Je ne suis pas un héros… ou petite balade au pays de Maggie

On dira que je n’avais pas le temps… ou pas le courage. Et en même temps, le geste me semblait important. Cela fait maintenant plusieurs semaines que je bassine tout le monde avec « le problème des Afghans » (qui pour moi n’est pas celui des « Afghans » mais bien celui de « l’illégalité pour cause de mauvaise naissance »). Aujourd’hui commençait la deuxième marche des Afghans, à travers la Flandre cette fois, pour rejoindre lundi soir Gent.

Je ne marcherai pas jusque Gent; je n’ai pas même marché jusqu’Affligem, étape du jour. Mais j’ai accompagné le groupe, depuis la place Bockstael jusqu’à la porte de Maggie (qui n’était pas là, bien entendu). Une quinzaine de kilomètres.

Alors je ne vais pas vous parler des Afghans (ça, c’est ce qu’on appelle une injonction paradoxale !), mais bien de belles rencontres. Des retrouvailles d’abord, avec Cen, ancienne collègue de travail, perdue de vue depuis plusieurs années, retrouvée grâce à Facebook car hyper-active sur les questions de justice, d’immigration, de droits de l’homme et de la femme. C’est étonnant de voir que lorsque nous étions « à fond » au service d’une entreprise privée, nous ne nous côtoyions que de loin; dix ans plus tard, c’est avec tellement plus de plaisir que nous nous retrouvons autour d’un vrai thème de société.

Autre retrouvaille, Marcelline, qui a tant donné pour un de mes « pupilles » lorsque j’étais tuteur MENA, prenant des risques personnels et familiaux pour accueillir un jeune dont elle savait qu’elle allait devoir soutenir la « clandestinisation » (quel beau néologisme) le jour où elle deviendrait inéluctable.

Découverte d’Ata (il paraît que son nom est beaucoup plus long, mais imprononçable, et il en rit de lui-même) éducateur qui ne peut pas éduquer, qui a travaillé plusieurs mois par ci, par là, sans pouvoir jamais espérer un contrat qui stabiliserait sa situation.

Et puis cet homme venu de sa paroisse Liégeoise, parce qu’il y a quelques années, c’est là-bas que d’autres « illégaux » étaient allé s’abriter pendant quelques semaines.

Et puis toutes ces femmes, tous ces hommes qui se sont arrêtés pour nous regarder passer, ceux qui ont klaxonné en nous encourageant. Ceux qui n’ont pas fuit derrière leurs rideaux mais ont appelés leurs enfants à venir nous faire signe.

Et même ce policier de Merchtem, rencontré devant la salle paroissiale, pendant que ceux qui allaient continuer à marcher mangeaient un morceau, et qui m’expliquait combien il trouvait le groupe sympathique et combien il espérait que cette traversée de sa ville continuerait à se passer dans la bonne humeur.

Ce soir, je suis au chaud chez moi, d’autres sont restés à l’Eglise du Béguinage, et les plus courageux dorment ce soir à Affligem, où une rencontre avec Monseigneur Léonard était prévue.

L’archevêque n’est pas mon ami, loin de là. j’ai un problème avec un tas de ces convictions et de ces déclarations, mais dans un pays ou la liberté d’expression reste réelle, je dois reconnaître que cet homme n’a aucune peur à affirmer ses convictions, qui peuvent toutes (au moins de son point de vue) être considérées comme respectueuses de la vie. Et dans cette Belgique ou tout le monde « public » semble avoir peur de dire cette simple vérité: nul n’est illégal en tant que personne, et être né quelque part ne saurait être une infraction dans quelque pays que ce soit, lui (et lui seul parmi tous les responsables philosophiques de ce pays) a fait un geste fort pour soutenir les Afghans (zut! j’avais dit que je n’en parlais plus…)

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.