Ignorance et démocratie

L’un des arguments les plus entendus pour dénigrer le referendum de ce dimanche en Grèce, est que le « peuple » grec est incapable de comprendre la question qui lui est posée.

Cet argument me semble plutôt en faveur du choix tel qu’il a été posé par Alexis Tsipras hier: dire « non » aux ultimatums et au chantage (attention, article tiré du Hufftington Post en espagnol…).

Car cette « incapacité » des grecs (qui est aussi celle de l’écrasante majorité des peuples et de leurs dirigeants) à comprendre la technicité du choix qui leur est proposé va de pair avec leur absence totale de responsabilité dans le mal qui les frappe.

Ce ne sont pas les millions de grecs qui vont se prononcer demain qui ont laissé des régimes corrompus intégrer l’eurozone alors que tous ces soit-disants experts d’aujourd’hui savaient très bien que les chiffres qu’ils avaient sous les yeux étaient faux.

Si les grecs sont innocents (comme l’enfance est supposée l’être) face à la question qui leur est posée, ils sont surtout innocents (au sens criminalistique du terme) de la situation dans laquelle ils se trouvent.

Les gouvernements grecs successifs qui ont essayé de sauver leur peau (et surtout leurs fortunes) en cédant aux ukases austéritaires de la Troïka ont fait tout perdre aux grecs: leurs revenus, leur système de soins de santé, leurs maisons, leurs pensions… Ils ont juste sous estimé une chose: les grecs ne sont pas encore prêts à perdre leur dignité. C’est bien là la question à laquelle il leur faudra répondre demain: moqués, humiliés, maltraités par des experts incapables d’apporter des solutions humaines, vont-ils plier ou faire un immense doigt d’honneur à leurs bourreaux ?

La démocratie est par définition une forme de gouvernement qui privilégie la dignité par rapport à la connaissance. Un gouvernement d’experts, cela s’appelle du despotisme éclairé. La plupart des gouvernements de l’Europe d’aujourd’hui (et celui de Mr Michel est certainement dans le peloton de tête) rêvent d’un tel système. Les peuples tentent parfois de leur rappeler que détenir la connaissance n’est pas nécessairement détenir la formule du bien être collectif. Que se sentir digne et respecté comme individus, comme êtres humains et pas simplement comme agrégat servile à la cause du capitalisme est peut-être plus important.

S’il n’y a aucune certitude sur le résultat du vote de demain, on peut cependant prédire que l’acceptation des diktats européens ne fera que renforcer ce qui arrive aux grecs depuis près de 8 ans maintenant: plus de restrictions, moins de sécurité sociale, moins de solidarité, plus de désespoir.

Ce qu’un vote « non » apportera techniquement en terme de bien-être au peuple grec, je n’en sais rien, mais je suis convaincu qu’il y a une chose que seul le « Non » peut leur donner, et cette chose est sans doute celle dont ils ont le plus besoin aujourd’hui (à voir jusqu’au bout):

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.