Une autre histoire de parc…

Les événements de ces dernières semaines, et paradoxalement de ces dernières heures, n’ont cessé de ramener à ma mémoire le souvenir d’un autre parc, toujours bien vivant lui: People’s park à Berkeley (Californie).

J’ai eu l’occasion de loger aux abords immédiats de ce parc, dans mon véhicule, par choix personnel, cet été. J’étais intrigué par l’énorme densité de sans abris qui y dormaient, par le calme et l’organisation qui y régnait, et par le « vivre ensemble » qui existe entre les occupants de ce parc et les autres habitants du quartier, nettement plus « upper middle class », puisqu’il s’agit du quartier immédiatement voisin de la prestigieuse University of California Berkeley.

Il se fait que j’utilisais presque quotidiennement les toilettes publiques de ce parc, et c’est sur le mur de celles-ci (au demeurant toujours propres) que l’histoire du lieu est racontée par un magnifique graffiti (voir photo).

L’histoire du parc remonte à la fin des années 50 lorsque l’université de Californie acquis des terres proche de son campus pour ériger des logements étudiants et des terrains de sports, tout en ne disposant pas des fonds pour réaliser les projets de construction.

Entre 1967 et 1969, l’université se mit cependant à construire la zone, à l’exception d’un petit terrain qui servait de plus en plus de dépôt d’immondices et de carcasses de voitures accidentées. Et c’est en avril 1969 que les habitants du quartier décidèrent de transformer cet espace en parc public, malgré le refus opposé par l’Université, propriétaire des lieux.

Rapidement, un groupe d’un millier de personnes se constitua et commença à transformer la décharge en un parc dont la fonction principale était d’offrir une grande liberté de parole aux étudiants, aux portes, mais en dehors du campus. Les autorités de l’université firent mine de laisser de l’autonomie aux occupants du parc puis annoncèrent sans crier gare le 13 mai 1969 qu’elles allaient placer une clôture et commencer les travaux de construction immédiatement.

Le gouverneur de la Californie était un certain Ronald Reagan… et il disait du campus de Berkeley que c’était un « port » pour les sympathisants communistes, les manifestants et les déviants sexuels. Il considérait la création du parc comme un défi gauchiste aux droits de propriété de l’université et pensait que c’était une opportunité pour sa campagne électorale. Passant outre la promesse de l’Université de ne rien faire au parc sans concertation, il envoya la troupe pour vider les lieux le 6 mai 1969 à l’aube, et fit placer une clôture de fils barbelés. Cette action est toujours connue comme l’acte le plus violent de toute l’histoire de cette université.

En quelques heures, 4000 résidents du quartier se rassemblèrent et affrontèrent les policiers qui gardaient le parc. Ceux-ci firent usage de leurs armes et blessèrent près de 150 personnes. James Rector, un étudiant, tomba sous les balles de la police.

L’université était déchirée par des conflits internes sur le sort à réserver au parc, mais les autorités de l’état étaient elles décidées à en découdre. L’armée fut appelée sur place et l’escalade continua jusqu’au 30 mai.

Ce jour là, un tiers de la population de Berkeley, soit 30.000 personnes défilèrent et reprirent possession du parc. Un groupe de jeunes filles s’enhardit à fleurir les bayonnettes des gardes civils… le romantisme du « flower power ». Mais ce n’est qu’en 1972, en pleine contestation de la guerre du Vietnam que le parc fut enfin concédé à ses occupants.

Aujourd’hui, et malgré les tentatives récurrentes de l’Université pour monnayer (sous forme de parking) la surface du parc, le lieu est devenu « People’s park ». Il est organisé par une plateforme citoyenne qui peut, elle bénéficier d’une chose qui n’est pas disponible à notre plateforme citoyenne: une météo toujours clémente, avec des températures qui ne descendent guère sous les 15° et une humidité relative assez faible… Mais leur combat reste permanent, même s’il permet aux « NosSDF » locaux d’avoir un endroit pour se poser, et aux ONG du lieu de leur fournir régulièrement soins et aliments…

Je n’ai pu m’empêcher d’évoquer People’s Park en regardant les mésaventures de notre Parc Maximilien. Et je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre le gouvernement de Ronald Reagan et celui de Charles Michel. C’est d’ailleurs sans doute là que se cache le plus bel espoir : face à la réalité citoyenne, les rêves de pouvoir finissent par s’écraser.

Le silence des moutons…

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Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…

Pourquoi « la question des migrants » n’en est pas une.

L’arrivée de migrants sur le territoire européen n’est ni une question émotionnelle, ni une question rationnelle, ni une question sociale, ni une question politique, ni une question religieuse, ni une question militaire, ni une question philosophique, ni …

L’arrivée de migrants sur un territoire, quel qu’il soit, est un fait. C’est même une information, au sens Batesonien du terme (« une différence qui fait la différence »). C’est une modification de l’environnement, résultat d’une série d’autres changements d’environnements ailleurs sur la planète: conflits, drames écologiques, désastres économiques, autres flux migratoires…

L’arrivée de migrants n’est pas le fruit d’un grand complot ourdi par dieu sait qui avec dieu sait quels objectifs (et à ce propos, quel peut bien être le rôle de dieu dans tout ça ?).

Comme tout changement dans l’environnement, c’est d’abord une surprise (même si elle était tellement prévisible), et comme souvent lorsque l’on est surpris, c’est une source d’inquiétude, car notre environnement ne peut que changer, migrants ou pas.

La seule chose qui ne changera jamais, c’est le changement

Depuis qu’il est conscient de sa présence sur terre, l’homme déploie en vain des trésors d’ingéniosité pour arrêter le changement. Il s’est inventé les cycles, il s’est inventé les signes du zodiaque, il s’est inventé les genres, il est toujours en chasse de catégories pour ne pas se sentir seul, pour se donner l’impression qu’à côté de lui se trouve une autre lui-même. Il a écrit d’immenses et vains traités sur l’identité, ce mot terrible destiné à nous faire croire qu’il existe des critères qui feraient que je doive partager les intérêts de mon voisin.

L’identité est un pur concept. Elle ne correspond pas à des faits avérés, mais bien à la perception que certains ont de caractères observables communs à un groupe. Sans d’ailleurs avoir la certitude que chaque membre du groupe ressent cette identité. L’identité, c’est le partage d’une forêt de peurs communes, caché derrière quelques arbres d’apparence.

C’est notre cerveau, nourri de ses peurs ancestrales, qui crée la différence qui fait cette différence. Ce n’est pas celui qui est en face de nous, par sa couleur, sa langue, son origine ou sa religion. La différence est partout, mais la peur est en nous.

Toutes les tentatives pour arrêter les migrants sont vaines. Bien entendu, on peut espérer créer chez eux les conditions qui les motiveraient à rester. Ce serait oublier que mettre fin aux massacres équivaudrait à mettre d’autres personnes sur les routes. Ce serait oublier que ce sont nos industries qui arment les soldats de tous les camps, dans tous les conflits. Ce serait oublier que ce sont nos investissements qui contribuent au réchauffement climatique et crée les réfugiés écologiques. Ce serait oublier que l’on n’impose pas la démocratie par la force. Ce serait oublier que nous ne pourrons jamais prévoir les effets d’un changement tant qu’il ne s’est pas produit.

La seule chose que nous puissions faire face à un changement, quel qu’il soit, c’est de nous adapter. Nous adapter par la lutte, une fois certain que le facteur du changement est un adversaire et qu’il est susceptible d’être vaincu; nous adapter par la fuite, si nous sommes convaincu que nous risquons notre vie en ne fuyant pas, ou nous adapter par l’acceptation de l’autre, la reconnaissance de nos besoins mutuels, et la recherche de leurs satisfactions.

 

 

marcherefugies_slideLe 27 septembre, c’est la fête de la communauté française de Belgique. Une fête citoyenne, qui célèbre le début de la « révolution belge », une révolution somme toute assez pacifique, qui permit en 3 coups de canons aux hollandais de se défaire de ce qu’ils ressentaient sans doute plus à l’époque comme une charge.

Cette révolution, c’était aussi une révolution citoyenne, qui a débouché immédiatement sur la création de notre monarchie constitutionnelle.

Ce dimanche, il nous est donné l’occasion de faire de cette célébration une véritable fête citoyenne. Une fête qui marque la prise en main par les citoyens de leur propre destin. Une fête pour ceux qui, du Parc de Bruxelles en 1830 au Parc Maximilien en 2015 démontrent que la mobilisation citoyenne précède la mobilisation institutionnelle.

La terre de la Belgique a toujours été une terre de migrations. Aussi loin que l’on regarde, l’histoire nous donne à voir le long défilé des ethnies qui se sont succédées, composant le « melting pot » typique de nos populations. Terre des grandes batailles européennes, il n’y a ici que des « sangs mêlés ». Ici, les francophones s’appellent Volkaert (ou Foucart), et les flamands Lenoir. Les cheveux frisés sont blonds ou roux, les cheveux noirs droits et soyeux… Il n’y a que des métis dans nos rues, et c’est ce qui fait leur beauté.

Demain, à 14h en criant haut et fort « bienvenue » aux réfugiés, nous ne commettons pas un acte de charité. Nous renouvelons un pacte de fraternité avec les femmes et les hommes. Chaque femme, chaque homme, chaque enfant qui arrive ici est un membre de notre famille. Il a perdu sa maison, ne lui faisons pas perdre l’espoir.

Il nous faut être nombreux ce dimanche, pour que les femmes et les hommes politiques de ce pays sachent que ceux qui les élisent leur demandent d’abandonner leurs discours de peur.

100 % de la Sécurité Sociale belge va aux immigrés !

Une idée stupide m’est venue, et je m’en voudrais de ne pas la partager.

Parce que enfin, quoi, il est temps de dire la vérité. Depuis la fin des années 1980, une évidence s’est imposée grâce aux études sur l’ADN mithochondrial. Il existe vraisemblablement une souche unique à Homo Sapiens Sapiens (c’est à dire vous, eux et moi). Et cette souche unique a migré d’Afrique centrale (en fait, on ne sait pas encore avec précision d’où elle est autochtone, mais bon, à 2 ou 3000 km près on y est).

Donc, nous sommes tous des immigrés. Et donc, il est grand temps de revoir tous les bénéfices sociaux en sorte de les donner de préférences à ceux qui sont les « moins » immigrés par rapport à ceux qui sont les « plus » immigrés.

Mais bon, si on applique le principe du regroupement familial, et que l’on admet la thèse de la filiation unique de l’humanité, nous sommes tous de la même famille, non ? Donc, nous avons tous droit à nous regrouper là où notre famille a migré ?

Comme on le devine, ça va devenir un peu compliqué de décider qui a le plus de droits. Quelqu’un  a une idée ?

Mais, me direz vous (parce que vous aussi vous avez lu l’article de Wikipedia ?). Yves Coppens (pas Bruno !) et ses potes pensent eux que Erectus est devenu Sapiens après la grande migration d’Afrique. Ok. Mais le hic, c’est qu’il n’est visiblement pas devenu Sapiens partout et que la grande exception serait alors… l’Europe ! Et que Sapiens(c’est à dire NOUS), est le pur produit (horreur !) d’un métissage entre le vieux Néanderthal en bout de course et un(e) jeune et fringant(e) Sapiens venu (oh horreur de  nouveau) d’Afrique du Nord (par exemple).

Allez hop, voilà de quoi me mettre de bonne humeur pour la suite de la journée.

Et si nous dressions notre cerveau reptilien ?

Depuis une semaine, l’article placé sur sa page Facebook par Payton Head, se diffuse et fait un buzz relatif aux Etats-Unis. Ce jeune homme, président de l’association des étudiants de son université, a réagi par un article remarquable aux invectives de « Nègre » qu’il entend régulièrement. Il n’y a pas réagit par des paroles stupides ou violentes, il n’a pas réagit par des coups ou par un procès, il a simplement réagit en écrivant ce qu’il ressentait.

Je suis persuadé que ce qu’il écrit s’applique tout autant aux femmes et aux hommes venus travailler ou se réfugier chez nous, et qui se voient affublés de qualificatifs plus ou moins explicites, mais toujours destiné à évacuer nos peurs à travers leur humiliation.

Notre cerveau est programmé pour nous protéger des agressions. Et au coeur de cette programmation se trouve la peur. Cette peur qui nous saisit avant que nous puissions la contrôler, qui part de ce cerveau dit « reptilien » car il est la trace la plus ancienne, la moins développée de toute notre machine à penser. Cette peur réflexe qui dirige notre sang vers nos jambes pour nous permettre de fuir le danger, ou vers nos bras pour nous préparer à combattre. Cette peur réflexe qui redirige notre sang du cerveau qui en aurait pourtant tellement besoin… pour réfléchir.

Cette peur, elle est d’abord activée par la perception d’une différence entre la réalité qui nous entoure et celle à laquelle nous sommes habitués. Celle qui marque la différence entre le confort de la routine et le risque du changement. Celle qui fait qu’un corps à la peau plus foncée, plus mate, au milieu d’une foule blanche nous inquiète et que notre isolement au milieu d’une foule mate et foncée nous terrorise.

Nous allons tout faire pour exorciser cette peur. Tout ? Enfin, tout ce que nous pensons pouvons faire. Et de nouveau notre bon (trop) vieux cerveau reptilien va nous « aider », en fuyant (si nous nous sentons minoritaire) et en agressant si nous nous sentons plus fort, ou totalement acculés.

Ainsi en est-il, à Bruxelles, de beaucoup d’habitants de province qui découvrent pour la première fois le quartier de Matongé et qui décident de s’enfuir, terrorisés par la présence « effrayante » d’une population venue du centre de l’Afrique. Pourtant, les terrasses des bars et des restaurants de la place St Boniface restent fréquentées par des bruxellois pâlichons (comme moi) qui s’y sentent bien et n’ont jusqu’ici jamais été servi dans les assiettes des restaurants concernés.

Soyons de bon compte, tous les êtres humains doivent combattre au quotidien la dictature de leur cerveau reptilien. Quel besoin de traiter de « Nègre » le noir que nous croisons, nous fait-il tellement peur ? Quel besoin de traiter de « Pute » la jeune femme en mini-jupe, est-elle un danger pour nous  ? Quel besoin d’appeler « djihadiste » l’homme en djellabah qui traverse la route, tous les musulmans européens ont-ils des intentions terroristes ? Quelle besoin de détourner le regard devant la femme qui porte le voile ou le niqab, faut-il qu’elle se sente exclue ?

Je ne suis pas meilleur qu’un autre. Mon cerveau reptilien me fait lui aussi prendre des attitudes que je regrette, et mon premier regard trahira parfois mon désarroi. Mais à côté de ce vieil outil d’auto-défense, nous avons aussi un formidable appareil à relativiser et à réfléchir. Et ce qui fait de nous des hommes, ce n’est évidemment pas notre cerveau reptilien (que nous partageons même avec … les reptiles). Ce qui fait de nous des hommes, c’est notre capacité à porter un regard critique presque instantané sur la peur, un regard qui nous permet de l’analyser, de lui donner sa valeur relative et de nous dire que si toute différence entre les hommes doit entrainer la peur et l’évitement, ce même réflexe sera aussi celui de l’autre. Cet autre qui arrive chez nous pour travailler, chercher l’instruction, l’asile ou la liberté qui lui est refusée ailleurs, est plongé dans un univers massivement inconnu. Il est lui l’étranger plongé dans la masse autochtone. Il est le blanc pénétrant pour la première fois à Matongé.

Interviewée à l’occasion de l’ouverture d’un centre pour réfugiés dans son village, une vieille dame expliquait hier au journaliste qui l’interviewait que « ça fait un peu peur, car on ne les connaît pas ». Et cette femme disait simplement la vérité la plus évidente. On ne peut vaincre la peur de l’inconnu que par la connaissance. L’enfant qui s’approche pour la première fois d’un feu risque de brûler. Une fois qu’il aura connaissance de ce que le feu est, il pourra l’utiliser pour cuisiner. Il aura transformé sa peur en compétence.

La Belgique n’est que terre d’immigration. Que ce soit il y a 1, 10, 100 ou 1000 ans, aucun habitant de ce pays n’est vraiment « de souche ». Nos aïeux sont arrivés du centre de l’Afrique, des plaines du Caucase, des rives de la Méditerranée ou d’ailleurs. Et c’est la plupart du temps de ceux qui sont déjà installés dans le pays que viennent les plus grands dangers. Nous aimons exorciser nos peurs en prétendant que le risque vient d’ailleurs, alors que les plus grandes violences s’exercent au sein des familles, les trahisons les plus horribles se font entre amis et voisins, que la délation fait plus de victime que n’importe quel tentative d’attentat, que ce ne sont pas les musulmans qui marchent sur nos routes qui conduisent sous l’influence de l’alcool les voitures qui chaque jour terrorisent nos routes.

Il est temps de redevenir des hommes et de remettre à leurs places nos peurs, au lieu de les exorciser en exacerbant celles de ceux qui ont le plus besoin de notre soutien.

Du Parc Maximilien au Musée Belfius… premiers pas vers un nouveau Moyen Age.

On pourrait croire qu’il n’y a pas grand chose en commun entre un camp de tentes abritant un millier de demandeurs d’asiles dans des conditions décentes mais néanmoins précaires, et un musée niché au coeur d’une banque et abritant lui quelques dizaines d’oeuvres d’art dans des salles ventilées, air-conditionnées, protégées par les systèmes d’alarmes les plus sophistiqués.

On pourrait aussi être tenté d’opposer la débauche de dépenses de la banque en question pour conserver ces oeuvres au dénuement le plus total dans lequel se trouvent les occupants du Parc Maximilien. Mais ce n’est absolument pas ici mon propos. Que du contraire. Ce serait accepter le populisme le plus abject que de tomber dans un tel panneau.

Au contraire, ce qui me frappe dans ces deux phénomènes, c’est l’abandon par l’Etat de ses responsabilités humanitaires et culturelles pour les laisser aux acteurs du monde associatif ou du secteur privé. Et la mise en avant par les politiques et les médias de ces deux situations extrêmes ne doit pas faire oublier que ces arbres cachent une forêt d’intentions beaucoup plus sombre. Je m’explique.

La transformation du Parc Maximilien en camp de réfugié géré par une plateforme citoyenne, c’est bien entendu une manière populiste de dire « l’argent public destiné aux solidarités doit d’abord aller aux résidents nationaux (on dira éventuellement pudiquement ‘à ceux qui cotisent’) ». L’indispensable solidarité entre humains disparait ainsi au profit d’un système qui continue de subsidier des refuges pour animaux (« cotisants nationaux » eux aussi ?), mais laisse l’alimentation, le logement, et la santé des damnés de la terre aux bons soins (et au portefeuille) d’associations de citoyens.

Pendant ce temps là, heureux de savoir que nos impôts ne servent pas à « accueillir toute la misère du monde », nous oublions que d’autres sbires du même gouvernement rabotent nos pensions (pour lesquelles nous avons cotisé) en  nous demandant de travailler plus (en cotisant), augmentent la TVA sur l’électricité (qu’ils étaient si fier d’avoir abaissé il y a deux ou trois ans), nous expliquent que nous n’avons pas besoin d’une indexation de salaire pour payer cette augmentation et que « dans deux ans » nous paierons moins d’impôt, décident qu’une femme qui vient d’accoucher peut désormais se débrouiller seule après 2 jours et demi au lieu de 3 (quand je suis devenu père, il y a trente ans, c’était 4 ou 5 … quels progrès ?), etc… tout cela au nom d’un principe « sinon, nous allons au crash », mais sans aucune analyse sérieuse pour soutenir ces thèses (les études sur l’avenir des pensions divergent, les études sur les effets des migrations tendent à prouver que les effets économiques des migrations sont généralement neutres ou légèrement positifs ou négatifs).

Et le Musée Belfius alors ? Que vient-il faire dans ce raisonnement ? Il nous montre une autre face de ce même abandon de responsabilités par notre gouvernement. A la fois, c’est tout le gouvernement qui se déplace pour profiter des petits fours offerts par le banquier (tiens, on ne les a pas tous vu partager la soupe du Parc Maximilien …), marquant ainsi son soutien à une banque qu’il a sauvé de la faillite (avec l’argent des pensions qu’il ne peut en conséquence plus payer…). Cette inauguration est aussi l’occasion pour Charles Michel et ses sbires d’affirmer de manière tout aussi populiste qu’il faut « savoir mettre des priorités » en temps de crise. Bonnes gens, comprenez bien ceci, nous dit-il: il faut donner la priorité à ce qui est prioritaire.

D’accord ! Qui ne serait pas d’accord avec un tel propos ? Mais alors, qu’est-ce qui est prioritaire:

  • pas les Musées: la Culture, c’est l’affaire des communautés et en plus on ne va pas mettre l’argent des hommes au service de quelques couteuses peintures… (hé, ho! les artistes, je fais de l’humour noir…)
  • pas d’hôtel avec des lits douillets pour les migrants (alors que NOS sdf…) un peu de paille au WTC peut-être (ok, j’exagère, mais si la TV ne regardait pas, n’y serait-on pas ?)
  • la 3ème journée de repos et d’assistance à la jeune accouchée, c’est aussi de trop ?
  • bénéficier d’un ajustement du salaire sur l’accroissement du coût de la vie (dont l’argent doit quand même bien aller dans la poche de quelqu’un, non ?) c’est « réduire notre compétitivité internationale » (moi, j’aurais plutôt formulé ça en disant « c’est augmenter à nouveau la part des bénéfices qui vont à l’actionnaire pour diminuer celle qui va au travailleur », mais ça, c’est horriblement gauchiste,  non ?)
  • aligner l’âge de la pension sur l’augmentation de l’espérance de vie (ainsi on est bien certain que les ouvriers continueront à mourir à peu près à l’âge de la pension et ne coûteront rien tout en ayant cotisé pour la pension prolongée des cadres et autres travailleurs intellectuels…
  • … n’hésitez pas à ajouter vos propres idées !

Au final, quand toutes ces priorités seront épuisées, que restera-t-il comme tâches à l’état ? Quand la sécurité sociale, l’instruction publique, les solidarités humanitaires auront disparu des responsabilités de l’Etat, il restera les frontières, l’armée, la sécurité. En gros, les tâches pour lesquelles les cerfs du Moyen-Age payaient la dîme ou la gabelle. Car, quand il ne restera plus à  nos ministres qu’à gérer des percepteurs d’impôts, des policiers et des militaires, il faudra bien les occuper tous ces gens… Je préfère vous laisser deviner à quoi faire. Avec un peu de chance, je mourrai avant la fin du processus, mais en laissant quoi à mes (petits-)enfants ?

Qu’arrive-t-il aux hommes qui abandonnent les hommes ?

Je me demande de plus en plus souvent si nous ne vivons pas les derniers jours des hommes.

J’essaie d’imaginer ce que furent les premiers, les tous premiers jours de l’humanité. Cette humanité dont on nous a encore dit il y a quelques jours qu’elle était née, il y a des centaines de milliers d’années quelque part au coeur de l’Afrique.

Ces hommes, partis d’une terre qui est notre terre-mère à tous. Partis à travers le monde pour le peupler. Ces hommes, migrants depuis le premier jour du monde. Ces hommes avaient pour territoire toute terre qui pouvait les nourrir, les abriter du froid ou de la brûlure du soleil. Le mot frontière n’avait aucun sens, la vie n’était que mouvement.

Ils n’avaient que leur pieds pour voyager. Ils ne connaissaient pas encore ni les barques, ni les avions. Entre la première vision d’un sommet et sa traversée, des journées pouvaient s’écouler. Et si la rencontre avec d’autres hommes ne se faisait pas toujours de manière pacifique, c’était parce que la terre qu’ils fréquentaient ne pouvait pas tous les nourrir.

Nous vivons sur une terre peuplée des fils de ces premiers migrants. Il n’y a qu’une seule humanité de souche, mais la souche est la même pour tous. Où que nous soyons sur notre planète, c’est le sol que les pères de nos pères ont découvert que nous foulons. Il n’est pas de concept plus absurde que celui d’occupant originel d’une terre, car toute terre habitée n’est que la trace d’une migration abandonnée.

Mais non content de fuir les terres qui ne pouvaient plus les nourrir, les hommes se sont inventés les guerres, pour pouvoir mieux les fuir. Ils ont cru pouvoir s’approprier les terres qui les accueillaient. Ils ont construit des barrières, des murs, ils ont posé des clôtures sans réfléchir un instant qu’ils ne faisaient que tracer une ligne sans épaisseur au regard de la terre qu’elle balafre.

La terre se contrefiche de nos frontières. Les volcans n’ont pas de visa, ni les tsunamis de passeport. Les nuages traversent les océans et déversent leurs torrents de pluies et d’orages sans se présenter aux autorités, et aucun Office des Etrangers n’arrêtera la course d’un ouragan. Mais l’homme, parce qu’il a marché et s’est arrêté, pense avoir le droit d’arrêter les autres hommes qui marchent, pour ne pas devoir partager la richesse qui lui est donnée.

Ce n’est pas le travail qui fait la richesse des hommes. Le travail les fait souffrir. Ce qui fait la richesse des hommes, c’est l’échange. C’est aussi pour cela que l’homme s’est mis en marche, parce que pour que l’homme existe, il a fallu que l’homme prenne conscience de son existence, et que cette prise de conscience n’a pu se faire que par la rencontre et l’échange. L’homme seul n’existe pas. L’ermite n’existe que parce qu’il est différent de l’homme social. Il n’existe que parce que d’autres existent. Si l’homme était vraiment seul, il n’aurait pas conscience de sa solitude, celle ci étant son état naturel. Etre seul, c’est donc par définition se mettre en relation – particulière – avec les autres.

L’homme s’est mis en marche pour rencontrer l’homme. Il a pris conscience de la qualité de cette relation. Elle lui a apporté la vie et la mort. Elle lui a apporté la peur de perdre ce qu’elle lui avait donné.  Alors, l’homme a dressé ses misérables barrières. Se voulant démiurge au dessus des dieux, il a nommé sa terre. Et, nommant sa terre, il a cru se l’être appropriée.

Mais d’autres hommes sont venus. Eux aussi avaient faim et soif. Eux aussi avaient marché à la recherche d’une terre pour les nourrir. Et là, devant cette terre qui aurait pu nourrir tous ceux qui voulaient y entrer, ils se sont heurtés aux premières barrières. Ils les ont traitées comme ils traitaient les obstacles naturels: en les franchissant ou en les abattant. Certains sont passés, d’autres pas.

Qu’avons nous fait de la mémoire des pères de nos pères ? Qu’est-ce qui nous autorise aujourd’hui à dire à ceux qui fuient une terre qui ne les nourri t plus, qui ne les protège plus: restez de l’autre côté de la barrière. Les pères de nos pères font de vous nos frères, mais les frères d’aujourd’hui peuvent se regarder mourrir sans pleurer.

Ce que nous faisons aujourd’hui aux femmes et hommes qui frappent aux portes de l’Europe, c’est un fratricide. Des hommes, tous descendants de mêmes pères et mères, ont marché. Certains sont passé devant, d’autres derrière, pas même parce que les uns marchaient plus vite que les autres, mais tout simplement parce que lorsque l’on est cent, mille ou dix mille à marcher, il faut de la place, ll en faut bien un devant et un derrière. Mais dans cette immense fratrie qui a commencé à bouger il y a des centaines de milliers d’années, certains se sont arrêtés il y a deux mille ans, et d’autres marchent toujours. A quel titre ceux qui se sont arrêtés il y a deux mille ans sont ils autorisés à interdire à ceux qui marchent encore de venir jusqu’à eux ?

Il parait qu’aujourd’hui un immense avion s’est posé à côté de chez moi. Il paraît qu’il peut transporter tout un village de plus de 500 personnes en quelques heures à travers les continents. Il paraît que pour s’assoir aux meilleures places, il faut débourser moins d’argent que ce que demande un passeur pour laisser mourrir une famille au large des côtes européennes.

Qu’arrive-t-il aux hommes lorsqu’ils abandonnent les hommes ?

Quelques faits sur « toute la misère du monde »

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C’est clair et net, bien acquis, etc… « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ».

Eh bien, voilà donc une bonne nouvelle ! Personne ne nous le demande. Nous, belges dont le PIB par habitant était de près de 50.000,- USD par an en 2013 (je sais, c’est pas vous, c’est pas moi, mais ce sont quand même ceux qui devraient payer des taxes dans notre beau plat pays…), nous allons (peut-être, sous condition, etc…) poser ce geste formidable d’accueillir 4500 réfugiés sur le « quota » de 120.000 que l’Union Européenne envisage pour les 2 prochaines années…

Les mêmes statistiques de la Banque Mondiale nous montre que la Jordanie (par exemple, et ce n’est pas le pays le plus pauvre) avec un PIB par habitant de 5.500,- USD par an en 2013 (soit dix fois moins que nous…) accueille pour le moment dans ses camps (voyez la photo ci-dessus)  plus de 600.000 réfugiés. Cela représente 10% de la population de ce pays de 6,5 millions d’habitants.

Soyons donc rassuré, comme je l’écrivais il n’y a pas très longtemps, la misère du monde reste bien avec la misère du monde.

 

A propos de faits et d’émotions

Je n’ai pas envie de parler d’un enfant, mort, couché sur une plage. Pour tout dire, cette image ne m’a pas particulièrement ému. Quand j’ai ouvert mon journal et que je l’ai vue, là sur la moitié de la première page, une pensée m’est venue: ce fait divers pourrait-il devenir un fait de société ?

Très vite malheureusement, il a fallu se rendre compte qu’il n’en était rien. N’est-il pas extraordinaire de voir comment nos responsables politiques exploitent habilement le moindre dérapage d’un immigré pour insister sur l’absolue nécessité de « ne pas se charger de toute la misère du monde », et de comparer cela au silence pesant qui règne de leur part depuis trois jours ?

J’ai intitulé cet article « à propos de faits et d’émotions ». Je veux y exprimer une opinion politique, mais je veux aussi baser cette opinion sur des faits, sur des bases aussi solides que possibles. Nos responsables politiques disposent de toutes les informations nécessaires pour apprécier correctement la situation migratoire actuelle, et cette situation est finalement non pas extrêmement complexe (comme tous les médias essaient de nous le faire croire), mais extrêmement simple:

  • Il y a aujourd’hui dans le monde un nombre important (des dizaines de millions de personnes) qui souffrent tellement de la guerre, de la discrimination, de la violence individuelle, des catastrophes écologiques, qu’elles ne peuvent plus supporter de vivre là où elles vivent.
  • Le niveau de souffrance de ces personnes est tel que les seuls choix qui s’offrent à elles est de tenter de vivre ailleurs, ou de mourir. C’est une situation qui n’a plus été vécue chez nous de manière collective depuis l’invasion nazie de 1939, et qu’il nous est donc bien difficile d’appréhender, mais c’est aussi une situation très simple: partir ou mourir.
  • Face à un tel choix, il faut absolument comprendre que la politique d’accueil de « ailleurs » est sans aucun intérêt pour la personne en souffrance. Nous ne pourrions créer un environnement pire pour elles qu’en renonçant aux principes humanitaires les plus élémentaires qui fondent même le plus ultra-libéral des modèle sociaux démocratiques. Certains politiques chez nous tentent bien de créer de telles conditions, mais ils continuent heureusement de se heurter aux barrières posées par notre système démocratique.
  • La grande masse de ceux qui fuient se réfugient dans les pays qui à la fois offrent des conditions de vie un peu meilleures et sont assez proches pour qu’ils puissent s’offrir le voyage: on estime à 98% aujourd’hui la part des réfugiés qui se « réfugient » dans leur propre pays ou dans un pays voisin. Ils n’ont simplement pas les moyens de se payer une traversée. « Toute la misère du monde » est donc en fait accueillie par… « toute l’autre misère du monde ». Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’il existait plus de solidarité entre pauvres qu’entre riches et pauvres ?
  • Mais ceux qui veulent aller plus loin, ceux qui disposent finalement de cet « esprit d’entreprise », ce « sens de l’initiative et de la prise de risque » que nos dirigeants posent souvent en vertus cardinales, ceux-là vont prendre tous les risques, embarquer sur des coquilles de noix, traverser les frontières les plus hostiles, passer à travers les barbelés, marcher encore sur les autoroutes de la honte. Nul ne les arrêtera, car ils ont abandonné tout espoir de retour. Ils sont comme les eaux d’un immense torrent en crue qui dévalent vers un misérable barrage de papier.
  • C’est cette vague, ce tsunami, annoncé par tous les observateurs experts du phénomène depuis de nombreuses années (sans me targuer du statut d’expert, cela fait plus de cinq ans que je répète partout où je passe que cette vague ne peut être arrêtée), qui  nous atteint aujourd’hui.
  • Face à une telle déferlante, nous pouvons continuer d’essayer de renforcer les digues. Elles continueront de s’écrouler. Elles rendront aussi nos visiteurs un peu plus déçus, mais pas pour autant plus motivés à rentrer chez eux. Le nombre de retours volontaires est infime, demandez à l’Office des Etrangers, si prolixe à donner des chiffres sur les « invasions », ses chiffres sur les retours « volontaires ». Silence. Car ce chiffre est tellement faible qu’il ne franchirait jamais la barrière statistique du pourcent de quoi que ce soit…
  • La solution est pourtant évidente: toutes les populations qui ont eu affaire à des fleuves en crue ont d’abord tenté de discipliner l’eau en l’arrêtant par des barrage. C’est ainsi que le Nil fut d’abord un fleuve charriant plus de cadavres que de richesses. Jusqu’au jour où l’on découvre que l’énergie mise en vain à arrêter le torrent peut être utilisée avec bonheur à canaliser le fleuve, pour irriguer les terres alentour.
  • Les faits, toujours les faits, nous montrent que malgré les obstacles que nous mettons sur leur chemin, les migrants qui débarquent chez nous sont plus efficace pour entrer dans la vie économique et sociale que n’importe quel autre personne nantie des mêmes moyens de départ. Près des trois quarts des migrants ayant obtenus une régularisation ne sont plus dépendants des systèmes sociaux, mais au contraire en sont des contributeurs nets, et ce quatre ans après leur arrivée. Sur la même période de temps, il est simplement accidentel qu’une personne régulièrement installée dans notre système social arrive au même résultat. Ce sont eux, ces migrants, qui peuvent nous aider à relancer et à repenser notre mode de vie. Ce sont eux la richesse de demain.

Les neurosciences nous enseignent que l’être le plus rationnel est parfois incapable de prendre une décision importante, un peu comme si notre capacité à analyser obturait dans notre cerveau notre capacité à décider. Dans ce cas, l’émotion agit un peu comme une clé, qui ouvre un espace dans l’ensemble des données analysées et permet enfin de choisir un chemin.

Ne serait-il pas temps que les émotions d’aujourd’hui permette enfin à ceux qui nous gouvernent, politiciens mais aussi (et surtout ?) médias, de communiquer que le choix qui se présente à nous, ce n’est pas de laisser entrer ou non chez nous tous ces migrants: ils finiront par entrer. Le choix qui se présente à nous, c’est de les accueillir humainement et de construire avec eux l’avenir de notre partie du monde, dans le respect de nos modes de vie, et dans le respect de leurs individualités, car si nous ne faisons pas ce choix, l’alternative est de les accueillir dans l’hostilité et de multiplier les « jungle de Calais » au milieu de nos jungles urbaines, au risque de voir les unes s’opposer aux autres dans une escalade de violence.

La question n’est déjà plus de savoir s’il faut s’afficher #refugeeswelcome. Le hashtag qui me caractérise en tous cas, s’appelle plutôt #everybodywelcome, car, comme je l’écrivais déjà en décembre 2013, no body is illegal.