Pourquoi « la question des migrants » n’en est pas une.

L’arrivée de migrants sur le territoire européen n’est ni une question émotionnelle, ni une question rationnelle, ni une question sociale, ni une question politique, ni une question religieuse, ni une question militaire, ni une question philosophique, ni …

L’arrivée de migrants sur un territoire, quel qu’il soit, est un fait. C’est même une information, au sens Batesonien du terme (« une différence qui fait la différence »). C’est une modification de l’environnement, résultat d’une série d’autres changements d’environnements ailleurs sur la planète: conflits, drames écologiques, désastres économiques, autres flux migratoires…

L’arrivée de migrants n’est pas le fruit d’un grand complot ourdi par dieu sait qui avec dieu sait quels objectifs (et à ce propos, quel peut bien être le rôle de dieu dans tout ça ?).

Comme tout changement dans l’environnement, c’est d’abord une surprise (même si elle était tellement prévisible), et comme souvent lorsque l’on est surpris, c’est une source d’inquiétude, car notre environnement ne peut que changer, migrants ou pas.

La seule chose qui ne changera jamais, c’est le changement

Depuis qu’il est conscient de sa présence sur terre, l’homme déploie en vain des trésors d’ingéniosité pour arrêter le changement. Il s’est inventé les cycles, il s’est inventé les signes du zodiaque, il s’est inventé les genres, il est toujours en chasse de catégories pour ne pas se sentir seul, pour se donner l’impression qu’à côté de lui se trouve une autre lui-même. Il a écrit d’immenses et vains traités sur l’identité, ce mot terrible destiné à nous faire croire qu’il existe des critères qui feraient que je doive partager les intérêts de mon voisin.

L’identité est un pur concept. Elle ne correspond pas à des faits avérés, mais bien à la perception que certains ont de caractères observables communs à un groupe. Sans d’ailleurs avoir la certitude que chaque membre du groupe ressent cette identité. L’identité, c’est le partage d’une forêt de peurs communes, caché derrière quelques arbres d’apparence.

C’est notre cerveau, nourri de ses peurs ancestrales, qui crée la différence qui fait cette différence. Ce n’est pas celui qui est en face de nous, par sa couleur, sa langue, son origine ou sa religion. La différence est partout, mais la peur est en nous.

Toutes les tentatives pour arrêter les migrants sont vaines. Bien entendu, on peut espérer créer chez eux les conditions qui les motiveraient à rester. Ce serait oublier que mettre fin aux massacres équivaudrait à mettre d’autres personnes sur les routes. Ce serait oublier que ce sont nos industries qui arment les soldats de tous les camps, dans tous les conflits. Ce serait oublier que ce sont nos investissements qui contribuent au réchauffement climatique et crée les réfugiés écologiques. Ce serait oublier que l’on n’impose pas la démocratie par la force. Ce serait oublier que nous ne pourrons jamais prévoir les effets d’un changement tant qu’il ne s’est pas produit.

La seule chose que nous puissions faire face à un changement, quel qu’il soit, c’est de nous adapter. Nous adapter par la lutte, une fois certain que le facteur du changement est un adversaire et qu’il est susceptible d’être vaincu; nous adapter par la fuite, si nous sommes convaincu que nous risquons notre vie en ne fuyant pas, ou nous adapter par l’acceptation de l’autre, la reconnaissance de nos besoins mutuels, et la recherche de leurs satisfactions.

 

 

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.