nous pouvons construire une société plus juste et plus sure. C’est en nous attaquant fermement aux actes transgressifs posés par les personnes que nous y arriverons. Cela est d’autant plus évident qu’il est quand même plus logique et plus simple d’édicter (dans un système démocratique qui décline à travers son arsenal législatif les  valeurs partagées par les membres du système) des lois qui encadrent les actes (on peut faire ou ne pas faire telle ou telle chose) que des lois qui condamneraient des personnes en raison de leurs origines, de leur races.

La vraie inquiétude à avoir par rapport à la démocratie, c’est justement qu’en édictant de plus en plus souvent des lois qui condamnent les personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles ont fait (voir mon article sur l’illégalité des immigrés clandestins) on attise les haines entre groupes ethniques, sociaux, (sous-)nationaux ou autres.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

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