Zidani: La rentrée d’Arlette (au TTO)

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Ce qui est incontestable, c’est que Zidani a réussi à s’attirer l’enthousiasme et la participation de presque tous les (futurs) enseignants qui visiblement squattaient la salle du TTO hier soir.

Et c’est vrai que le personnage d’Arlette Davidson prête à rire, en évoquant de manière caricaturale la vie du monde de l’enseignement aujourd’hui. Mais en matière de caricature, il faut selon moi faire la différence entre Kroll et Cabu. Et je suis incontestablement plus fan du premier que du second. Avec moi, pour faire mouche, l’humour doit encore faire preuve d’une certaine distinction.

Et dans ce domaine, j’ai trouvé (et c’est certainement une opinion personnelle qui ne sera pas partagée par l’ensemble de mes amis et connaissances du monde enseignant) que la limite entre humour, vulgarité et parfois indécence avait été franchie à plus d’une reprise.

Non, je ne me suis pas retrouvé, je n’ai pas retrouvé mes collègues, dans aucun des personnages décrits par Zidani. Et c’est d’autant plus bizarre que « sociologiquement parlant » je travaille dans une école qui ressemble étrangement à Sainte Jacqueline de Compostelle: une population socialement très diversifiée, une reconnaissance d’école à discrimination positive, mais aussi une petite école, dans un beau jardin arboré et fleuri.

Je n’ai pas non plus reconnu la stagiaire en Burqa dont – en plus de l’aspect presque raciste de la description – il n’était peut-être pas utile de faire un homme en fin de parcours…

Je n’ai pas reconnu Madame Trognon, et il faut ne pas avoir fréquenté beaucoup de grand dépressifs ou de vrais obsessionnels  pour traiter aussi légèrement de vraies souffrances (mais j’imagine que « c’est de l’humour« .)

Je n’ai bien entendu pas reconnu Madame Magda, caricature vindicative qui donne à croire que l’on peut caractériser tout un peuple sur base des défauts que l’on reproche à quelques uns.

Et puis surtout, je n’ai pas vu, entendu, ni reconnu ceux qui selon moi sont les personnages principaux du monde de l’enseignement. C’est bien joli de prétendre (dans les programmes, dans les « critiques » préparées par un dossier de presse visiblement bétonné – il n’y a pas un seul critique indépendant qui me semble avoir écrit sur cette pièce) que Mlle Davidson arrive avec les méthodes de Françoise Dolto ou d’Ovide Decroly, mais alors, pourquoi avoir oublié que ces gens-là pensaient d’abord aux enfants ?

Ne me dites pas que ce sont les hurlements hystériques de la salle qui donnent une idée de ce à quoi ressemble une classe aujourd’hui. Par moment, cette remarquable performance d’artiste (car sur ce point, encore une fois, il faut mettre chapeau bas pour Mme Zidani), tournait au concert de Patrick Bruel (ou faut-il écrire d’Enrico Macias et de Mireille Mathieu en duo ?).

J’ai vu une directrice maltraiter sa secrétaire, faire l’hypocrite devant son inspecteur, je ne l’ai pas vue travailler avec ses enseignants.

J’ai vu des enseignants parler entre eux, hurler sur des élèves, se casser du sucre sur le dos les uns des autres. Je ne les ai pas vus travailler à construire un modèle d’interaction avec des élèves.

J’ai vu une caricature de mère de famille prendre des accents maghrébins pour demander à la direction de punir son fils. Je n’y ai pas ressenti la tendresse et la détresse de ces deux-là (la mère et le fils) lorsque je les ai vraiment en face de moi en réunion de parents.

Je suis triste des images de l’enseignement que nous a renvoyées le théâtre ces deux dernières saisons. Les caricatures d’Arlette ou de Madame Marguerite m’ont écoeuré. Elles sont pour moi à des lieues de mon vécu de classe et de salle des professeurs.

Il y a tant de sujet que la scène aborde avec justesse et humanité, tant de grandes pièces contemporaines qui nous prennent par l’émotion sans tomber dans le grand-guignolesque. Pourquoi faut-il qu’une chose aussi importante que l’éducation de nos enfants soit aussi mal traitée par une ex-enseignante ?

Alors pour moi, dans son exercice d’expression orale, je donne 9/10 à Zidani pour sa prestation scénique, mais un zéro pointé pour le contenu de l’exposé.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.