Maggie De Block au 16 ? La Belgique du repli sur soi avance…

 

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Ainsi donc d’après le sondage Dedicated Research publié par Le Soir 17h d’hier,  Maggie De Block serait considérée par 35% des Belges comme une candidate raisonnable au poste de Premier Ministre après les élections de 2014.

Une lecture légèrement décalée de l’article permet de comprendre que la posture de Maggie De Block est celle du « middle manager » idéal.

  • Lors de l’accord de gouvernement, la question de l’Asile a été tellement débattue que « la feuille de route de Di Rupo 1er en la matière était claire, nette et précise: diminuer les demandes d’asile », il y avait des objectifs précis à atteindre, l’idéal pour un bon « petit chef ».
  • La proximité de Maggie De Block avec ses électeurs est grandement facilitée par le fait que contrairement à « Bio de Danone » tout le mal qu’elle fait à l’extérieur donne l’impression de faire du bien à l’intérieur. Dans son travail, elle ne fait jamais de mal à un électeur, puisqu’elle ne doit s’occuper que de ceux qui ne le deviendront jamais ! Son objet de travail, c’est le déplacement de populations dans le sens du retour.

Mais tout comme la plupart des « kapos », Maggie De Block, sous le couvert de sa fidélité aux accords gouvernementaux, est un acteur clé d’une politique inhumaine, ignoble et fondamentalement illégale (voir ici mon autre article à ce sujet). Le vrai courage ne serait pas d’expulser ceux qui ont le tort d’arriver chez nous sans moyens et sans défense, sous les huées des nantis qui ont peur pour leur petit confort, mais bien de refuser d’être l’agent qui pousse les premières victimes de la mondialisation à s’entasser dans les avions du retour. Si ce n’était dramatique, je trouverais ridicule le terme de « retour volontaire » auquel se soumettraient (mais comment peut-on se soumettre volontairement) 49% des demandeurs d’asile déboutés. Volontaires ou involontaires, les retours sont d’abord la preuve du refus d’accueil.

Donc, avec un tel bulletin, Maggie serait une bonne candidate Premier Ministre ? Voulons-nous à la tête de notre pays une personne qui avoue elle même ne pas avoir de stratégie dans son propre domaine (« Je ne fais qu’exécuter l’accord de gouvernement »), qui n’aura prouvé la qualité de son travail qu’en effectuant des tâches qui tiennent de la distribution de friandises à des enfants difficiles (que fera-t-elle lorsqu’elle devra, un jour, dans un domaine différent, prendre des mesures impopulaires) ?

Allons-nous nous laisser diriger par quelqu’un qui – venant d’un métier ou la déontologie est essentielle – publie des circulaires qui ruinent l’indépendance de ceux qui défendent les plus démunis ? Je fais ici référence à sa récente décision de décider elle-même des tâches qui seront effectuées par les tuteurs de mineurs étrangers non accompagnés (les MENA), chargés en principe de la défense des intérêts des plus fragiles des étrangers (ceux qui arrivent sur le territoire belge encore enfants, sans leurs parents, et qui doivent donc être accompagnés par des adultes bienveillants dans le labyrinthe de la législation belge, du système éducatif et de l’hébergement). Ces tuteurs dépendaient jusqu’à présent du Ministère de la Justice, ce qui assurait leur indépendance. Ils devront maintenant exécuter les tâches données par le tâcheron en chef De Block.

Jusqu’à ce matin, j’étais tuteur MENA. Je viens d’envoyer ma lettre de démission. Je ne deviendrai pas un sous-kapo. J’ai aidé une vingtaine de jeunes depuis cinq ans. Quatre d’entre eux ont reçu un statut régularisé. Dans toute la mesure du possible, j’ai aidé les autres à entrer dans une clandestinité aussi peu dangereuse que possible. Et de cela, je tire un minimum de fierté.

Alors Maggie De Block au 16 ? Notre « kapo-damme de fer » va trouver devant elle des personnages radicaux, qui manipulent encore mieux qu’elle la peur de l’autre et de la différence. Cela nous promet un débat dont les remugles me donnent déjà envie de vomir.

Mais finalement, dans la grande chaîne de commandement où Maggie joue le chef de camp, il y a déjà un Premier Ministre, et six Vice-Premiers… Comment se fait-il qu’aucun d’entre eux n’arrête ce massacre discret des plus faibles ? Entre le chef du gouvernement et le policier de Steenokkerzeel qui pousse un Afghan dans la cale d’un avion, il n’y aura pas eu UNE SEULE personne capable de dire « Je n’aurai pas laissé faire cela ». Une seule de ces personnes est-elle digne d’être notre Premier Ministre ?

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.