Elio di Rupo: une petite dernière en flamand ?

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Selon le JT de la RTBF, le grand moment du congrès du PS de ce week-end se résume à quelques phrases (mal) prononcées en (mauvais) flamand par notre futur ex-premier ministre. J’y ai aussi entendu parler de centimètres carrés qui ne seraient pas cédés à la droite.

Elio di Rupo a passé les quatre dernières années au 16 rue de la Loi, dirigeant une équipe ministérielle qui a préparé le terrain pour l’avènement d’un gouvernement des droites. Et alors même qu’il siège toujours dans ce même gouvernement en « affaires courantes », il découvre soudainement que le CVP et surtout le MR (en particulier un certain Didier Reynders) vont mener une politique d’austérité qui risque nous enfoncer dans une spirale déflationniste (enfin, ça, c’est pas lui qui le dit, c’est plutôt moi et des centaines de millier d’autres ploucs). Parce que lui, bien sur, cette politique d’austérité, il l’a menée « à l’insu de son plein gré », parce qu’il fallait « être raisonnable ».

A la tribune du même congrès, Marc Goblet, le nouveau secrétaire général de la FGTB a lui aussi lancé un appel modeste à l’union des gauches. Moi je veux bien, mais je voudrais être certain que la leçon du 25 mai a porté ses fruits. J’aimerais entendre des engagements à lutter désormais pour la défense des plus démunis, de tous les plus démunis, qui soit au moins aussi forts que celui du MR de ne jamais entrer dans une coalition avec la NVA… mais je n’entends rien.

Sans doute parce que mieux que quiconque, le PS sait que dans un environnement économique verrouillé par les directives de la Commission Européenne, développer une véritable politique de gauche est devenu une gageure. Les uns après les autres, les pays de l’Union, qu’ils soient gouvernés à gauche, au centre ou a droite, passent par le discours de l’austérité. Au point que certains pourraient penser qu’il n’y a pas de choix. Mais dans quel pays cette politique d’austérité a-t-elle réussi à améliorer les conditions de vie des moins nantis ?

Alors Monsieur Di Rupo, il est temps de ranger vos livres de néerlandais. Il est temps de se rendre compte que si le remède choisit ne guérit pas le malade à faible dose, mais qu’augmenter la dose ne le guérit pas encore  n’est pas une indication pour une nouvelle augmentation (plus de rigueur encore), mais bien pour un changement radical de traitement. Travaillez plutôt votre anglais, votre espagnol, votre polonais, votre allemand sans doute encore plus, et partez en croisade vers vos collègues européens. C’est là que se mènera le combat de demain. L’Europe s’est voulu un espace économique sans être un espace social. Il vous revient maintenant de lui refuser tout développement économique qui ne s’accompagnerait pas d’une politique sociale.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.