Un gros malaise…

Je reviens d’une nouvelle journée d’enseignement à la fin de laquelle j’ai l’impression d’avoir de nouveau plus joué au garde-chiourme qu’à l’enseignant ou à l’éducateur. Et j’éprouve un énorme malaise lorsque je me vois « penser » que si je n’ai pas passé une bonne journée, c’est « à cause » de la manière dont les élèves ont mal reçu l’enseignement que j’ai tenté de leur apporter.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le travail de consultation que je mène à mon cabinet. Là aussi, il y a des patients dont je pense qu’ils sont insupportables, et autant j’ai le réflexe naturel de ne pas leur reprocher leur comportement égoïste, mesquin, totalement inefficace par rapport à leur objectif, et à chercher une solution stratégique, autant lorsque je me retrouve devant des élèves qui m’expriment par tous les moyens à leur disposition qu’ils ne sont pas encore arrivés à l’école ou qu’ils en sont déjà parti – du moins dans leur tête, je me comporte de manière non stratégique, répétant à l’envi mes tentatives de solution totalement inefficaces et intégralement basées sur ma vision de ce que devrait être le monde, au lieu de me centrer sur les besoins de mes clients et de développer une stratégie radicalement différente du cercle vicieux dans lequel eux tout autant que moi nous laissons entrainer.

Finalement, qu’est-ce que je fais dans ce travail d’enseignant ? Je pars du principe que je suis chargé de transmettre des connaissances et des compétences définies par la Communauté Française, pré-formatées par des « spécialistes » de ces compétences pour être délivrées à un public d’élèves qui sont eux-même supposés:

  • âgés de l’âge normal par rapport à la classe qu’ils fréquentent;
  • désireux d’acquérir les compétences que je suis censé leur transmettre;
  • détenteurs des pré-requis nécessaires à ces apprentissages;
  • disposant de suffisamment de confiance en eux que pour oser se lancer dans l’exercice d’apprentissage.

Or, les élèves qui « me posent problème » sont généralement

  • en retard de 2 à 4 ans sur le parcours scolaire normal;
  • intimement persuadés qu’ils ne tireront jamais aucune utilité des compétences que je suis censé leurs transmettre;
  • en échec constant, y compris dans les matières de base (comme le français) qui fait que souvent, ils ne comprennent pas même les instructions en langue maternelle;
  • convaincus qu’ils représentent la frange la plus incompétente – dans tous les domaines – de la population en scolarité obligatoire.

Si j’essaie « d’enseigner » en m’imaginant être dans le premier cas de figure, je ne peux que me trouver confronté en permanence à l’une ou l’autre forme de refus ou de violence.

Si je choisi d’accepter le second cas, alors je deviens complice de leur échec.

Il me faut faire quelque chose de radicalement différent. Admettre que pour ce qui est de l’apprentissage, c’est leur rythme qui va déterminer ce qui peut se faire. Mais faire ce qu’il faut pour éviter qu’ils ne soient encore plus dégoutés des apprentissages et que leur dégout se traduise par plus de violence et de révolte.

Je ne vois pas encore comment aborder cette question, il me faudra donc y revenir…

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.