Le paradoxe de la porte entrouverte

18h45, ce jeudi 16 octobre 2014. Cette porte, je la ferme en général scrupuleusement après le départ de chaque patient. Elle finalise l’espace particulier où se produit cette rencontre singulière qui colloque un patient et son thérapeute.  Qui les garantit l’un et l’autre de toute intrusion du monde extérieur pendant le temps de la consultation.

Cette porte je la laisse entrouverte.  Il n’y aura pas de patient suivant. Pas ce soir, pas demain, ni la semaine prochaine. Pas dans un avenir prévisible.  Cette porte que je laisse entrouverte, c’est une manière de clôturer mes activités de thérapeute.

C’est aussi le moment de me poser les premières questions en forme de bilan.

Ai-je  aidé où pas ces centaines de personnes qui sont passées par ici? Pour certains, je crois connaître la réponse.  Souvent positive, parfois mitigée ou négative.  Mais pour la plupart, je ne le saurai jamais.

Un peu comme ce vieux paysan chinois du conte de Milton Erikson qui face aux événements qui le touchent répond infatigable « je ne sais pas si c’est un bien ou si c’est un mal » et qui tente de s’ adapter à la situation.

Alors voilà, je vais désormais me consacrer à autre chose.  Ce sont les jeunes qui vont retenir mon attention.  Les relations humaines seront finalement plus que jamais au coeur de mes préoccupations, ravivant la mémoire de ce poème de T.S. Elliott qui me hante souvent:

Nous ne cesserons point nos investigations
Et le terme de notre quête
Sera d’arriver là d’où nous étions partis
Et d’en savoir le lieu
Pour la première fois.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.