Choix du nom de famille: le mieux est devenu ennemi du bien

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Tout cela était plutôt parti d’une bonne idée: réduire les inégalités entre hommes et femmes en intégrant le nom de famille de la mère à celui de l’enfant. Et je suis prêt à soutenir à deux cents pour cent cet idéal.

Mais à force de vouloir bien faire, mon expérience de médiateur familial me fait craindre que le mieux ne soit définitivement devenu l’ennemi du bien. Ce n’est pas la possibilité de donner le nom composé de la mère et du père qui m’inquiète dans cette nouvelle loi – je m’en serais même réjouis si elle avait été la seule possibilité offerte aux parents – c’est l’échantillonnage de choix qui contient à mon avis quelques bombes à retardement que les tribunaux de la famille verront exploser dans quelques mois ou quelques années.

En particulier, la possibilité pour un enfant de ne porter que le nom de sa mère seule me semble un véritable danger. De plus en plus de couples se déchirent aujourd’hui autour de leurs responsabilités en tant que parents.

Une mère porte son enfant pendant 9 mois. Son attachement au bébé est inscrit dans sa chair. Lorsque j’entends une femme parler de ses enfants, il y a souvent une dimension charnelle, physique, que l’on ne retrouve pas chez le plus aimant des pères. Je perçois l’émotion des pères comme tout aussi puissante, avec un moteur qui se construit au fur et à mesure de la relation entre lui et l’enfant.

Quand vient la séparation, les déchirements autour des enfants sont souvent les plus douloureux. Ils portent à la fois sur la relation et les responsabilités parentales. Et c’est ici que pointe ma crainte face à la nouvelle législation. Une grande partie des familles actuelles perpétuent, même après la séparation, un modèle consenti par les deux parents, où l’enfant est de facto plus souvent en relation avec la mère. Et souvent, lorsque le père se montre un peu défaillant dans sa mission d’hébergement, la mère au lieu de recadrer le père et de le forcer à remplir son rôle, va tenter de « protéger » l’enfant en le prenant sous son aile (en d’autres termes en prenant un plus grand rôle éducatif et hébergeur que le père).

En autorisant un couple à donner à ses enfants le nom de leur mère sans celui de leur père, on enlève le lien formel le plus solide qui reste entre un père et son enfant. La mère à cette certitude face à son enfant qu’il est bien le sien. Elle l’a porté pendant de nombreux mois. Le père vit lui dans un modèle de confiance absolue dans la parole de la mère. Retirer à l’enfant le nom de son père, c’est retirer le lien symbolique le plus fort qui existe entre ces deux personnages qui ne pourront jamais rien espérer d’autre que ce lien symbolique.

Si un jour un couple ayant opté pour cette solution doit se séparer (ce qui est quand même le cas de près de la moitié des couples actuels), comment vont se régler les questions de responsabilité parentale d’un homme qui n’aura plus rien d’autre que ses sentiments pour le relier à son enfant ?

Si la loi avait prononcé l’obligation du port du nom combiné du père et de la mère, elle aurait clairement renforcé le caractère conjoint de la responsabilité et de l’autorité parentale. En permettant l’incroyable imbroglio de solutions qu’elle autorise, elle ouvre la porte à un accroissement des comportements irresponsables ou des situations de ruptures des liens parent-enfant, voire d’aliénation parentale.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.