Les 12 mesures qui n’empêcheront jamais un fou de commettre un acte terroriste

Après les attentats dramatiques et ignobles qui ont frappés la France et la Belgique au coeur de leurs valeurs fondamentales ces dernières semaines, on attendait logiquement de nos gouvernants qu’ils prennent des mesures symboliques pour protéger les populations des actes de folies de quelques fanatiques, sans mettre en danger ces valeurs mêmes qui ont été attaquées de l’extérieur.

C’était sans doute oublier que les gouvernements (et singulièrement le nôtre) sont aujourd’hui inféodés aux mouvements populistes qui profitent de la mauvaise gestion des crises économiques et sociales pour instiller leurs politiques de peur, de haine et d’exclusion.

Ainsi, on a sans surprise pu constater que les douze « mesures » prises par le gouvernement N-VA (car, au vu de la campagne d’affichage, il n’y a pas de doute, c’est la N-VA qui est au commande)

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allaient toutes dans le même sens: la réduction de nos libertés fondamentales. En quelque sorte, au nom de la défense de nos libertés fondamentales, pour lutter contre des gens qui sont prêt à mourir – et qui le prouvent – parce que leurs valeurs vont à l’encontre de ces libertés fondamentales, nous allons … réduire les libertés fondamentales.

Quelle plus belle victoire pouvons nous offrir aux radicaux de tous poils que d’agir dans le sens qu’ils veulent imposer à l’histoire, sous prétexte de les retarder dans leur combat ?

On aurait pu espérer, comme je le lisais hier encore sous la plume d’Anne Löwenthal et d’autres, que les fameuses douze mesures ressembleraient plutôt à ceci (piquées à Anne Löwenthal sur son mur Facebook):

1. Une réforme en profondeur de l’enseignement
2. La création d’un service d’accueil et de désintoxication des jeunes embrigadés par des extrémistes
3. La fin des exclusions des chômeurs et la réintégration des exclus
4. Un renforcement des associations d’alphabétisation
5. L’instauration d’une allocation universelle avec un partage du temps de travail
6. L’ouverture de crèches pour garantir un accueil de qualité à tous les enfants
7. Une réelle gratuité de l’enseignement
8. Un renforcement des moyens alloués à la culture
9. Un renforcement des services sociaux
10. La suppression des SAC
11. L’intensification de la lutte contre les discrimination
12. La fermeture des prisons au profit de mesures alternatives

Je ne dis pas que je partage à 100% ces propositions (en tous cas dans l’optique d’une lutte contre le radicalisme religieux), mais une chose me paraît certaine:

Aussi longtemps que nous nous contenterons de renforcer les mesures répressives à l’égard de gens qui n’aspirent qu’à devenir des martyrs, nous renforcerons leurs motivations à agir et donc risquons principalement d’être contre-productifs. Faire un mort chez les radicaux, c’est aussi motiver 10 autres à se lever.

Les mesures de protection des populations civiles ont du sens, aussi longtemps qu’elle ne serve pas principalement à restreindre les libertés individuelles. Or ce que va faire notre gouvernement c’est diminuer nos libertés individuelles (plus d’écoutes, plus de contrôles a priori, plus de délits de sale gueule, plus de fichage, moins de liberté d’association, …)

Les vraies mesures de prévention vont dans le sens de l’éducation et de la désintoxication: quels moyens sont aujourd’hui mis à la disposition des enseignants, confrontés aux discours d’ados en révoltes – rappelons que c’est le rôle d’un ado d’être en révolte – qui soutient les thèses complotistes ? Quels espoirs leur donner pour leur avenir ? Dans quelle mesure les responsables d’entreprise qui ont défilés dimanche dernier seront-ils moins curieux de la couleur de la peau des candidats employés pour ne se concentrer que sur les compétences offertes ? Verra-t-on demain la grande fraternité des marches « Charlie » se transformer en une fraternité et une égalité réelle face à l’emploi, à l’aide sociale, à la solidarité en général ?

Le débat n’est pas tant celui de l’intégration que celui de la véritable égalité des chances. Aussi longtemps que des jeunes se sentiront exclus de notre société parce qu’ils n’ont pas le bon patronyme, la bonne couleur de peau, le bon accent, le bon vêtement sur eux, la bonne casquette, le bon couvre-chef (honnêtement, qu’est-ce qui est le plus ridicule, le dernier bibi de Mathilde où le foulard de votre voisine ?), ces jeunes se regrouperont et écouterons ceux qui savent utiliser leurs ressentiment normal pour les transformer en martyrs potentiels.

Finalement, ce qui est le plus étonnant, ce n’est pas que quelques dizaines de jeunes exclus deviennent des terroristes. C’est que devant l’absence d’action contre l’exclusion, il n’y en ait pas des milliers…

 

Sagesse chinoise, Charlie et la systémique

Je m’étais dit que je ne reviendrais plus sur la question de Charlie, mais une anecdote et un bout de vidéo me sont parvenus, par des voies parfois distinctes, et qui me permettent d’apporter une vision systémique dans le débat sur les responsabilités respectives du drame de Charlie Hebdo.

Comme enseignant, je me suis bien entendu retrouvé confronté au discours déjà mentionné à de nombreuses reprises dans la presse du « bien entendu, ce n’est pas bien de tuer 12 personnes comme cela [sic]… MAIS il faut bien reconnaître qu’ils l’avaient bien cherché… qu’ON les avait prévenus, ON leur avait même envoyé un cocktail Molotov [resic] ». Et bien entendu, j’ai retravaillé avec ces chères têtes blondes (ou pas) les notions de liberté et de neutralité religieuse de l’Etat et du Droit.

Puis m’est arrivé aujourd’hui un email d’un proche, me contant le dialogue suivant entre des enfants belges et une jeune fille chinoise que je connais bien:

Les « autres »: Les gars de Charlie, ils avaient provoqués les Musulmans en insultant le prophète, et toute action entraîne une réaction…

La « chinoise »: S’il n’y avait pas eu d’intégrisme, il n’y aurait pas eu matière à caricaturer, et tout action entraînant une réaction …

Ce qui m’a fait remonter un « cycle » plus haut dans le temps, et, toujours grâce à ces proches, retrouver ce film de 2008 dont la première scène résume bien l’enchaînement, une fois que l’on renverse le point de vue des interactions. Au lieu de nous dire, l’acte terroriste est une réaction à la provocation de la caricature, posons nous la question de savoir à quoi la caricature répondait …

[Malheureusement, Dailymotion a retiré la vidéo de son catalogue. Si je retrouve une version du film sur le net, je vous la proposerai]

Alors, plutôt que de se demander si il y a ici du bien ou du mal, ne vaudrait-il pas le coup de relire ce vieux conte chinois (encore eux !) surla portée morale à donner aux événements ?

Pourquoi j’irai à Paris…

J’ai publié hier un article critiquant le « grand cirque médiatique » qui avait accompagné l’exécution (conjointement) rituelle  des terroristes du 7 janvier dernier, dans un grand consensus entre droite sécuritaire et fanatiques plus ou moins assumés.

Aujourd’hui, j’achète des tickets de train pour être un (en fait deux…) parmi un million, demain à Paris. Suis-je en contradiction avec moi-même. Je vois en effet fleurir sur la toile une masse de réactions destinées à expliquer pourquoi il ne fallait pas aller manifester ce dimanche.

Je ne sais pas si c’est un bien ou un mal d’aller manifester. Je suis parfaitement conscient que cette manifestation sera récupérée par Sarko, Merkel, Cameron et Rajoy sans doute bien mieux que par Hollande. Et que même si c’était Hollande qui sortait plus populaire de l’exercice, la démocratie en Europe occidentale ne s’en sortirait pas mieux.

Ma première réaction a d’ailleurs été de déclarer que je n’irais pas. Et puis je me suis dit que ceux de mes amis qui critiquaient cette manifestation étaient d’assez bons amis que pour ne pas m’en vouloir de ne pas partager cette fois leur opinion. Et que oui, je pouvais répondre à cet appel, pour justement affirmer que c’étaient les partisans de la liberté d’expression qui battraient le pavé, pas ceux qui mutatis mutandis se réjouiraient de la disparition de Charlie.

Pour la liberté d’expression, de conscience et d’opinion, mais aussi parce que des mouvements comme ceux-ci offrent des opportunités de rappeler ce que ces libertés veulent dire, finalement, oui, je serai demain à Paris.

Bonne résolution 2015: Je vais haïr « les musulmans » !

Voilà, c’est fait, il fallait que je le dise: je veux haïr « les musulmans ». Je hais cette étiquette que l’on colle à des femmes, des hommes et des enfants sur base de la couleur de leur peau, et souvent avant même de connaître leurs convictions philosophiques et religieuses.

En fait, je me hais moi-même d’avoir utilisé ce terme à de trop nombreuses reprises, surtout ces derniers jours. Lorsque mes élèves m’interpellent, je réagis – en empathie et en compassion avec eux – mais en les considérant comme « des musulmans ». Je leur explique le respect que j’ai « pour eux ». Je leur dis que je comprends « leurs difficultés ». Et je semble ainsi oublier tout ce que des années de travail avec des personnes en souffrance m’avaient appris…

Je ne suis pas un disciple d’Allah. Sur le plan religieux, je me définis comme un agnostique, un « douteur ». Je ne peux donc connaître qui que ce soit comme Chrétien, Musulman, Bouddhiste ou que sais-je encore, puisque ce serait l’assimiler à quelque chose dont je ne perçois pas l’existence. Mais Abdel, Le Xiao, Marcelle sont des personnes bien vivantes. Je les reconnais en tant que personnes. Si je continue à qualifier tou.te.s les Fatima, Abdel, Myriam, Abou, Mahmoud, Sounia que je rencontre de « Musulman.e.s », je nie leurs qualités individuelles pour ne retenir qu’une qualité que je ne peux mesurer.

Que se passerait-il si j’arrivais à revenir vers la femme ou l’homme avant de m’attacher à l’étiquette que parfois il ou elle se colle lui/elle même, mais aussi que souvent il hérite des autres ?

Abdel et Fatima m’apparaîtraient peut-être tels qu’ils se laissent voir. Avec leurs qualités personnelles. Avec leurs défauts aussi. Mais sans ce truc auquel de toute manière je ne peux rien comprendre: leur religion. Pas qu’elle soit incompréhensible, non, sans doute pas puisque eux, êtres intelligents (comme moi, ne soyons pas modeste) semblent y trouver une source de bonheur et d’espérance. Simplement parce que dans ma construction du monde et de la réalité, je ne lui donne aucun rôle.

Vous l’avez compris je l’espère, je ne hais pas les musulmans, je hais les constructions mentales qui réduisent les êtres humains à des étiquettes qui les stigmatisent.

J’en ai marre d’entendre décrire les changements qui nous permettent de vivre ensemble comme des défaites et des concessions. Permettre à la cantine d’une école de servir des repas qui conviennent à tous les enfants qui la fréquentent, ce n’est pas « céder à l’Islam ». C’est permettre simplement à des personnes qui ont des croyances différentes de continuer à vivre ensemble.

La sandwicherie ou je vais chercher mon repas presque chaque jour est tenue par Abdel et Fatima (noms d’emprunt…). Cela ne les empêche pas d’afficher un vrai club jambon-fromage à la carte, et de me le confectionner avec le même sourire que si je commande un thon mayonnaise ou un américain. Abdel et Fatima ne doivent être pour moi ni des « arabes », ni des « musulmans ». Ce sont deux jeunes pleins de courage qui ont décidés de créer leur emploi parce qu’un nombre encore scandaleux d’entreprises de leur pays, celui de leur nationalité, de leur naissance, n’étaient pas foutu de considérer que leur diplôme blanc-bleu vaut tout autant qu’il soit porté par Abdel-Fatima ou par Bart-Maggie…

Bon, maintenant, cette bonne résolution, va falloir que je la mette en oeuvre, et donc Abdel et Fatima vont sans doute encore parfois m’entendre parler d’eux comme je ne devrais pas. Qu’il m’excusent pour toutes les fois où j’ai voulu les défendre non pas comme personnes individuelles, mais comme groupe. Car en croyant les défendre comme groupe que je nomme, je contribue en fait à leur stigmatisation.

Je reviendrai certainement pour développer cette évidence qui m’est apparue si clairement au détour d’une lecture. La confusion de la nuit m’empêche de pousser ma réflexion plus loin ce soir.

Bonne nuit…

 

 

Un grand cirque médiatique au service de la terreur.

J’ai l’impression d’avoir assisté aujourd’hui, et en particulier ce soir, à un cirque dont Charb et ses potes auraient peut-être aimé se moquer. Un exercice de récupération médiatique par les va-t-en-guerre d’un final aussi prévisible que celui d’une chanson de Michel Sardou.

Ce qui a commencé comme un crime frappant la démocratie au coeur (et il faut pouvoir reconnaître une blessure grave pour pouvoir la soigner) s’est terminé exactement comme pouvaient le prévoir leurs auteurs. La fin à laquelle nous avons assisté est celle qui convenait à la fois aux fous de Dieu et aux adeptes de la répression policière: une représentation violente, en direct télévisé, de l’élévation au statut de martyrs des uns et à celui de héros des autres.

En permettant cette fin violente, brutale, à l’heure où toutes les télévisions cherchent les images qui accrocheront l’audience pour la soirée, les terroristes ont posé avec une facilité déconcertante le piège annoncé par Michael Deacon, chroniqueur politique du « The Telegraph » hier midi:

Dans un premier temps, créer un crime odieux qui puisse apparaître et se revendiquer d’un attentat contre des valeurs clairement occidentales. Car si l’on se donne une minute pour réfléchir, peut-on raisonnablement croire que des gens capables d’un raisonnement aussi froidement militaire que ceux qui ont exécuté les gars de Charlie Hebdo sont vraiment choqués par des caricatures, fussent-elles du prophète Mahomet ? Ils s’en moquent de ces caricatures. Ils savent bien que, comme croyants qui pourraient être choqués par ces images, ils leur suffiraient de détourner le regard, d’activer une « protection religieuse » comme d’autre activent une « protection parentale » sur leurs PC ou leurs télévisions pour éviter la pornographie.

Ce n’est pas la valeur choquante des caricatures pour eux qui compte. C’est leur valeur comme symbole de nos libertés fondamentales qui les intéresse. L’important c’est de porter le fer là où l’ennemi (lisez la démocratie) souffrira assez que pour réagir.

Les dieux de la médiatisation, qui n’a plus grand chose à voir avec la démocratie, vont faire en sorte que les images créent de l’émotion, beaucoup d’émotions. Et les voix qui feront entendre une lecture des événements à la fois simple, porteuse d’encore plus d’émotions, et porteuses aussi de « solutions évidentes » accrochées si possible aux peurs viscérales des autres. Ces solutions seront celles qui resteront au fond des esprits des spectateurs quand le rideau tombera à la fin de la soirée. La haine de ceux qui n’ont rien demandé, mais dont les terroristes s’auto-prétendent les représentants. La haine des Musulmans parce que c’est l’étiquette que ce sont donnés ces fous.

Un peu comme si tous les belges devenaient des pédophiles pervers parce que l’un d’entre eux à enlevé, violé, torturé et parfois tué 6 jeunes filles… Ou que tous les Ch’tis devenaient « pédophiles chômeurs consanguins » parce que quelques-uns d’entre eux sont suspectés (finalement à tort) d’avoir organisé un réseau d’exploitation sexuelle d’enfants…

Et donc, pour revenir à notre sujet, en attisant la haine « des Musulmans », les terroristes attisent un sentiment d’injustice déjà bien présent dans une population qui souffre de l’incapacité de nos pouvoirs publics à leur garantir les mêmes chances qu’aux concitoyens qui ont une couleur plus conforme aux standards historiques, et qui se trouvent maintenant cibles d’attaques verbales, physiques et parfois para-militaires contre des symboles encore plus marquants de leur culture ou de leur foi (comme les attaques recensées contre les Mosquées).

Résultat: les terroristes grossissent leurs rangs pour provoquer une guerre civile dont ils pourront accuser les non-Musulmans d’être à l’origine. (the Telegraph)

L’autre élément de cette alliance objective, c’est bien entendu que cette débauche de violence médiatisée va permettre aux tenants des discours hyper sécuritaires de déployer plus facilement leurs instruments de contrôle social. Ce sont les mêmes moyens qui permettent de contrôler le « terrorisme religieux » et « l’activisme politique ». Ce sont les mêmes micros, les mêmes caméras, les mêmes systèmes d’écoute qui empêcheront peut-être parfois un terroriste de tuer, et qui contrôleront surement et en permanence les faits et gestes des opposants « réguliers » au régime en place.

C’est ainsi qu’au nom de la défense de la démocratie, on pourra s’attaquer de plus en plus à nos libertés fondamentales. C’est alors que les terroristes auront gagné.

Donnez nous de la justice, pas de la vengeance.

charlie hebdo bw

J’ai mis plusieurs heures avant de pouvoir écrire quoi que ce soit sur l’événement qui aura marqué le début de cette année 2015. A la fois je me sens triste et en colère, et en même temps j’aimerais tellement que ce drame ne se transforme pas en déferlement de haine.

Et tout en reconnaissant que la proximité des faits (c’est arrivé près de chez vous…) amplifie l’émotion qu’ils génèrent, je ne peux m’empêcher de penser également à toutes les victimes de violences ordinaires qui semblent effacées par l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ainsi, j’ai longtemps hésité à afficher une image de profil « Je suis Charlie », non pas parce que je ne me voudrais pas solidaire de l’émotion qui se propage sur les réseaux sociaux, mais bien par crainte d’y rejoindre aussi ceux qui ne manqueront pas de réclamer la vengeance au lieu de la justice.

Depuis des années, les observateurs les plus pointus de ce que l’on appelle l’Islamisme radical nous annoncent que grâce au travail mené depuis le 11 septembre 2001, les terroristes n’étaient plus en mesure d’organiser des attentats de grande envergure, et qu’il fallait donc s’attendre à un long « chant du cygne » qui serait ponctué d’épisodes dramatiques de guerilla urbaine. Les attentats dans les métros parisiens et londoniens en étant les exemples les plus connus. A l’écoute des médias, ce qui s’est passé aujourd’hui relèverait d’une autre stratégie puisque la phrase la plus en vogue ce soir semble être « Nous sommes en guerre ».

Or les faits, toujours les faits, nous disent pour le moment que trois hommes, relativement bien organisés, ont exécuté un massacre sanglant, à la hauteur de leurs moyens, sur une cible hautement symbolique. Et que le monde entier semble déplorer cette abomination dans un bel unisson qui quelque part me dérange.

Mais ce que je vois aussi, c’est cette première réaction, particulièrement stigmatisante, qui est de vérifier si chaque musulman que nous connaissons n’oublie pas de bien condamner fermement les attentats, et de poster sur sa page Facebook, lui aussi, une photo de profil qui dit « Je suis Charlie ». Et l’on voit ainsi un chroniqueur émérite comme Franz-Olivier Giesbert faire  la leçon sur le plateau de France 2 au représentant de la communauté musulmane, lui demandant de s’assurer que chacune de ses ouailles fasse bien son acte de contrition publique pour un crime commis par d’autres.

J’ai d’ailleurs trouvé tout aussi pathétique la réponse du représentant en question insistant sur le fait que la tâche principale de sa communauté était d’éduquer et de faire de la prévention en son sein. N’y a-t-il pas là quelque chose de pervers dans cet acte d’auto culpabilisation ?

Enfin, la plus grande perversion de ce drame, c’est qu’il risque de renforcer le discours de tous ceux qui veulent faire porter les problèmes de notre société par des « autres », différents, étrangers. Combien de temps faudra-t-il pour faire l’amalgame entre un « commando djihadiste » et l’ensemble des étrangers à la peau sombre ? C’est sans justification aucune que nos gouvernements sécuritaires bien pensants pourront appuyer un peu plus sur la touche « répression » à l’égard de tout ceux qui dérangent parce qu’ils sont différents.

Ce serait faire beaucoup trop d’honneur aux misérables lâches qui ont tués les journalistes de Charlie Hebdo que de les transformer en héros. Laissons les être de « simples » criminels en bandes, condamnables à ce titre.

Je peux bien entendu me tromper, mais je suis persuadé que nos démocraties sont moins mises en danger par les crimes odieux de quelques fanatiques que par les politiques de contrôle et de répression de tous ceux qui sont « différents » préparées par ceux qui nous gouvernent.

Ciels de passages

Je photographie depuis des années les ciels de Samoëns. Cette semaine  aux nuits particulièrement longues aura été particulièrement généreuse en lumières magiques.

Chaque jour, je vous en ai présenté l’une ou l’autre, sur ma page Facebook. Aujourd’hui, je voudrais vous proposer un florilège de ce que fut cette semaine.

D’abord quelques photos prises dans la vallée, là où les nuages se sont longuement installés, tout en jouant à cache cache avec le bleu du ciel.

Puis une série de photos prises en altitude, souvent au dessus des nuages, en les regardant flotter comme une mer d’ouate qui nous cacherait les vicissitudes du quotidien.

Et puis aujourd’hui en particulier, il y avait aussi ces superbes nuages lenticulaires qui enrobaient le Mont Blanc, comme si des visiteurs d’un autre monde voulaient partager avec nous le spectacle de la nature.

Tous ces ciels marquaient pour moi une série de passages, parallèles et concomitants à l’entrée en 2015. Si l’une ou l’autre de ces photos peut vous apporter un peu de beauté pour commencer cette année, alors, je ne regretterai certainement pas de les avoir partagées avec vous.