Donnez nous de la justice, pas de la vengeance.

charlie hebdo bw

J’ai mis plusieurs heures avant de pouvoir écrire quoi que ce soit sur l’événement qui aura marqué le début de cette année 2015. A la fois je me sens triste et en colère, et en même temps j’aimerais tellement que ce drame ne se transforme pas en déferlement de haine.

Et tout en reconnaissant que la proximité des faits (c’est arrivé près de chez vous…) amplifie l’émotion qu’ils génèrent, je ne peux m’empêcher de penser également à toutes les victimes de violences ordinaires qui semblent effacées par l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ainsi, j’ai longtemps hésité à afficher une image de profil « Je suis Charlie », non pas parce que je ne me voudrais pas solidaire de l’émotion qui se propage sur les réseaux sociaux, mais bien par crainte d’y rejoindre aussi ceux qui ne manqueront pas de réclamer la vengeance au lieu de la justice.

Depuis des années, les observateurs les plus pointus de ce que l’on appelle l’Islamisme radical nous annoncent que grâce au travail mené depuis le 11 septembre 2001, les terroristes n’étaient plus en mesure d’organiser des attentats de grande envergure, et qu’il fallait donc s’attendre à un long « chant du cygne » qui serait ponctué d’épisodes dramatiques de guerilla urbaine. Les attentats dans les métros parisiens et londoniens en étant les exemples les plus connus. A l’écoute des médias, ce qui s’est passé aujourd’hui relèverait d’une autre stratégie puisque la phrase la plus en vogue ce soir semble être « Nous sommes en guerre ».

Or les faits, toujours les faits, nous disent pour le moment que trois hommes, relativement bien organisés, ont exécuté un massacre sanglant, à la hauteur de leurs moyens, sur une cible hautement symbolique. Et que le monde entier semble déplorer cette abomination dans un bel unisson qui quelque part me dérange.

Mais ce que je vois aussi, c’est cette première réaction, particulièrement stigmatisante, qui est de vérifier si chaque musulman que nous connaissons n’oublie pas de bien condamner fermement les attentats, et de poster sur sa page Facebook, lui aussi, une photo de profil qui dit « Je suis Charlie ». Et l’on voit ainsi un chroniqueur émérite comme Franz-Olivier Giesbert faire  la leçon sur le plateau de France 2 au représentant de la communauté musulmane, lui demandant de s’assurer que chacune de ses ouailles fasse bien son acte de contrition publique pour un crime commis par d’autres.

J’ai d’ailleurs trouvé tout aussi pathétique la réponse du représentant en question insistant sur le fait que la tâche principale de sa communauté était d’éduquer et de faire de la prévention en son sein. N’y a-t-il pas là quelque chose de pervers dans cet acte d’auto culpabilisation ?

Enfin, la plus grande perversion de ce drame, c’est qu’il risque de renforcer le discours de tous ceux qui veulent faire porter les problèmes de notre société par des « autres », différents, étrangers. Combien de temps faudra-t-il pour faire l’amalgame entre un « commando djihadiste » et l’ensemble des étrangers à la peau sombre ? C’est sans justification aucune que nos gouvernements sécuritaires bien pensants pourront appuyer un peu plus sur la touche « répression » à l’égard de tout ceux qui dérangent parce qu’ils sont différents.

Ce serait faire beaucoup trop d’honneur aux misérables lâches qui ont tués les journalistes de Charlie Hebdo que de les transformer en héros. Laissons les être de « simples » criminels en bandes, condamnables à ce titre.

Je peux bien entendu me tromper, mais je suis persuadé que nos démocraties sont moins mises en danger par les crimes odieux de quelques fanatiques que par les politiques de contrôle et de répression de tous ceux qui sont « différents » préparées par ceux qui nous gouvernent.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.