La peur de l’autre enterrera-t-elle la solidarité, la liberté et l’humanisme ?

1614016_3_09d5_a-peine-intronise-le-nouveau-gouvernementRegardez bien cette photo. C’est celle du gouvernement fédéral belge. Au premier plan, vous y voyez des chantres de la solidarité, du libéralisme et de l’humanisme.

La solidarité, défendue par le parti socialiste, celui-la même qui termine ses congrès, ses réunions publiques en chantant l’Internationale, cette internationale qui à chaque refrain nous parle de la lutte pour le bien-être du genre humain (pas des belgo-belges, pas des gens qui trouvent du boulot, pas non plus de ceux qui capitalisent leur fortune).

Le libéralisme, au coeur du discours… libéral. Qui prône le droit pour chacun de jouir du fruit de son travail, qui a fondé les grandes révolutions du XVIII ème siècle. Qui est au coeur de toutes les grandes réussites économiques. Qui est aussi un idéal de la réussite individuelle.

L’humanisme, ne serait-ce pas une approche de la société qui prône de mettre l’humain au coeur de l’action, qui demande à se recentrer sur les besoins de chaque femme, de chaque homme avant de prendre une décision. Qui pose les droits de l’homme (et de la femme) et ceux des enfants comme base de toute réflexion politique ?

Les gens qui sont au premier plan de cette photo sont censés représenter au plus haut point les valeurs qu’elles et qu’ils défendent. Ils sont les figures de proue de leurs partis. Tous ces partis se réclament de la démocratie. Si ils sont élus, ne peut-on penser que c’est parce que la nation leur demande de mettre les valeurs qu’ils défendent au coeur de leurs actions ?

Alors, comment les défenseurs de la solidarité, de la liberté et de l’humanisme en sont-ils arrivés à réduire la solidarité (en instituant par exemple la dégressivité des allocations sociales), la liberté (en supprimant les barrières entre pouvoir judiciaire et exécutif dans le cadre des peines administratives par exemple), l’humanisme (en renvoyant chez eux des personnes dites « illégales » mais qui n’ont commis d’autre crime que de tenter de s’intégrer dans notre société et d’avoir cru à nos idéaux) ?

Mais toutes ces personnes installées au premier rang de cette photo ont peur. Leur besoin de sécurité personnelle est en danger. Elles se sont accomplies par le pouvoir qu’elles ont acquis ou qu’elles prétendent détenir. Elles ont peur de le perdre. Et cette peur leur vient par contagion. Parce que leurs électeurs sont en danger. Les travailleurs perdent leurs emplois, les PME sont dans une insécurité financière souvent croissante, les hommes et les femmes de ce pays croient ce qu’on leur dit de l’accroissement de l’insécurité physique et sociale.

Quand on a peur, on cherche un coupable au lieu de chercher une solution. Et le coupable c’est l’autre. Mais comment trouver un autre que l’on puisse désigner comme coupable sans prendre le risque que son mécontentement (au coupable) ne se retourne contre l’homme ou la femme politique qui le stigmatise ? Mais bon sang, c’est évident: prenez un coupable qui ne vote pas.

C’est ainsi que nous nous retrouvons avec la peur de l’étranger, de celui qui est différent. On met les malades à l’hôpital, les fous à l’asile, les enfants à l’école, les « illégaux » dans des centres ouverts ou fermés, les protestataires en cabane… On exclut du chômage ceux que l’on n’arrive plus à inclure dans le travail.

Et puis surtout on construit un discours de l’efficacité. Et l’on confie ce discours à quelqu’un dont on espère un peu ou beaucoup qu’il l’exécutera et qu’il sera dont le seul à s’en prendre les conséquences (que l’on espère négative ?)

Et l’on crée un poste de ministre, avec un nom « neutre » : Ministre de la Politique Migratoire (on pourrait presque imaginer que sa mission est de faciliter la migration des candidats) avec une mission claire: DEPORTATION. Et c’est ainsi que la peur permet de substituer une politique d’exclusion, d’enfermement et de tortures (toutes réalités vues, filmées, constatées par diverses commissions indépendantes et internationales sur le traitement des « illégaux » dans notre pays) aux objectifs de solidarité, de liberté et d’humanisme.

Alors le 25 mai prochain, faut-il continuer à faire confiance à ceux qui nous ont vendu la solidarité, la liberté ou l’humanisme et qui nous ont donné l’exclusion, l’enfermement et les traitements inhumains, pour la seule raison qu’ils ont de l’expérience ? L’expérience de quoi ? Pourquoi changeraient-ils demain ce qu’ils font depuis des dizaines d’années ?

Notre démocratie est forte d’une administration de bons petits soldats qui obéissent aux ordres de leurs ministres. Donnons un signal fort aux hommes politiques pour que les ordres se modifient. Chassons la peur de l’autre par une peur plus grande: celle pour les politiques de perdre leur propre boulot. Quand le PS démontre sa panique à coup de publicités anti PTB, c’est un premier pas ! Mais il faut que cette peur les prenne réellement au ventre, sinon, la peur de l’autre redeviendra plus forte. Une peur plus grande que la peur que vous voulez combattre, c’est un des moteurs essentiels du changement.

Le 25 mai, je ne voterai pas pour un parti de la majorité actuelle. Je ne voterai pas pour un parti prônant l’exclusion de l’autre ou la pratiquant. Je ne sais pas pour qui je voterai, et je n’ai besoin des conseils de personne pour cela. Mais je voterai.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.