A qui profite le crime ?

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Il semble donc que cette année, les CE1D, épreuves appelées à devenir à terme « l’épreuve » de certification des compétences d’un jeune d’environ 14 ans sont victimes de ce qui s’apparente de plus en plus à un acte de terrorisme. Que les réponses à une épreuve circule, c’est déjà grave, mais que, dès le soir de la première épreuve, les questionnaires pour les épreuves suivantes se mettent à circuler, alors on est soit face à une impréparation inexcusable de l’administration, soit face à une action concertée et organisée dans le but de décrédibiliser le système.

Dans un cas comme dans l’autre, une fois passées les émotions, il faudra regarder de très près ce qui s’est passé. Et en particulier, de réfléchir à qui profite le crime.

Politiquement, on pourrait penser à une attaque en règle contre une Ministre qui, parce qu’elle abat un travail important sur le fond et qu’elle le fait souvent dans la concertation avec les professionnels de l’enseignement, doit en déranger plus d’un qui ne peuvent accepter la mise en place d’une école moins élitiste. La faible ampleur des critiques venant de l’opposition m’incite à croire pour le moment que ce n’est sans doute pas la piste prioritaire. D’autant plus que le risque serait grand pour le politicien qui se ferait prendre à avoir comploté dans ce coup.

Je penche personnellement plus pour une hypothèse où la faute incombe à la fois à l’imprudence de l’administration, et à la volonté de certaines écoles de combattre les certifications externes. Et peut-être à la collusion entre les uns et les autres.

J’ai ainsi – comme enseignant – trouvé très étonnant que les questionnaires de CE1D arrivent me semble-t-il beaucoup plus tôt cette année que les années précédentes. Des directeurs  indélicats ou imprudents étaient en possession des fameux documents depuis le début de cette semaine. Il me semble que l’an dernier, c’est le vendredi précédent le premier jour de CE1D que les documents sont arrivés dans notre école. Mais de mon côté, je n’ai toujours pas vu (et verrais-je un jour ?) les questions de Néerlandais écrit de cette année !

Pourtant, il me semble clair que l’exposition à une épreuve externe lors de la fin d’un cycle est, dans notre système éducatif, une étape inévitable. On pourrait s’en passer, à condition de changer totalement notre mode de fonctionnement (par exemple, pour créer une école sans redoublement non pas pour des raisons budgétaires, mais bien dans un but de développement de la personnalité de l’enfant). Permettre à chaque école de « monter » ses propres épreuves de certification, c’est rendre non mesurable la performance de chaque établissement.

Rendre non mesurable la performance des établissements

C’est à mon avis de ce côté qu’il faut rechercher les mobiles les plus sérieux de ce qui se passe aujourd’hui.

Soyons clair, je ne me sens absolument pas l’âme d’un complotiste et je crois pas en une théorie quelconque de la malveillance généralisée. Par contre, on ne peut nier que les réputations des écoles se font et se défont aujourd’hui sans aucun élément de mesure de leur capacité à amener des jeunes là où ils développeront au mieux leurs talents. Et l’absence d’une mesure  généralisée d’atteinte des seuils de compétences à 14 ans sert prioritairement les écoles qui travaillent principalement leur réputation en fonction de la préparation à des études aussi élitistes que possibles;

Ce sont ces mêmes écoles d’ailleurs que l’on retrouve dans tous les reportages TV vus ces dernières heures où des jeunes toujours très bien habillés (et souvent très « blancs-bleus-belges ») expliquent avec une belle hypocrisie comment ils se distribuent entre eux les petits trésors inutiles qu’ils ont collecté.

Je n’ai vu personne aux abords de mon école en « D+ » vendre les questions du CE1D de néerlandais. Que ce soit pour 5 ou pour 50 euros.

Mais j’ai vu apparaître les noms de ces mêmes écoles qui, chaque année, mettent en avant l’un ou l’autre enfant « tellement malheureux de ne pas avoir trouvé l’école de son choix » à cause du décret inscription.

Mais pendant que des écoles qui n’ont pour objectif citoyen que de se préserver au maximum des « mauvaises fréquentations », ce sont les élèves et les enseignants d’autres écoles, celles où l’éducation à la citoyenneté est première parce que pré-requise à tout autre apprentissage, qui subissent les conséquences de ces actes criminels.

Demain, nos élèves de deuxième auront un examen de néerlandais. Avec les trois épreuves qui étaient prévues au programme. Nous avons retroussé nos manches (enfin, bon, mes deux collègues sont féminines donc c’est « façon de parler » pour elles) et nous avons, en une soirée, préparé un vrai examen, du bon niveau, pour que ceux de nos élèves qui ont  étudié puissent valider leurs acquis.

Mais j’aimerais pouvoir me porter partie civile contre ceux qui ont créé ce b….l, pour m’indemniser de cette soirée que j’aurais pu passer à autre chose.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.