Grosse fatigue

Je me sens un peu secoué par un événement qui m’a touché aujourd’hui.

C’est l’histoire d’une enfance qui pourrait basculer d’un instant à l’autre selon que nous,les adultes, agirons de façon plus ou moins adéquate.

L’histoire d’une petite fille perdue entre l’absence de sa mère, partie au loin depuis trop longtemps déjà, celle de son père, qui soigne les blessures de son âme dans un service psychiatrique.  Une petite fille qui tente maladroitement d’attirer l’attention sur elle en devenant une « élève difficile », qui se fait prendre pour une bêtise et se met à trembler de devoir affronter la déception d’un père qu’elle adore et protège.

C’est aussi l’histoire de ces professeurs démunis face à la fronde des enfants qui vivent uniquement dans le présent, qui attendent tous une écoute et une attention exclusive et individuelle.  De ces professeurs enlisés dans des spirales de sanctions inefficaces, mais qui ne savent plus comment réagir, à défaut de pouvoir pro-agir.

C’est aussi l’histoire de ces éducateurs qui doivent inculquer le respect du cadre, ne jamais faire perdre la face aux adultes, et diffuser un sentiment de justice et de sécurité aux enfants.

C’est mon histoire quand je recueille les plaintes des professeurs sur le comportement des élèves, les larmes infinies de l’enfant terrorisée par la crainte de faire souffrir son père affaibli par la maladie et honteuse de devoir en parler, la logique égalitaire des éducateurs qui tentent tant bien que mal de tenir « l’église au milieu du village ».
Et je ne sais plus quoi faire ni que penser.
J’ai peur d’en faire de trop, mais j’ai aussi peur d’en faire trop peu.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.