L’austérité à tout prix ? #notinmyname

Le tragédie grecque qui se joue cette semaine est avant tout un monstrueux acte de mauvaise foi de la part des dirigeants européens qui s’accrochent aux principes de l’austérité comme la misère s’accroche au monde.

Il faut tordre le cou  à un nombre non négligeable de canards:

  1. L’austérité, telle que prônée par le FMI, ça ne fonctionne pas: le FMI lui même l’a reconnu il y a déjà plusieurs années. Cette austérité appliquée à la Grèce depuis près de 7 ans, est la médecine qui ne guérit pas le malade, mais empire son état.
    De nombreuses études sérieuses (voir par exemple « The Body Economic » de David Stuckler et Sanjai Basu) démontrent qu’au contraire, l’austérité ne fait qu’aggraver la situation sociale, sanitaire et économique du pays où on l’impose, alors que la relance par les dépenses de sécurité sociale est une solution qui a prouvé son efficacité.
  2. Le FMI n’a pas proposé un seul vrai plan de sauvetage de la Grèce. Ce que le FMI et les ministres de l’Eurogroupe proposent, c’est de donner de l’argent frais … aux banques. Les grecs bénéficieraient à peine des fonds versés.
  3. Il est faux de dire que « nous allons payer 700 euros par Belge » si la Grèce fait défaut. Rappelons qu’aucun pays ne rembourse jamais sa dette publique. Au mieux, il la maintient à un niveau qui fait baisser cette dette en termes relatifs (c’est à dire proportionnellement à la richesse produite par le pays). Donc jamais nous ne « reverrons » les 700 euros par Belge prêtés à la Grèce (comme jamais les pays qui ont prêté de l’argent à la Belgique ne reverront leur fonds. Un prêt est presque toujours remboursé… par l’emprunt suivant !
  4. Les grecs n’ont que ce qu’ils méritent ? Tout le travail entamé par le gouvernement Tsipras et Siryza va clairement dans la direction d’une relance économique et sanitaire, couplée avec une lutte, réelle cette fois, contre la fuite des capitaux. C’est la Troïka qui en refusant toute proposition de solution du gouvernement grec, pousse à une aggravation de la fuite des capitaux.

Le vrai problème, c’est la peur qu’ont les gouvernants de centre droite qui gèrent les grands pays européens de voir une alternative politique à l’austérité montrer des signes de réussite. C’est qu’il puisse éclater à la figure de tous les européens que la solidarité est une chose qui fonctionne. Alors Merkel, Cameron, Michel, Rajoy, et sans doute même Vals ou Hollande préfèrent envoyer les grecs crever dans leur coin.

Ils veulent envoyer la Grèce au casse-pipe. Relisez les articles de Paul De Grauwe, relisez La Tribune, le Trends… tous les articles que vous trouverez dans ces revues qui ne sont quand même pas « l’Humanité » vont dans le même sens: la Troïka se plante, la proposition du gouvernement grec a au moins cet avantage de proposer quelque chose que l’on n’a pas encore essayé là où toutes les mesures traditionnelles ont échoué.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.