D’un point de vue touristique, journée en mode plus mineur. La traversée en ferry fut mal organisée et éprouvante. Impossible de dormir sur le bateau. Et à mes yeux, des doutes sérieux sur la sécurité à bord : est-il normal de laisser installer des tentes sur le pont d’atterrissage des hélicoptères ? Et de laisser se coucher partout – y compris devant les portes des issues de secours – les passagers nantis d’un « Deck Ticket ». Chaque centimètre carré disponible au sol est occupé par un matelas. Un seul jeu de toilettes pour un bateau qui doit emporter au bas mot 1000 à 2000 passagers…

A l’arrivée, pas trop difficile de trouver le parking devant une plage de sable blanc d’Igoumenitsa, à 15 minutes du port. Je dors deux ou trois heures puis en route car le GPS m’annonce près de 10h de route jusqu’Athènes.

J’embarque rapidement deux musiciens de Palerme qui parcourent la Grèce en chantant dans les fêtes et les restaurants. L’un jouait de la guitare (et de la clarinette) l’autre du banjo. Je les laisse rapidement partir vers Ioaninna où du travail les attends et je me dirige vers Patras. Les côtes sont superbes. Arrivée en fin de soirée (je me rends enfin compte qu’il y a un décalage horaire d’une heure avec l’Europe occidentale) sur une autre plage, très calme celle-ci, où le signe « interdit au camping est de nouveau présent, mais la recommandation de Park4Night absolue. On verra si je suis toujours là demain matin !

J’ai passé quelques temps sur le parking d’une « taberna » au sommet d’un petit col à discuter avec un ex émigré revenu d’Allemagne pour installer son snack et sa salle de fête sur un terrain de son père. Arrivé il y a deux ans, il construit peu à peu son business, mais avoue que si la crise ne commence pas à se lever dans les deux ans, il devra repartir faire des navettes entre l’Allemagne et l’Est de l’Europe pour y acheter en revendre des voitures d’occasion.

J’ai aussi découvert un sport national : la conduite incivique. Prenez une route à deux bandes de circulation, placez une limite de vitesse disons à 50 km/h, ajoutez une double bande jaune au milieu de la chaussée. Placez des radars tous les dix kilomètres et des policiers tout les 50 km. Comme conducteur habitué aux pratiques plus nordique vous avez le choix :

  1. Vous faire « pousser » par un poids lourd qui considère que si vous ne roulez pas au moins à 90 km/h vous ne savez pas lire (il klaxonne d’ailleurs abondemment pour vous le faire savoir) ;

  2. Vous faire dépasser par ce même poids lourd de préférence dans un virage, avec la sensation précise qu’il fait ce qu’il faut pour vous faire gouter le ravin qui est sur votre droite ;

  3. Vous retrouver derrière ce fameux poids lourd à la montée suivante, respecter sa difficulté à monter en vitesse, respecter la double ligne jaune et donc ne pas le dépasser, et tenter alors d’éviter les catastrophes des véhicules qui vous suivent, qui arrivent à au moins du 110 (nous sommes en limitation à 50!) font des appels de phares, dépassent sans regarder ce qui vient en face et doivent se rabattre en urgence sans même avoir le temps de vérifier si vous avez pu freiner… La photo de l’album montre comment deux voitures tentent de dépasser un camion suivi d’un bus dans une zone de travaux « 50 km/h », nantie d’une double bande jaune centrale et avec des radars à intervalles réguliers…

Et puis j’aime bien aussi cette photo prise d’un parking « point de vue » (on pourrait aussi dire « dépotoir ») qui montre le contraste entre les petites chapelles votives de bord de route, les graffitis inspirés de la crise, et la beauté du paysage environnant.

Mais je voudrais parler aujourd’hui de la Grèce en crise économique.

Autant mes visites précédentes donnaient l’impression d’un pays en évolution économique vers une structure sociale similaire à l’Europe de l’ouest, autant cette impression a aujourd’hui disparu. Les exemples vus aujourd’hui sont nombreux et posent parfois question sur la manière dont l’Europe tente de contrôler ce phénomène.

La première évidence, c’est le retour à une économie réelle déconnectée du monde financier : si les banquiers ne donnent plus d’argent, alors, la monnaie virtuelle n’a plus à avoir court. Le retour au cash est probant. Je ne crois pas avoir utilisé ma carte de crédit aujourd’hui. La mise en place « naturelle » de circuits courts de distribution des biens est aussi très visible : le paysan vient vous proposer directement sa production, même de très petite quantité. J’aurais pu ce matin acheter la production de raisins du jour d’un paysan pour 2 euros. Dans les rues des bourgades, c’est au bord des chaussées que se tient un « marché permanent » qui rappelle les bords d’autoroute d’Afrique centrale. Sept kilos d’orange pour 5 euros… La culture est redevenue dépendante de sa faculté à séduire le public : un peu comme mes musiciens qui ne peuvent survivre qu’en animant fêtes, repas et noces – c’est à dire en donnant à entendre ce que le public veut entendre plus qu’en lui proposant des créations propres.

Mais même l’économie publique subit aussi ce choc du financement direct. J’ai pour la première fois de ma vie je crois donné de l’argent à un péage autoroutier pour une autoroute dont la seule partie construite était… le péage. Il s’agit donc d’utiliser le péage routier non comme mode de rentabilisation d’un investissement réalisé par des financiers (modèle en vogue en Europe occidentale en général), mais bien d’annoncer un projet, de le marquer dans l’environnement (toute l’ancienne route qui doit être transformée en autoroute de Patras à Athènes est indiquée clairement comme « en travaux »), et de demander aux futurs utilisateurs de le financer (un peu comme si, chaque jour, le responsable du projet pouvait aller trouver ses fournisseurs et leur dire « aujourd’hui, nous avons récolté vingt mille euros, vous pouvez avancer de 20 mètres…)

Au restaurant enfin, où ce sont les contraintes imposées par l’administration qui devient apparente. La première page du menu annonce le droit pour le consommateur de ne pas payer son addition si il ne reçoit pas de souche fiscale. Dans ce pays qui croule sous la corruption de ses dirigeants, ce sont bien évidemment les petits artisans du tourisme (source principale de revenus du pays) qui vont devoir trinquer…

Heureusement quand le soleil se couche sur cette mer fabuleuse, on pense pouvoir tout oublier…

Et puis surtout demain je retrouve Lucy. Pour une première soirée romantique qui pourrait bien se passer dans le parking du Pirée où nous déposons le camion pendant notre semaine de voile, et qui nous autorise à y dormir (mais en restant enfermés dans le parking lui-même)…

Je ne sais donc pas encore très bien quand la suite du blog viendra…

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.