Un défi, plus qu’une victoire

Une collègue de travail a placé ce soir sur les réseaux sociaux un poème déjà entendu à de multiples reprises. Comme je la suspecte peu d’activisme politique, il s’agissait sans doute d’une bienveillance remplie d’innocence.

– « C’est risqué », dit l’expérience
-« C’est sans issue » ,dit la raison.
– « C’est impossible », dit la fierté.
– Mais « Essayons » murmure le Coeur …

Il me semble que c’est un peu la sensation qui m’envahit en voyant s’afficher les résultats qui nous arrivent d’Athènes ce soir.

Je n’ai pas caché ma sympathie pour le « non ». Je n’ai pourtant aucune envie d’entamer une danse de victoire, ou de chanter quelque chant que ce soit, ici ou place Syntagma.

Y aura-t-il un « avant » et un « après » 5 juillet 2015 pour l’Union Européenne ? Verra-t-on enfin les préoccupations sociales occuper enfin le devant de la scène ?

Une chose me frappait dans une discussion tenue ce soir avec un de mes contradicteurs (au sens premier de participant à une discussion) préférés, chose que  je n’avais pas encore vraiment mis dans la balance de mes réflexions: comment les roumains, les bulgares et tous les autres peuples européens vivant dans une extrême précarité dans notre Europe de l’argent pourraient-ils accepter un accord qui libère la Grèce de son endettement sans leur permettre à eux aussi de bénéficier d’un traitement de faveur?

Le résultat du référendum ne marque pas une « victoire » de la Grèce contre l’Europe. Il comporte cependant une dose non négligeable de nationalisme. Le dernier discours d’Alexis Tsipras allait clairement dans ce sens. Ce résultat, il marque en quelque sorte le moment où la boule de neige « prend » et passe de l’agrégat de flocons à la fusion glacée. Elle est au sommet d’une pente qui part dans de nombreuses directions, et nul de peut dire où elle roulera, et ce qu’elle emportera sur son passage.

Ce qui est donc intéressant pour moi, ce n’est pas tant le fait que le résultat soit un « oui » ou un « non », mais bien que, face à un conflit d’intérêt majeur au sein de l’union européenne, portant sur des questions de priorités politiques, un gouvernement a pu invoquer une « clause de conscience » en s’en référant à son peuple. La question n’était pas tant de savoir si les grecs allaient être pour le oui ou le non, mais bien de savoir s’ils suivraient leur premier ministre dans cet appel à la clause de conscience. Le résultat semble très clair sur ce point.

Nous allons donc observer comment l’écosystème européen va maintenant devoir s’adapter à cette nouvelle situation. Rejet ou adaptation intégrative ? Ce sera bien entendu tout l’intérêt de ce qui va suivre. Car, comme j’aime à le répéter si souvent en citant T.S. Elliot,

Nous ne cesserons point nos investigations
Et le terme de notre quête
Sera d’arriver là d’où nous étions partis
Et d’en savoir le lieu pour la première fois…

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.