Pourquoi les chiffres sur l’immigration ont peu de sens ?

manifeteA l’occasion de la Manifête de ce mercredi, plusieurs blogueurs rappellent  que le Centre pour l’Egalité des Chances a publié quelques chiffres sur les flux migratoires en Belgique.

Au risque de me mettre en porte à faux avec certains amis, je voudrais ici insister sur la perversité de l’utilisation de tels chiffres dans un débat comme celui sur l’accueil dans notre pays d’immigrants venant de pays où l’on vit « moins bien » que chez nous.

En effet, quelle est la logique qui sous-tend la simple existence de ces chiffres ? On nous y parle de « flux migratoires » entre la Belgique et le Reste du Monde. Ce qui pose en vérité absolue et sans aucun débat la question des frontières nationales. Tout le monde sait que les frontières de notre pays n’ont pas été construites comme des frontières naturelles, mais qu’elles sont le fruit d’un marchandage politique destiné à assurer la stabilité du continent européen au début du XIXème siècle.

En d’autres termes, la Belgique n’a jamais existé comme territoire « vécu » de manière native par ses habitants. On pourrait dire que dans le cas de la Belgique, c’est l’habitude qui a fait l’habitant. N’importe quel autre accord aurait pu à l’époque faire de nous des citoyens hollandais, allemand ou français… et les chiffres publiés par le CEG seraient différents.

Et donc, en acceptant le rôle des frontières dans le décompte des vies qui se déplacent dans un monde qui ne compte plus de frontières naturelles, c’est renforcer la logique qui sous-tend tous les discours protectionnistes et de repli sur soi, puisque c’est admettre qu’un débat (les mouvements de population à travers les frontières) peut avoir du sens, alors même que son objet fondamental (les frontières « naturelles » sur lesquelles sont basées la plupart des territoires) est en pleine réorganisation.

Ne faudrait-il pas accepter qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les Afghans, Maliens, Marocains d’aujourd’hui et les Italiens, Espagnols et (déjà) Marocains d’hier, et même les flamands qui venaient travailler en Wallonie dans la première moitié du XXème siècle ? L’homme se déplace vers un lieu où il espère avoir une vie meilleure, parce que l’homme est ainsi construit qu’il recherche sans cesse les situations qui augmentent son confort. Le brabançon qui travaille à Bruxelles fait lui aussi des choix de cette nature!

Et qu’il se déplace à l’intérieur des frontières qui lui sont imposées ou à travers celles-ci, l’écrasante majorité des hommes (et des femmes) accepte que cette recherche de mieux-être personnel est limitée par la règle du respect de l’intégrité physique et des biens d’autrui (sauf nécessité de survie et légitime défense). Par contre, comment expliquer, comprendre, admettre que cette recherche de mieux être, de sécurité soit limitée par une limite aussi peu tangible qu’une frontière d’état ?

Une dernière réflexion sur ces chiffres: leur fiabilité n’est-elle pas intimement (et inversement) liée au niveau de répression appliqué aux flux entrants ? En d’autres termes, lorsque les chiffres montrent une diminution de ces flux (que le gouvernement sous la responsabilité de Mr Di Rupo et la main exécutoire de son Kapo De Block revendique  comme un succès), cela correspond-il à une diminution réelle des déplacements, ou plus simplement à une entrée plus rapide en clandestinité des immigrants ? Mon sentiment, renforcé par les contacts que je peux avoir avec des migrants, est que leur nombre ne diminue pas de manière significative, mais que, prévenus de ce qui les attends (par Mme De Block elle même la plupart du temps), ils ne tentent même plus d’obtenir une régularisation, et rentrent immédiatement dans des circuits clandestins.

En d’autres termes, la politique migratoire menée par la Belgique ne fait sans doute que renforcer la mise en place d’une économie sous-terraine, basée sur l’exploitation et la traite des êtres humains. Madame De Block, sous les ordres de ses Premiers et Vice-Premiers ministres, se rend doublement coupable de traite des êtres humains: en renvoyant chez eux de manière inhumaine des gens qui n’ont commis d’autre crime que d’être nés au mauvais endroit; et en favorisant par sa politique l’intégration dans des circuits mafieux de travail au noir  ceux qui arrivent à rester sans se faire prendre…

Mais il faut aussi reconnaître que la lutte contre la traite des êtres humains rentre également dans ses compétences me semble-t-il ???

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

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