Du Parc Maximilien au Musée Belfius… premiers pas vers un nouveau Moyen Age.

On pourrait croire qu’il n’y a pas grand chose en commun entre un camp de tentes abritant un millier de demandeurs d’asiles dans des conditions décentes mais néanmoins précaires, et un musée niché au coeur d’une banque et abritant lui quelques dizaines d’oeuvres d’art dans des salles ventilées, air-conditionnées, protégées par les systèmes d’alarmes les plus sophistiqués.

On pourrait aussi être tenté d’opposer la débauche de dépenses de la banque en question pour conserver ces oeuvres au dénuement le plus total dans lequel se trouvent les occupants du Parc Maximilien. Mais ce n’est absolument pas ici mon propos. Que du contraire. Ce serait accepter le populisme le plus abject que de tomber dans un tel panneau.

Au contraire, ce qui me frappe dans ces deux phénomènes, c’est l’abandon par l’Etat de ses responsabilités humanitaires et culturelles pour les laisser aux acteurs du monde associatif ou du secteur privé. Et la mise en avant par les politiques et les médias de ces deux situations extrêmes ne doit pas faire oublier que ces arbres cachent une forêt d’intentions beaucoup plus sombre. Je m’explique.

La transformation du Parc Maximilien en camp de réfugié géré par une plateforme citoyenne, c’est bien entendu une manière populiste de dire « l’argent public destiné aux solidarités doit d’abord aller aux résidents nationaux (on dira éventuellement pudiquement ‘à ceux qui cotisent’) ». L’indispensable solidarité entre humains disparait ainsi au profit d’un système qui continue de subsidier des refuges pour animaux (« cotisants nationaux » eux aussi ?), mais laisse l’alimentation, le logement, et la santé des damnés de la terre aux bons soins (et au portefeuille) d’associations de citoyens.

Pendant ce temps là, heureux de savoir que nos impôts ne servent pas à « accueillir toute la misère du monde », nous oublions que d’autres sbires du même gouvernement rabotent nos pensions (pour lesquelles nous avons cotisé) en  nous demandant de travailler plus (en cotisant), augmentent la TVA sur l’électricité (qu’ils étaient si fier d’avoir abaissé il y a deux ou trois ans), nous expliquent que nous n’avons pas besoin d’une indexation de salaire pour payer cette augmentation et que « dans deux ans » nous paierons moins d’impôt, décident qu’une femme qui vient d’accoucher peut désormais se débrouiller seule après 2 jours et demi au lieu de 3 (quand je suis devenu père, il y a trente ans, c’était 4 ou 5 … quels progrès ?), etc… tout cela au nom d’un principe « sinon, nous allons au crash », mais sans aucune analyse sérieuse pour soutenir ces thèses (les études sur l’avenir des pensions divergent, les études sur les effets des migrations tendent à prouver que les effets économiques des migrations sont généralement neutres ou légèrement positifs ou négatifs).

Et le Musée Belfius alors ? Que vient-il faire dans ce raisonnement ? Il nous montre une autre face de ce même abandon de responsabilités par notre gouvernement. A la fois, c’est tout le gouvernement qui se déplace pour profiter des petits fours offerts par le banquier (tiens, on ne les a pas tous vu partager la soupe du Parc Maximilien …), marquant ainsi son soutien à une banque qu’il a sauvé de la faillite (avec l’argent des pensions qu’il ne peut en conséquence plus payer…). Cette inauguration est aussi l’occasion pour Charles Michel et ses sbires d’affirmer de manière tout aussi populiste qu’il faut « savoir mettre des priorités » en temps de crise. Bonnes gens, comprenez bien ceci, nous dit-il: il faut donner la priorité à ce qui est prioritaire.

D’accord ! Qui ne serait pas d’accord avec un tel propos ? Mais alors, qu’est-ce qui est prioritaire:

  • pas les Musées: la Culture, c’est l’affaire des communautés et en plus on ne va pas mettre l’argent des hommes au service de quelques couteuses peintures… (hé, ho! les artistes, je fais de l’humour noir…)
  • pas d’hôtel avec des lits douillets pour les migrants (alors que NOS sdf…) un peu de paille au WTC peut-être (ok, j’exagère, mais si la TV ne regardait pas, n’y serait-on pas ?)
  • la 3ème journée de repos et d’assistance à la jeune accouchée, c’est aussi de trop ?
  • bénéficier d’un ajustement du salaire sur l’accroissement du coût de la vie (dont l’argent doit quand même bien aller dans la poche de quelqu’un, non ?) c’est « réduire notre compétitivité internationale » (moi, j’aurais plutôt formulé ça en disant « c’est augmenter à nouveau la part des bénéfices qui vont à l’actionnaire pour diminuer celle qui va au travailleur », mais ça, c’est horriblement gauchiste,  non ?)
  • aligner l’âge de la pension sur l’augmentation de l’espérance de vie (ainsi on est bien certain que les ouvriers continueront à mourir à peu près à l’âge de la pension et ne coûteront rien tout en ayant cotisé pour la pension prolongée des cadres et autres travailleurs intellectuels…
  • … n’hésitez pas à ajouter vos propres idées !

Au final, quand toutes ces priorités seront épuisées, que restera-t-il comme tâches à l’état ? Quand la sécurité sociale, l’instruction publique, les solidarités humanitaires auront disparu des responsabilités de l’Etat, il restera les frontières, l’armée, la sécurité. En gros, les tâches pour lesquelles les cerfs du Moyen-Age payaient la dîme ou la gabelle. Car, quand il ne restera plus à  nos ministres qu’à gérer des percepteurs d’impôts, des policiers et des militaires, il faudra bien les occuper tous ces gens… Je préfère vous laisser deviner à quoi faire. Avec un peu de chance, je mourrai avant la fin du processus, mais en laissant quoi à mes (petits-)enfants ?

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.