Ne pas confondre émotions partagées et identité

Mardi soir, comme apparemment 4,6 millions de personnes en Belgique (et non pas comme la presse a trop vite tendance à l’annoncer « comme 4,6 millions de belges »), j’ai regardé le match de la Coupe du Monde Belgique-USA. Malgré tout le mal que je pense des discours identitaires, j’ai ressenti les mêmes émotions (frustration pendant 90 minutes, joie et angoisse pendant 30 minutes, explosion et libération au coup de sifflet final) que tous ceux qui tiennent aujourd’hui les discours les plus farfelus sur la résurrection de l’unité nationale.

J’abhorre tout ce qui est de l’ordre du discours identitaire. Je ne me sens ni particulièrement « belge » ou « bruxellois » ou même « wallon ». Je l’ai écrit à de multiples reprises, « je suis né à …, je vis à …   « , ce n’est pas la même chose que « je suis … ». Le mot identité ne peut à mes yeux renvoyer qu’à l’entité la plus atomique. Je ne peux être que la somme des particules nécessaires et suffisantes à construire la phrase qui  commence par « Je suis… » Et dans ces particules, il n’y a ni Belgique, ni Wallonie, ni Bruxelles.

Dans le même temps, je revendique que l’homme est un animal tellement social qu’il disparaît lorsqu’il perd le regard des autres. Et que lorsque nous sommes en présence d’autres personnes, nous partageons généralement leurs émotions. Dans ce stade d’une ville de province américaine où 10000 personnes chantent l’hymne national à la fin d’une cérémonie de fin d’année scolaire, j’ai envie de pleurer d’émotion. Cela ne me donne pas une identité américaine. En regardant à la télévision ces otages que tous croyaient perdu retrouver les leurs, les larmes me viennent aux yeux. Cela ne fait pas de moi un militant d’une cause ou d’une autre.

Partager avec d’autres hommes des émotions, c’est simplement faire preuve de la seule identité partagée que je pourrais accepter: je suis « de l’humanité ».

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.