Nous avons tué Cecil

Cecil vivait dans la jungle. Il y était arrivé il y a plusieurs mois, mais comme chacun le sait, la jungle n’est pas le milieu qui convient à Cecil.

Alors, Cecil s’est laissé attiré par les appâts que lui tendaient les hommes civilisés. Il s’est laissé entrainer loin de la jungle, de sa famille. A pas feutré, il a traversé les herbes hautes. Il a franchi une première barrière, s’est arraché la peau sur une deuxième. Presque rampant, il s’est avancé en terrain de plus en plus découvert.

Il se croyait en sécurité lorsqu’il a vu les phares avancer dans sa direction, de plus en plus vite. Alors il s’est relevé, s’est mis à courir, de plus en plus vite. Les phares le rattrapaient. Et Cecil continuait à courir.

Lorsque les phares sont arrivés à sa hauteur, Cecil s’est mis à bondir, il a tenté de s’accrocher, il a trébuché, s’est pris les pieds dans les rails et s’est fait avaler par le train qui continuait son chemin vers l’Angleterre et la liberté.

Il n’y avait pas de dentiste pour tuer Cecil. Il y avait l’extrême précarité, l’insécurité et la violence qu’il fuyait depuis des années. Il y avait les lois stupides qui décident qu’un homme est différent en droit selon l’endroit où il est né. Il y avait l’incroyable crédulité des hommes, prêts à affirmer que Cecil était responsable de la crise économique qui  nous empêche de renouveler notre smartphone aussi souvent que la publicité nous le recommande… Il n’y avait pas de dentiste pour tuer Cecil. Il y avait nous.

Cecil vivait dans la jungle, ce bidonville de Calais où tentent de survivre trois mille êtres humains que nos dirigeants, pour se donner bonne conscience, nous forcent à appeler illégaux…

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.