22 août 2014 : Les baigneurs de Port Rafti

P1100091 P1100092Levés avec le soleil, ils sont là quand nous émergeons de notre sommeil, aux premières chaleurs de la mi-août. Quelques vieux qui semblent immobiles comme si une collection de statues en bois polychrome avait été jetée à la mer.

A y regarder de plus près, ils sont groupés par deux ou trois, certains coiffés de leurs chapeaux blancs ou de paille, d’autres d’une casquette colorée. Rangés en face à face ou à la queue leu-leu, ils parlent tout en restant presque immobiles.

Les cigales et les grillons n’ont pas encore commencé leurs concerts. Seules les voix graves des hommes ou chantonnantes des femmes qui grasseyent un grec rempli de « Poly », « Kalo » troublent la caresse des flots sur la plage de rocher.

Ils entrent dans l’eau lentement, résolument, ils s’y réfugient et y retrouvent la fraîcheur qui a déjà abandonné la terre. La mer semble être leur conditionnement d’air. Ils y resteront de longues minutes pour les plus pressés, de nombreuses heures pour les plus patients.

Ils semblent se reconnaître, et même si leurs groupes restent homogènes, j’imagine facilement que lorsque l’un d’eux manque à l’appel, les autres finissent par s’inquiéter. Parfois, ils se déplacent de quelques mètres, en marchant la plupart du temps, en nageant lorsque la profondeur n’autorise plus la marche. Leur position de repos forme une étrange cartographie du fond marin. Tous ceux qui sont à l’arrêt marquant de leur corps une profondeur d’environ 1m50, d’où seule les têtes émergent.

On devine ainsi le chenal entre la plage et la petite île qui repose à une vingtaine de mètres du rivage. Trois têtes stables près de la plage, trois autres têtes tout aussi immobiles et bavardes à proximité de l’île, et entre les deux groupes marquant la limite du passage, deux ou trois nageurs qui se rendent d’un groupe à l’autre.

Les minutes et les heures passent ainsi, le soleil se fait de plus en plus haut et chauffe à blanc tout ce qu’il touche de ses rayons. Vers dix heures, se sont des enfants qui rejoignent les plus âgés. Leurs cris et leurs rires annoncent l’avancement du jour. Là où leurs ainés s’avançaient lentement comme de silencieux voiliers, ils se jettent à l’eau dans un feu d’artifice d’éclaboussements. Ils retrouvent ainsi leurs grands-parents et peu à peu dans les îlots humains des familles se retrouvent. Les parents ne sont pas loin de leurs enfants, et les plus âgés se mettent en mouvement.

Pour ceux qu’aucun cri d’enfant ne vient déranger, c’est l’installation sur des bouées ou la recherche d’un autre banc de pierre ou de sable, plus au large, qui leur permet de continuer leur rafraichissement naturel.

Les heures passent ainsi, marquées par la chaleur de plus en plus accablante, les bruits de nage, les cris des enfants, le bavardage des vieux. Les quatre barques ancrées au pied de l’île n’ont pas bougé.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.