J11 Molfetta – Lido de Capitolo

Le soleil se lève vers 5h30 ici. C’est bien d’avoir la vue dessus, mais ça réveille forcément. Et des voisins italiens debout à cette heure là, il n’y en n’a pas beaucoup. Je paresse un peu en regardant les couleurs du ciel qui changent. Vers 6h30 je me décide à préparer mon petit déjeuner. J’en profite pour prendre les mesures des pièces que je devrai acheter pour les petits travaux sur le camion.

Je prends mon café sur les galets, face au soleil. Il est à peine levé que déjà il fait chaud. Ce qui est amusant avec ces déplacements « recommandés » par des guides « en ligne » et atteint par le miracle du guidage GPS, c’est que l’on n’a même plus la notion de l’endroit où l’on se trouve. Je sais que je suis à 14 km au nord de Bari, mais j’ai oublié le nom de cette plage.

Vaisselle terminée, je me mets en marche. Au programme : d’abord trouver un distributeur de billets de banque. Le péage m’a glorieusement vidé les poches hier. Ensuite, un tour de ville pour trouver de quoi manger ce midi, ce soir et demain matin. Je vais peut-être enfin savoir le nom du lieu que j’habite ?

Après voir payé mon écu au tenancier du parking (10 euros pour une vue… et tous les services en plus!) direction le « Centro » pour y découvrir en fait le Centro Antico de Molfetta. Une très belle bourgade organisée autour de son port et de son Duomo donnant directement sur la mer. Ici, on passe de l’église à la plage en trois pas. Il y a entre autre un marché couvert où l’on ne trouve quasiment que des poissons présentés par les pécheurs eux-mêmes. Ce soir, je mangerai deux solettes payées 1,5 €. Ca compensera pour le « parking ».

J’ai passé pas mal de temps à trouver un « Bancomat » qui soit « operativo ». A croire qu’il y a dans la région une volonté systématique de n’utiliser que du cash, provenant de cash, et surtout pas de la banque : impossibilité matérielle de payer le péage hier avec une carte de paiement, impossibilité de trouver un distributeur. Mais ma sagacité me fait rentrer dans les rues de la cité moderne ou je trouve alors rapidement une banque et son Bancomat fonctionnel.

Des vieux sont en pleine discussion animée sur la place. Ils semblent à la fois bien s’entendre et ne pouvoir s’empêcher de se disputer. Une marchande des quatre saisons est assise à côté de son étal dans une petite rue perdue du quartier du Duomo, en train d’écosser des petits pois. Du linge sèche aux fenêtres dans les ruelles ombragées où il fait encore frais.

Je m’offre aussi un morceau de fromage local, avec un sachet d’une salade vendue comme bio.

Mes recherches m’annoncent du bonheur pour ce matin : à la même adresse – un centre commercial – se trouvent à la fois une grande surface de bricolage et un marchant d’accessoires pour caravanes et camping car. Je vais peut-être enfin trouver mes cales ?

20 minutes de route et nous y voici. Le centre commercial est immense. Il s’étend sur un terrain grand comme une petite ville. Pour trouver le magasin de bricolage, pas de problème, il est à l’entrée. Et j’y trouve de quoi consolider les fixations de mes plafonds. Par contre, je n’ai toujours pas de solution pour les enfoncements du lit dans les parois latérales (comment éviter le bruit de froissement de l’isolant?).

Je demande où se trouve le « Europa Caravan Center » à tous les autochtones que je rencontre, et aucun ne semble connaître ce lieu pourtant renseigné par les « pages jaunes » locales comme étant ici même !

20 autres minutes passées à traverser le centre commercial en tous sens à pied, puis 20 minutes de plus pour faire la même chose en roulant dans toute la zone industrielle concernée, rue par rue… rien, niente !

J’abandonne et je me mets en route. Un coup d’oeuil à Park4Night, en lui demandant de trouver quelque chose avec services (vidanges et remplissage des réservoirs) pas trop loin de Alberobello où se trouvent les plus beaux Trulli des Pouilles. Et me voilà parti pour Capitolo et son Lido.

Arrivé vers 11h30, après un tout petit trajet comparé aux jours précédents. Ici, on ne parle qu’italien, et il faut bien se débrouiller. Mais je trouve un emplacement avec électricité dans un parking bien organisé pour une cinquantaine de motorhome. Comme souvent, je suis le « petit » de la bande, voisin d’une caravane qui a carrément installé l’eau courante.

Par cette chaleur étouffante, vers 12h30, je me mets au travail. Le sol du camion se recouvre de gouttes de sueur. Mais en une heure de travail, j’arrive à fixer correctement les plafonds tant à l’avant qu’à l’arrière. On verra, mais je crois que cette fois, c’est nettement plus solide que le système proposé par le fournisseur des panneaux.

Je me sèche et me jette sur le lit pour une sieste qui va durer jusque 15h30. Et là, je vais faire ce qu’un Foucart ne fait jamais : prendre un maillot de bain, une serviette, de la crême solaire. Ne pas trouver mes chaussure de bain et mettre mes Crocs à la place et puis m’en aller sur la plage. Même pour moi, la tentation est trop forte. Il y a ici un entassement de bronzeurs, mais je ferai avec. Les rouleaux des vagues font bien un ou deux mètres de haut et je n’ai pas le choix. Au quatrième pas, je suis submergé. Nettoyage complet des sinus à l’eau de mer. Il paraît que c’est bon. Un gros quart d’heure de pleine jouissance.

Par contre, pour le séchage, c’est un cauchemar. Il y a un vent fort latéral qui pousse du sable et après quelques minutes, je ressemble, avec la couche de crême solaire que je viens de remettre, à une statue de sable. Je quitte les lieux et me replie sur la « terrasse » du camping car.

Pas trop le choix de la solution : attendre que ça sèche. Ce qui est une option intéressante pour enfin me mettre au travail par rapport à la rentrée scolaire et aux nombreux nouveaux cours que je devrai donner. Et écrire ce blog. Je m’attaque ensuite aux vidanges et pleins d’eaux et des « chemico ». Je me demande à quel niveau je dois remplir le réservoir d’eaux claires pour qu’il indique « plein ». En fait, je n’y arrive pas. Mais il semble ne plus déborder comme lors du premier remplissage. Je vais devoir remesurer tout cela avec un niveau plus fiable que celui de la jauge électronique…

Lessive ensuite, qui se met à sécher très rapidement grâce au fort vent qui se lève. Je continue à travailler à mes cours.

Vers 20h je me mets à la cuisine. Les deux soles, une salade mixte, quelques pommes de terres et les derniers abricots avant qu’ils ne moisissent. Une crème moka aussi, dont la couleur café au lait vire au vert bizarre sous l’éclairage de néon du camping. Après la vaisselle, je rentre le linge presque sec car la météo annonce beaucoup de vent et peut-être un peu de pluie. Puis lavage de cheveux (finalement, l’évier de la cuisine avec son robinet à hauteur variable est parfait pour cela) et « fausse douche » avant de me remettre à écrire. Petit check de niveau d’eau : une journée de cuisine, une belle lessive, une fausse douche et c’est un quart de réservoir (soit environ 25 litres) qui sont partis… je remettrai un peu d’eau dans le réservoir avant de partir demain, pour avoir un plein au maximum pour la traversée de la Grèce.

Au programme de la journée de demain : après le petit déjeuner, filer sur Alberobello pour admirer les Trulli, repas complet le midi ensuite descente vers Brindisi où je dois me présenter à l’embarquement au plus tard à 18h. Ce sera une soirée spéciale : je n’ai pas pris de cabine, mais on ne peut pas dormir dans les motorhomes. Le pont fera l’affaire avec une arrivée à Igoumenitsa vers 4h30 du matin. J’espère trouver facilement un parking ou me poser avec le camping car pour dormir quelques heures avant de rouler pendant les grandes chaleurs de l’après midi vers Athènes. En n’oubliant pas de contacter le parking pour organiser notre arrivée.

Une chose m’étonne dans ma transhumance actuelle, c’est l’absence de rencontre. Le voyageur solitaire en camping car serait-il suspect ? Par contre, je m’y retrouve tout à fait comme espace de vie. J’en suis à me demander s’il en faut plus pour vivre. Sur l’absence de rencontre, j’imagine que j’en suis un peu responsable : dans un pays où l’on passe à table à 22h, il est 21h50 et je suis en pyjama, enfermé toutes fenêtres obturées dans mon camion. J’entends les cris des enfants, le bruit des télés autour de moi. Si j’étais dehors, je serais déjà plus visible. Mais je préfère écouter le souffle du vent qui secoue un peu ma maison mobile. La remontée par les Balkans sera-t-elle plus prolifique en rencontres ? Je le suppose car je suis aussi ici au milieu de touristes, et mes parcours de cette semaine étaient particulièrement longs avec des étapes de près de 500 km par jour (à l’exception d’aujourd’hui). A voir dans une quinzaine de jours.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.