Se mettre à la place de l’autre

Lorsque nous essayons d’établir des relations harmonieuses, la première attitude indispensable est d’être capable de se mettre à la place de l’autre

(Amin Maalouf, interview pour le magazine XXI, printemps 2014)

Ceux d’entre vous qui comme moi lisent chaque trimestre avec passion le magazine XXI se seront sans doute arrêtés au long entretien que le prix Goncourt 1993 a accordé à Maxime Amieux et Myriam Blal.

Cette petite phrase est sans doute une des réflexions les plus importantes que ma pratique de conseiller, de consultant, de cadre, de formateur, de thérapeute, d’enseignant et d’être humain m’a permis de vérifier. Je n’ai pas connu une seule relation harmonieuse entre deux personnes qui ne commencent par la volonté ou le désir de chacune d’entre elle de se mettre à la place de l’autre. Elle en est une des conditions nécessaires, au sens mathématique de l’expression.

Il ne s’agit nullement ici de définir une relation amoureuse, mais bien simplement une relation harmonieuse.

Ainsi dans le milieu professionnel, toutes les équipes d’entreprises ou d’organisations que j’ai vu fonctionner harmonieusement partageaient cette pratique de s’assurer que l’on avait bien compris et intégré le point de vue de l’autre, même si la décision qui était prise ne rejoignait pas les désirs de celui ou de celle-là.

Dans la relation amicale, et a fortiori dans la relation amoureuse, cette capacité à se mettre à la place de l’autre est encore plus importante. J’ai pu ainsi souvent constater, tant dans ma vie personnelle que dans mes consultations que la construction d’une relation riche et forte est souvent plus simple entre personnes assez différentes dans leurs opinions, mais fortement à l’écoute de l’autre, qu’au sein de couples ou de groupes fusionnels, où à force de « penser que l’on pense la même chose », on ne « s’écoute plus penser ». Les petites nuances d’opinions prennent alors souvent une importance prépondérante aux yeux de celle ou celui qui ne se sent pas écouté.

Dans le cadre scolaire également je me rends compte de l’importance de cette reconnaissance des intérêts mutuels. Si je ne me mets pas à la place de mes élèves ou de mes étudiants, sous prétexte qu’étant leur enseignant, ils doivent « me suivre », je constate que je vais à l’échec avec un nombre important d’entre eux. Dans le même ordre d’idée, si eux non plus n’arrivent pas à comprendre les éléments fondamentaux liés à mon rôle d’enseignant, je ne me sentirai moi-même pas respecté.

« Essaie donc un peu de te mettre à ma place ! ». Combien de fois n’aie-je pas entendu cette phrase dans la bouche d’un partenaire en thérapie de couple ou en médiation.  Et souvent j’ai envie de répondre: « Et si vous aussi vous essayiez de vous mettre à sa place ? ». Car c’est là que se trouve le noeud de toute approche stratégique de la relation humaine: quel est mon objectif ? Avoir raison ou établir de bonnes relations avec l’autre ? Si j’opte pour le second choix, je dois être prêt à payer le prix, et ce prix commence par se mettre à la place de l’autre pour mesurer l’impact de chacun de mes messages sur elle ou sur lui. Si par contre je choisi l’option « Qu’elle (ou qu’il) commence d’abord par se mettre à MA place », alors je montre clairement que la relation avec l’autre n’est plus ma priorité. Et dans ce cas, je ne dois pas m’étonner de ce qu’elle se dégrade, voire qu’elle cesse…

Dans le même entretien, Amin Maalouf exprime également combien ce principe est important pour aider à la résolution des conflits inter-communautaires. Si il prend l’exemple des communautés religieuses au Liban, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les communautés linguistiques en Belgique. La survie des minorités est intimement liée au respect de ce principe d’altérité. Dès lors qu’il apparaît que le discours d’une communauté sur le point de vue, modes de fonctionnement, situation socio-professionnelle d’une autre se fait dénigrant, les chances de convivialité entre les communautés deviennent de plus en plus mince.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.