La mauvaise colère des gagnants perdants…

Deux semaines déjà que nous avons voté. Et ce que je vois des négociations et alliances en cours ne me dégoute pas. Je voulais le dire et l’écrire, car tant de gens autour de moi semblent oublier que quelle qu’elle soit, lorsqu’une majorité se mettra en place demain ou dans deux ans, à un niveau de pouvoir donné, elle sera légitime et respectueuse du choix d’une majorité d’électeurs.

Je crois ne pas avoir caché mes intentions de vote, et le parti pour lequel j’ai voté fait partie des « perdants » de ces élections (en termes de voix, de sièges, d’emploi). Est-ce que cela veut dire qu’il doit être exclu de toute forme de coalition ?

En cette époque d’examens, il me semblerait important de rappeler à tous ceux qui se plaignent de ne pas se retrouver dans une majorité « malgré leur score électoral », qu’il existe une différence entre une intégrale et une dérivée… Ce qui définit l’importance d’une figure géométrique, c’est l’intégrale de sa fonction, la dérivée ne montre que la tendance, à un instant précis de l’évolution de cette importance. Et c’est précisément cette confusion que font aujourd’hui les libéraux.

Faut-il leur rappeler que si il ne se retrouvent pas dans une majorité, même s’ils ont progressé plus fort que tous les partis présents dans cette majorité, c’est qu’il n’ont pas réussi à s’imposer comme incontournable ?

Faut-il leur rappeler qu’un pays comme le notre, qui a choisit un système électoral proportionnel produit nécessairement des majorités plus représentatives des choix de l’électeur que les systèmes électoraux majoritaire?

Faut-il leur rappeler le rôle essentiel qui leur est désormais dévolu: celui de porter un regard critique sur les politiques qui seront menées par les majorités auxquelles ils ne participent pas ?

Faut-il leur rappeler qu’en critiquant les hommes et leurs associations représentatives (ici les partis politiques) au lieu de critiquer leurs actions et leurs politiques, ils tombent dans la ségrégation et non dans la contradiction. Ils ne font rien d’autres que de répéter que l’on est bon ou mauvais « parce que l’on est pas comme eux », et non pas parce que l’on commet des actes bénéfiques ou nuisibles (et encore faudrait-il savoir pour qui ces actes sont bénéfiques ou nuisibles)?

J’ai trouvé un peu paradoxale l’attitude d’Ecolo (que pourtant j’apprécie grandement par ailleurs) lorsque le parti s’exclu de lui-même de toute possible coalition pour regretter ensuite que la coalition qui va se mettre en place en Wallonie est une « coalition du passé ». Tout cela alors même que si l’on y regarde de plus prêt, dès lors qu’eux-mêmes refusent a priori de rentrer dans une coalition, cette coalition est à peu de choses la plus à gauche possible…

Mais je trouve franchement ridicule et revencharde l’attitude du MR qui se lamente des conséquences de son échec électoral: ne pas avoir pris assez de voix au bon parti ! Les analyses post électorales montrent en effet un report important de voix écolo vers le MR, alors que le maillon indispensable d’une alliance électorale au Sud de notre pays reste pour eux le CdH. En effet, si l’électeur qui a quitté écolo est souvent parti au MR, ce qui démontre un poids inattendu de la droite au sein du mouvement vert (au moins de celui d’avant le 25 mai), la direction des verts, elle, se perçoit toujours comme progressiste et à gauche de l’échiquier politique. Inutile donc d’essayer de pactiser avec eux en tant que MR… ne restait donc que le CdH.

N’ayant virtuellement pas pris de siège ni au CdH, ni au PS, le MR a donc oublié d’affaiblir les deux partis qu’il lui aurait fallu rendre dépendant de son bon vouloir.

Les urnes ont rendu leur scrutin, et il est anti-pédagogique d’un point de vue citoyen de dire qu’une coalition qui obtient la majorité n’a pas de légitimité, sous prétexte qu’elle ne reprendrait pas le parti qui a le plus progressé, voire même le parti le plus important. Par définition si il y a moyen de construire une coalition sans un parti donné, c’est que ce parti ne représente pas (encore) un nombre de voix qui le rende incontournable à un niveau de pouvoir donné.

Qu’on me comprenne bien: je ne suis pas en train de soutenir les coalitions qui semblent se mettre en place. Je suis simplement en train de rappeler qu’en démocratie, il faut toujours parler « du lieu où l’on se trouve », dans le respect des hommes et des femmes qui choisissent de lutter pour le pouvoir de décider en notre nom. Et il n’y a aucun mal à avoir cette soif de pouvoir décider au nom de ceux qui se sont exprimés, puisque par définition ce pouvoir est légitime. Que deviendrait un pays gouverné par des femmes et des hommes qui n’auraient aucun désir de gouverner ?

Finalement, en démocratie, la plus belle place n’est elle pas justement celle de l’opposition ? C’est elle qui définit le concept même de démocratie, puisque c’est elle qui représente l’aiguillon permanent, la menace d’alternative pacifique, qui oblige d’une manière ou d’une autre la coalition au pouvoir à tenir compte dans ses décisions de ce qu’en diront leurs opposants.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.