Un grand cirque médiatique au service de la terreur.

J’ai l’impression d’avoir assisté aujourd’hui, et en particulier ce soir, à un cirque dont Charb et ses potes auraient peut-être aimé se moquer. Un exercice de récupération médiatique par les va-t-en-guerre d’un final aussi prévisible que celui d’une chanson de Michel Sardou.

Ce qui a commencé comme un crime frappant la démocratie au coeur (et il faut pouvoir reconnaître une blessure grave pour pouvoir la soigner) s’est terminé exactement comme pouvaient le prévoir leurs auteurs. La fin à laquelle nous avons assisté est celle qui convenait à la fois aux fous de Dieu et aux adeptes de la répression policière: une représentation violente, en direct télévisé, de l’élévation au statut de martyrs des uns et à celui de héros des autres.

En permettant cette fin violente, brutale, à l’heure où toutes les télévisions cherchent les images qui accrocheront l’audience pour la soirée, les terroristes ont posé avec une facilité déconcertante le piège annoncé par Michael Deacon, chroniqueur politique du « The Telegraph » hier midi:

Dans un premier temps, créer un crime odieux qui puisse apparaître et se revendiquer d’un attentat contre des valeurs clairement occidentales. Car si l’on se donne une minute pour réfléchir, peut-on raisonnablement croire que des gens capables d’un raisonnement aussi froidement militaire que ceux qui ont exécuté les gars de Charlie Hebdo sont vraiment choqués par des caricatures, fussent-elles du prophète Mahomet ? Ils s’en moquent de ces caricatures. Ils savent bien que, comme croyants qui pourraient être choqués par ces images, ils leur suffiraient de détourner le regard, d’activer une « protection religieuse » comme d’autre activent une « protection parentale » sur leurs PC ou leurs télévisions pour éviter la pornographie.

Ce n’est pas la valeur choquante des caricatures pour eux qui compte. C’est leur valeur comme symbole de nos libertés fondamentales qui les intéresse. L’important c’est de porter le fer là où l’ennemi (lisez la démocratie) souffrira assez que pour réagir.

Les dieux de la médiatisation, qui n’a plus grand chose à voir avec la démocratie, vont faire en sorte que les images créent de l’émotion, beaucoup d’émotions. Et les voix qui feront entendre une lecture des événements à la fois simple, porteuse d’encore plus d’émotions, et porteuses aussi de « solutions évidentes » accrochées si possible aux peurs viscérales des autres. Ces solutions seront celles qui resteront au fond des esprits des spectateurs quand le rideau tombera à la fin de la soirée. La haine de ceux qui n’ont rien demandé, mais dont les terroristes s’auto-prétendent les représentants. La haine des Musulmans parce que c’est l’étiquette que ce sont donnés ces fous.

Un peu comme si tous les belges devenaient des pédophiles pervers parce que l’un d’entre eux à enlevé, violé, torturé et parfois tué 6 jeunes filles… Ou que tous les Ch’tis devenaient « pédophiles chômeurs consanguins » parce que quelques-uns d’entre eux sont suspectés (finalement à tort) d’avoir organisé un réseau d’exploitation sexuelle d’enfants…

Et donc, pour revenir à notre sujet, en attisant la haine « des Musulmans », les terroristes attisent un sentiment d’injustice déjà bien présent dans une population qui souffre de l’incapacité de nos pouvoirs publics à leur garantir les mêmes chances qu’aux concitoyens qui ont une couleur plus conforme aux standards historiques, et qui se trouvent maintenant cibles d’attaques verbales, physiques et parfois para-militaires contre des symboles encore plus marquants de leur culture ou de leur foi (comme les attaques recensées contre les Mosquées).

Résultat: les terroristes grossissent leurs rangs pour provoquer une guerre civile dont ils pourront accuser les non-Musulmans d’être à l’origine. (the Telegraph)

L’autre élément de cette alliance objective, c’est bien entendu que cette débauche de violence médiatisée va permettre aux tenants des discours hyper sécuritaires de déployer plus facilement leurs instruments de contrôle social. Ce sont les mêmes moyens qui permettent de contrôler le « terrorisme religieux » et « l’activisme politique ». Ce sont les mêmes micros, les mêmes caméras, les mêmes systèmes d’écoute qui empêcheront peut-être parfois un terroriste de tuer, et qui contrôleront surement et en permanence les faits et gestes des opposants « réguliers » au régime en place.

C’est ainsi qu’au nom de la défense de la démocratie, on pourra s’attaquer de plus en plus à nos libertés fondamentales. C’est alors que les terroristes auront gagné.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

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