Pour améliorer votre néerlandais…

La chaîne de télévision Vier va diffuser lundi soir un reportage sur Maggie qui fait déjà couler pas mal d’encre. Ce reportage est déjà visible sur le site meer.be qui publie en vidéo à la demande les reportages de ses chaînes soeurs. Je n’ai pu m’empêcher de regarder ce « documentaire » édifiant pour qui veut découvrir le « vrai » visage de Maggie De Block (tel qu’elle veut sans doute le faire apparaître).

Le magazine s’appelle « Kroost », ce qui signifie « descendant » dans le sens de progéniture (selon le VanDale, référence des dictionnaires néerlandais). Et en effet, c’est toute le tribu De Block qui défile dans ce document, nous faisant osciller entre les larmes et les rires d’une émotion saine, à la vue de cette petite fille, « self made women », devenue la figure la plus populaire du paysage politique flamand.

39 minutes pour nous expliquer la vie de Maggie, pour la voir se mettre au service de son pays, nettoyer les écuries d’Augias de l’asile et de l’immigration. Un document qui ne pourra que lui servir de tremplin supplémentaire dans sa course à la popularité. Aucune chance que Bart de Wever n’arrive jamais à émouvoir à ce point.

Après avoir visionné l’ensemble du reportage, deux séquences se superposent dans ma mémoire et me laissent un étrange (dé)goût dans la bouche. La deuxième séquence, vers la fin, montre la visite de la Secrétaire d’Etat au Centre Fédasil de Rixensart ou une jeune accouchée africaine lit un texte de remerciement à sa bienfaitrice qui lui a donné l’occasion de donner naissance à son enfant dans de bonnes conditions, et d’être si bien encadrée par des éducateurs (qui feront d’elle une bonne petite servante servile peut-être…), et où l’on voit le « numero uno » de la politique flamande caresser les tresses du joli bébé de 18 mois que l’on remet proprement dans les bras de sa mère après lecture du discours. Je ne peux m’empêcher de voir là un chromo sorti des plus belles images colonialistes de mon enfance: la bonne bienfaitrice blanche qui bénit les pauvres qui lui font (contraints et forcés) allégeance.

Ces délicates attentions, cette tendresse envers la jeune femme et son enfant se donnent à voir une quinzaine de minutes après une autre séquence, tournée le jour de l’expulsion du jeune Afghan, plombier de son état, que le CGRA avait finalement décidé de renvoyer chez lui, malgré son excellente intégration en Belgique, malgré qu’il soit arrivé ici encore enfant ou presque. Dialogue entre le journaliste et la Ministre, assise à sa table de travail et feuilletant un signataire:

J.: Alors êtes vous satisfaite de ce qu’il soit parti ?
M.: Ce n’est jamais terminé, après un dossier, il y en a d’autres.

J.: A-t-il déjà quitté le territoire?
M.: Je n’en sais absolument rien…
J.: Mais tout le monde pense que vous devez suivre ce dossier minute par minute?
M.: Oh non ! J’ai bien d’autres affaires [qui m’occupent] dans ma tête !

J.: Et comment trouvez-vous votre travail à l’Asile?
M.: Passionnant !

Tout cela va paraître normal, tellement normal. Presque courageux de sa part. A aucun moment, la question de la responsabilité et de la conscience n’est évoquée.

Un reportage ? Plutôt un film de propagande. Et il est temps que nous nous préparions à en voir d’autre. Les heures les plus sombres de notre histoire sont en train de remonter à la surface. Les leçons sont apprises, il ne faut pas faire de pogrom tant qu’on est pas totalement au pouvoir, mais des actes de déportations individuelles, que l’on a même pas à justifier, cela c’est déjà dans l’actualité.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.