Grosse fatigue

Je me sens un peu secoué par un événement qui m’a touché aujourd’hui.

C’est l’histoire d’une enfance qui pourrait basculer d’un instant à l’autre selon que nous,les adultes, agirons de façon plus ou moins adéquate.

L’histoire d’une petite fille perdue entre l’absence de sa mère, partie au loin depuis trop longtemps déjà, celle de son père, qui soigne les blessures de son âme dans un service psychiatrique.  Une petite fille qui tente maladroitement d’attirer l’attention sur elle en devenant une « élève difficile », qui se fait prendre pour une bêtise et se met à trembler de devoir affronter la déception d’un père qu’elle adore et protège.

C’est aussi l’histoire de ces professeurs démunis face à la fronde des enfants qui vivent uniquement dans le présent, qui attendent tous une écoute et une attention exclusive et individuelle.  De ces professeurs enlisés dans des spirales de sanctions inefficaces, mais qui ne savent plus comment réagir, à défaut de pouvoir pro-agir.

C’est aussi l’histoire de ces éducateurs qui doivent inculquer le respect du cadre, ne jamais faire perdre la face aux adultes, et diffuser un sentiment de justice et de sécurité aux enfants.

C’est mon histoire quand je recueille les plaintes des professeurs sur le comportement des élèves, les larmes infinies de l’enfant terrorisée par la crainte de faire souffrir son père affaibli par la maladie et honteuse de devoir en parler, la logique égalitaire des éducateurs qui tentent tant bien que mal de tenir « l’église au milieu du village ».
Et je ne sais plus quoi faire ni que penser.
J’ai peur d’en faire de trop, mais j’ai aussi peur d’en faire trop peu.

Zidani: La rentrée d’Arlette (au TTO)

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Ce qui est incontestable, c’est que Zidani a réussi à s’attirer l’enthousiasme et la participation de presque tous les (futurs) enseignants qui visiblement squattaient la salle du TTO hier soir.

Et c’est vrai que le personnage d’Arlette Davidson prête à rire, en évoquant de manière caricaturale la vie du monde de l’enseignement aujourd’hui. Mais en matière de caricature, il faut selon moi faire la différence entre Kroll et Cabu. Et je suis incontestablement plus fan du premier que du second. Avec moi, pour faire mouche, l’humour doit encore faire preuve d’une certaine distinction.

Et dans ce domaine, j’ai trouvé (et c’est certainement une opinion personnelle qui ne sera pas partagée par l’ensemble de mes amis et connaissances du monde enseignant) que la limite entre humour, vulgarité et parfois indécence avait été franchie à plus d’une reprise.

Non, je ne me suis pas retrouvé, je n’ai pas retrouvé mes collègues, dans aucun des personnages décrits par Zidani. Et c’est d’autant plus bizarre que « sociologiquement parlant » je travaille dans une école qui ressemble étrangement à Sainte Jacqueline de Compostelle: une population socialement très diversifiée, une reconnaissance d’école à discrimination positive, mais aussi une petite école, dans un beau jardin arboré et fleuri.

Je n’ai pas non plus reconnu la stagiaire en Burqa dont – en plus de l’aspect presque raciste de la description – il n’était peut-être pas utile de faire un homme en fin de parcours…

Je n’ai pas reconnu Madame Trognon, et il faut ne pas avoir fréquenté beaucoup de grand dépressifs ou de vrais obsessionnels  pour traiter aussi légèrement de vraies souffrances (mais j’imagine que « c’est de l’humour« .)

Je n’ai bien entendu pas reconnu Madame Magda, caricature vindicative qui donne à croire que l’on peut caractériser tout un peuple sur base des défauts que l’on reproche à quelques uns.

Et puis surtout, je n’ai pas vu, entendu, ni reconnu ceux qui selon moi sont les personnages principaux du monde de l’enseignement. C’est bien joli de prétendre (dans les programmes, dans les « critiques » préparées par un dossier de presse visiblement bétonné – il n’y a pas un seul critique indépendant qui me semble avoir écrit sur cette pièce) que Mlle Davidson arrive avec les méthodes de Françoise Dolto ou d’Ovide Decroly, mais alors, pourquoi avoir oublié que ces gens-là pensaient d’abord aux enfants ?

Ne me dites pas que ce sont les hurlements hystériques de la salle qui donnent une idée de ce à quoi ressemble une classe aujourd’hui. Par moment, cette remarquable performance d’artiste (car sur ce point, encore une fois, il faut mettre chapeau bas pour Mme Zidani), tournait au concert de Patrick Bruel (ou faut-il écrire d’Enrico Macias et de Mireille Mathieu en duo ?).

J’ai vu une directrice maltraiter sa secrétaire, faire l’hypocrite devant son inspecteur, je ne l’ai pas vue travailler avec ses enseignants.

J’ai vu des enseignants parler entre eux, hurler sur des élèves, se casser du sucre sur le dos les uns des autres. Je ne les ai pas vus travailler à construire un modèle d’interaction avec des élèves.

J’ai vu une caricature de mère de famille prendre des accents maghrébins pour demander à la direction de punir son fils. Je n’y ai pas ressenti la tendresse et la détresse de ces deux-là (la mère et le fils) lorsque je les ai vraiment en face de moi en réunion de parents.

Je suis triste des images de l’enseignement que nous a renvoyées le théâtre ces deux dernières saisons. Les caricatures d’Arlette ou de Madame Marguerite m’ont écoeuré. Elles sont pour moi à des lieues de mon vécu de classe et de salle des professeurs.

Il y a tant de sujet que la scène aborde avec justesse et humanité, tant de grandes pièces contemporaines qui nous prennent par l’émotion sans tomber dans le grand-guignolesque. Pourquoi faut-il qu’une chose aussi importante que l’éducation de nos enfants soit aussi mal traitée par une ex-enseignante ?

Alors pour moi, dans son exercice d’expression orale, je donne 9/10 à Zidani pour sa prestation scénique, mais un zéro pointé pour le contenu de l’exposé.

La pensée totalitaire de Jacqueline Galant

jacqueline galant

La toute fraiche ministre de la Mobilité s’est dite ce mercredi « étonnée » de ce que la SNCB émette des billets « événements » pour les personnes qui voudraient rejoindre la manifestation de jeudi 6 novembre, contre le gouvernement dont elle fait partie.

Peut-être aurait-elle besoin de quelques rappels sur la nature de la démocratie et sur les méthodes utilisées par la plupart des régimes totalitaires pour s’installer au pouvoir.

Mais en préambule, je voudrais juste rappeler à Mme Galant (qui de toutes manières ne me lit certainement pas) qu’il s’agit là d’une tempête dans un verre d’eau. En effet, inscrivez vous comme groupe sur le site de la SNCB et demandez un « prix de groupe » pour au moins 15 personnes voyageant ensemble, et vous obtiendrez un prix similaire à celui que paieront les 50 à 100.000 personnes attendues demain à Bruxelles. En anticipant une réservation massive par les syndicats et en émettant un billet spécifique pour cet événement, notre société de chemin de fer n’a fait que de la bonne gestion. Elle s’est évitée l’obligation de gérer des centaines de commandes de billets de groupes, tous à calculer dans des délais presque intenables. Ce simple fait aurait du inciter la ministre à féliciter son patron des chemins de fer, plutôt que de le sermonner. Mais bon, Madame la Ministre nous a déjà habitué à sa manière très particulière d’utiliser le boulier compteur…

Maintenant, sur le fond, les affirmations de Madame Galant sont beaucoup plus inquiétante. Quand je l’entends déclarer à la radio (écoutez par exemple le journal de 22 heures ce mercredi) que si une manifestation contre le gouvernement est considéré comme un événement amenant la SNCB à émettre des billets à prix réduits, « on doit vraiment redéfinir cette notion d’événement ». Payer moins cher pour regarder passer le Tour de France, c’est normal – ça ne mange pas de pain et ça ne risque pas de causer de la contestation. Donner les moyens aux citoyens de s’exprimer paisiblement à un prix raisonnable, si c’est pour s’opposer au gouvernement, ce n’est plus un événement (comment cela s’appelle-t-il alors ? subversion ? terrorisme ?).

Redéfinir une partie d’un vocabulaire commun (comme le mot événement) pour qu’il ne puisse définir une situation de contestation, cela tient de la novlangue, cette redéfinition de la langue propre aux régimes totalitaires. Cela nous donne le ton de quelque chose qui me fait de plus en plus peur. En clair le message est « si vous utilisez les moyens légaux existant pour faciliter l’expression démocratique à fin de marquer votre opposition à la politique de notre gouvernement, vous serez privé de ces mêmes moyens ».

A mon avis, à ce rythme là, les prochaines instructions que Madame Galant recevra de Monsieur Michel (à moins que ce ne soit directement de Monsieur De Wever ?) ce sera d’interdire toute forme de billet à prix réduit pour les immigrés, les réfugiés politiques et surtout économiques. Et pour être sur qu’ils ne trichent pas, on leur demandera de porter un signe distinctif quelconque au revers de leur veste ???