Le sourire du crocodile

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C’est avec un large sourire qu’Elke Sleurs, ministre N-VA du gouvernement fédéral, en charge des musées fédéraux, explique qu’elle ne veut plus d’un Musée d’Art Moderne dans un lieu architecturalement  symbolique, comme les anciens garages Citroën. Mais ce sourire, c’est celui du crocodile qui sait qu’il va ainsi pouvoir croquer sa proie.

Lorsqu’un régime totalitaire se met en place, il est important qu’il déploie ses stratégies dans de multiples directions. L’une d’entre elle est de discréditer les intellectuels, ces inutiles gêneurs qui font croire au bon peuple que réfléchir peut faire progresser le monde.

Ce qui fait peur au candidate dictateur dans la culture, c’est qu’au coeur du travail culturel se trouve la faculté de générer des émotions chez l’observateur. Or les émotions, c’est une chose que le dirigeant totalitaire veut contrôler. C’est à lui de déterminer l’émotion qui est bonne, et celle qui mêne à la dégénérescence. On se souviendra ainsi de la manière dont le 3ème Reich avait pris le contrôle de ses musées pour en écarter « l’art dégénéré ».

Chaque jour qui passe depuis l’installation d’un gouvernement fédéral N-VA-MR nous apporte son lot d’indications sur la manière dont le parti nationaliste flamand est en train de mettre la main sur l’appareil d’état pour réaliser son projet historique de démantèlement de la Belgique au profit d’un état national social et ultra-conservateur. Après avoir tenté de normaliser la montée au pouvoir de néo-nazis comme Théo Francken, après avoir confié le contrôle des forces de police du Royaume à quelqu’un qui n ‘a jamais caché ses sympathies pour les méthodes d’extrême droite les plus immondes, après s’être assuré que tous les postes occupés par des ministres francophones seraient des pièges idéaux pour démontrer l’incompétence du Bruxellois et du Wallon à se gérer lui-même, le champ de bataille s’set déplacé aujourd’hui vers la culture.

En décrétant que la Région Bruxelloise ne pourrait avoir à la fois un Musée Fin de Siècle (installé à coup de millions fédéraux sur le site des anciens Musées d’Art Moderne) et un vrai musée d’art contemporain digne de ce nom, en annulant tout le travail effectué pour mettre en place le Musée Fin de Siècle pour y rapatrier les collections du Musée d’Art Moderne, Elke Sleurs, ministre N-VA ayant la tutelle des Musées Fédéraux sous sa responsabilité, tente de museler un espace de liberté essentiel.

Le Musée Fin de Siècle se veut un Musée populaire. Il est une étape indispensable pour le touriste qui veut comprendre l’Art Nouveau qui est au coeur de l’histoire culturelle Bruxelloise. Pour la N-VA, l’image d’une capitale fédérale culturellement attirante est une insulte. Il faut y mettre fin. Plus de Musée Fin de Siècle, c’est autant de visiteurs qui se désintéresseront de la ville.

Et rapatrier le Musée d’Art Moderne dans ses anciens murs, c’est le ramener au statut de « musillon » provincial. Bruxelles reste ainsi une capitale européenne administrative, incapable de proposer à ses visiteurs un autre produit phare que la Grand Place ou le Manneken Pis. La Flandre aurait-elle peur qu’un vrai Musée d’Art Moderne, un Guggenheim ou un Beaubourg bruxellois fasse de l’ombre à la Flandre ?

L’acharnement avec lequel les pontes de la N-VA s’attaquent à toute institution fédérale démontre bien la seule raison pour laquelle ils sont « montés » dans ce gouvernement: réaliser un « coup d’état légal » qui établisse de facto la 7ème réforme de l’état qu’ils appellent de leur voeux, de préférence en excédent tellement les francophones de ce pays que ce seront eux qui en deviendront demandeurs. Et ce faisant, Bart de Wever pourra devenir celui qui établit les conditions du divorce.

Comme quoi, même cette décision apparemment anodine de Elke Sleurs démontre à nouveau combien Charles Michel s’est laissé emporté par ses ambitions personnelles, et est décidé à faire payer au citoyen le prix de son hochet de Premier Ministre fantoche.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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