No body is illegal: pour en finir avec 2013…

Au moment de clôturer l’année 2013, la phrase qui m’a le plus interpellé ces derniers mois me revient en mémoire. Elle était inscrite autrement, sur cet autocollant plaqué à l’arrêt du bus 64, arrêt Maelbeek: « Nobody is illegal », mais en la prononçant intérieurement, c’est cette version en trois mots qui s’est imposée à moi.

Si je devais me définir une utopie, ce serait sans doute celle là: que disparaisse au monde toute forme de discrimination basée sur la nature de la personne humaine. Aucun corps n’est illégal. Aucune personne n’est illégale. Nul ne peut refuser  un droit quelconque à quelqu’un sur la simple base de ce que cette personne est. Je ne prône  pas l’anarchie, et je crois que notre vie en société réclame des règles de convivialités, de respect des autres; mais toutes ces règles doivent porter sur l’agir et non sur l’être.

Notre loi « primaire » (dont le Décalogue est une bonne illustration) ne fait d’ailleurs rien d’autre que de pointer des actions interdites. Il y est dit « Tu ne tueras point », « Tu ne voleras point », etc… Et l’on devient coupable et condamnable d’un acte. Pas d’être une personne.

J’ai beaucoup décliné ce thème de la légalité absolue de l’être humain autour de la situation des Afghans réfugiés à l’Eglise du Béguinage, et le billet d’Anne Löwenthal de ce jour y revient encore de manière remarquable.

Si nous voulons espérer un meilleur vivre ensemble, il me semble que nous devons absolument arrêter nos tentatives de trouver avec qui il est possible de construire la société de demain. Nous pourrons déclarer les Afghans illégaux, et les Tchadiens, et les Lybiens, et les Marocains, et les Francophones pour les Flamands, les Flamands pour les Wallons, et… Nous ne pourrons pas empêcher des hommes qui ont le sentiment de pouvoir vivre mieux à un endroit qu’à un autre de s’y déplacer. Nous devons par contre travailler activement à définir comment peut s’articuler cette socialisation.

C’est là un défi immense, qui va nous demander beaucoup plus d’intelligence que le simple rejet sur base des origines ou des croyances. C’est une exigence de re-dynamisation de nos démocraties confortablement installées dans le train-train où elles vivotent depuis de nombreuses années. Tous les débats politiques de ces soixante dernières années ont portés sur des « ajustements » : un peu plus d’écoute du citoyen ici, un peu plus de sécurité sociale là-bas, puis lorsque la crise est arrivée, un peu moins de moyens ici, un peu plus de sécurité là-bas, …

L’absence de grands débats politiques fondamentaux (à l’exception notable des grands débats autour des égalités de droits pour les femmes, les homosexuels, les enfants) fait que nous considérons les politiciens comme des personnages de plus en plus centrés sur leurs intérêts de court terme, sans grande vision du futur. Mais c’est aussi le fruit de ce que nous leur demandons de faire chaque jour.

Les personnes que nous accueillons parmi nous n’ont pas été bercées et nourries du même confort démocratique que nous. Et nous voulons préserver – très légitimement me semble-t-il – ce confort que nous avons acquis. Même les plus pauvres dans nos sociétés sont souvent mieux traités que la plupart des personnes que les migrations nous amèneront à accueillir. Ces traitements, ce confort n’est d’ailleurs pas que matériel: il s’agit bien de ce que nous appelons nos libertés fondamentales.

Et je mesure combien pour moi, cette volonté de ne discriminer en rien une personne pour ce qu’elle est (tout en ne transigeant pas sur ce qu’elle peut ou doit faire pour maintenir un lien social qui me convienne aussi) risque de m’entraîner dans des dilemmes importants. Quelles contradictions ces nouveaux concitoyens vont-ils ou elles m’apporter ? Quelles règles de vie vont-elles ou ils remettre en questions ? Une fois leurs droits reconnus, dans quelle mesure vont ils transformer la vie ici, par leurs propres habitudes et valeurs ?

Je crois que c’est là que se cachent les défis les plus important du vivre ensemble pour nos prochaines années. J’aurai sans doute l’occasion de m’y attacher à nouveau en 2014.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

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