Pour que nous ne devenions pas des assassins

Lorsque des centaines de milliers de migrants se présentent aux portes de l’Europe, le refus de les laisser entrer n’est pas l’attitude de raison.

D’abord, ces migrants, nous n’arriverons jamais à les renvoyer où que ce soit. Chez eux, ce n’est déjà plus chez eux. Ils ont tout quitté parce que rester était impossible.  Parce que derrière eux tout est détruit, en particulier l’espoir. Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’un émissaire européen tentant de convaincre les « responsables » politiques d’un pays d’émigration qu’il doit lui-même convaincre ses compatriotes de rester chez eux ?

Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’une mission occidentale tentant de persuader des masses croupissant dans la pire des misères que ce ne sera pas mieux dans ces pays où l’on a l’air si propre sur soi ?

Ensuite, en les repoussant, nous ne faisons que provoquer le redoublement de leurs efforts. Mais à chaque nouvelle tentative de rejoindre l’occident, quelques centaines meurent. Au coeur des zones de guerre qu’ils traversent, au fond des cales des misérables bateaux qui les font traverser…

En les repoussant, nous devenons nous mêmes assassins, car nous ne pouvons ignorer ce qui va leur arriver, et nous choisissons de les laisser dehors.

En leur interdisant l’accès à notre territoire, nous nous transformons en victimes car nous ne laissons pas s’exprimer les formidables compétences qu’apportent ces migrants et dont nous avons besoin. Un migrant, ce n’est pas d’abord quelqu’un qui vient profiter d’un système social dont il ne connaissait même pas l’existence. En permettant aux migrants de travailler autrement que dans la clandestinité, ce sont les fraudeurs qui disparaitraient, et les migrants ne représenteraient plus une concurrence déloyale pour nos propres travailleurs puisque leur coût deviendrait comparable. Jouissant de revenus plus confortables, les migrants deviendraient des consommateurs générateurs de croissance ici et dans leurs pays d’origine où ils pourraient enfin envoyer des moyens financiers plus conséquents.

Enfin, on ne le répétera jamais, il y a d’abord dans ce défi un question d’ordre humanitaire: quelle est la logique qui justifie sous quelque forme que ce soit que le fait d’être né d’un côté ou d’un autre d’une frontière fait de vous une femme, un homme ou un enfant avec moins ou plus de droits ?

Fondamentalement, le risque de se voir refuser un statut crée plus d’illégalité puisqu’un nombre significatif de migrants n’a d’autre solution que de rentrer dans la clandestinité dès lors que son statut risque de ne pas lui être accordé ?

Aucun chiffre, aucune mesure, rien n’a jamais établi qu’il existait un « seuil de tolérance » à l’immigration. Et pourtant, nos politiciens, confrontés aux peurs de leurs concitoyens continuent de choisir de les entretenir au lieu de remplir leur rôle éducatif. Le discours tenu par Monsieur Demotte est à cet égard parfaitement ignoble.

Faudra-t-il pour une fois reconnaître que le discours le plus humanitaire tenu par un politique ces derniers jours est celui de Mr Franken ?

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.