Réfugiés, terroristes, et nous, et nous, et nous…

Trois informations qui retiennent mon attention dans les « fils info » du jour:

Pourquoi ces trois informations ? Parce qu’elles démontrent une fois encore que la politique de peur et de terreur n’est pas l’apanage d’un seul camp. Parce que notre pays préfère « surveiller » les candidats réfugiés et les laisser se précariser dans la rue. Parce que si nous sommes prompts à pleurer les morts parisiens des attaques de DAESH, nous considérons comme « normales » les victimes collatérales des bombardements que « notre » coalition effectue à l’étranger.

Si nous trouvons que « nos » morts justifient que « nous » portions la mort chez les autres, pourquoi en serait-il autrement pour eux ?

L’on connaît le cynisme de ceux qui partent en guerre au nom de la défense des droits de l’homme, mais qui en fait n’opèrent que sur les « théâtres » d’où ils peuvent espérer un bénéfice économique, immédiat dans le commerce des armes, et à moyen et long terme par l’accès privilégié qu’ils se garantissent à certaines ressources naturelles ou financières.

La réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Je vous avais communiqué hier la lettre que j’avais envoyée à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire.

Je viens de recevoir une réponse, et il me semble plus honnête de ma part de la reproduire. En effet, l’élégance de répondre à un courrier comme celui que j’ai adressé doit être reconnue, même si le contenu est bien entendu sans surprise (et ne me pose d’ailleurs pas problème).

J’ai cru comprendre hier soir qu’une commission d’enquête spéciale sur le terrorisme serait  lancée au Parlement, j’espère que celle-ci aura bien pour mission d’examiner la mesure dans laquelle le Gouvernement aura été respectueux des droits et des libertés individuelles dans ses interventions policières et militaires.

Voici le texte de la réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire:

J’accuse bonne réception de votre courriel  de ce 24 novembre à Madame la Ministre, et vous en remercie.

Par la présente, je souhaite vous indiquer que Madame la Ministre a travaillé en étroite collaboration avec les autorités compétentes et sur base des informations et des recommandations qui étaient communiquées, tout en intégrant les approches des membres du cabinet qui avaient une connaissance pragmatique de l’école, comme anciens préfets, ou directeurs d’école primaire ou secondaire.

Elle comprend les réflexions que vous formulez, les hypothèses que vous avancez.

Elle mesure la tâche particulièrement complexe qui est la vôtre dans le cadre scolaire qui est le vôtre.

Elle vous demande de faire confiance à votre expérience et votre bon sens pédagogique pour mener à bien, autant que possible, cette rencontre avec les questions particulières de vos élèves dans leurs spécificités.

Si certaines mesures de prévention et/ou de protections devaient être adaptées ou réévaluées, n’hésitez pas à en parler à votre direction, à vos représentants syndicaux et/ou, le cas échéant aux membres de votre Conseil de prévention et de protection du travail  ou de votre Conseil d’entreprise.

Conscient de la difficulté de cette période, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses,

Lettre à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Voici le courriel que je viens de faire parvenir à Mme Milquet. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des suites et réponses éventuelles.

Madame la Ministre,

Je suis enseignant dans un établissement bruxellois de l’enseignement secondaire libre subventionné. Vous comprendrez donc que j’ai suivi avec intérêt les développements de ces derniers jours concernant la situation sécuritaire à Bruxelles.

Je n’ai aucun mandat particulier pour m’adresser à vous, étant un simple enseignant dans la masse de ceux dont vous avez la responsabilité. Mais ce que je vais vous exprimer, je le ressens chez plusieurs collègues (qui liront une copie de ceci sur les réseaux sociaux et sur mon blog : www.foucart-dever.net).

Suite à la réunion du Conseil de Sécurité d’hier, vous avez décidé d’ouvrir les écoles dès demain matin, alors que le gouvernement fédéral maintient le niveau de la « menace » à son maximum. Un ou plusieurs attentats terroristes seraient donc « imminents » à Bruxelles. Vous demandez ainsi à des parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles, vous demandez aux enseignants de rejoindre leurs classes, tout en sachant que un ou plusieurs terroristes attendent peut-être que suffisamment de lieux de rassemblement soient disponibles pour pouvoir frapper aveuglément.

Vous nous demandez aussi, à nous les enseignants, éducateurs, directions d’école, de rassurer les élèves et les parents sur les conditions dans lesquelles cette rentrée va s’effectuer. Mais sur quelle base voulez vous que nous puissions les rassurer, alors que nous-mêmes ne le sommes pas nécessairement.

Car enfin, soit cette menace est avérée, il y a vraiment l’un ou l’autre fanatique prêt à se faire exploser et à faire le maximum de dégâts et vous savez très bien que l’école (et par voie de conséquence les élèves et la communauté éducative) dont la mission première est de développer la conscience citoyenne et démocratique devient alors une cible privilégiée, soit cette menace est une mystification. Il reste bien une troisième hypothèse que j’ose à peine formuler: le renvoi des élèves dans les écoles va libérer les parents qui pourront reprendre le travail, ce qui permettra à l’activité économique de redémarrer, ce qui correspond surtout à utiliser cyniquement les enfants et leurs enseignants/éducateurs comme boucliers contre les pertes financières des entreprises.

Madame la Ministre, j’aimerais pouvoir arriver demain en classe en étant serein, prêt à répondre aux questions que ne manqueront pas de poser mes élèves, la plupart issus de populations turques ou maghrébines. Mais on ne trompe pas un enfant. Il est inutile que je leur dise « n’ayez pas peur » si je vis moi-même dans la crainte de ce qui peut advenir.

Aucun contrôle démocratique n’existe à l’heure actuelle pour nous rassurer sur ce qui se passe. La classe politique – à de très rares exceptions près – nous demande de faire confiance à des hommes (et très peu de femmes) qui se cachent systématiquement derrière le secret pour prendre des décisions vitales.

Que pouvez vous faire ou dire, Madame la Ministre, pour me rassurer, pour nous rassurer ? Et si vous ne pouvez pas nous rassurer quand à la nature exacte du risque qui nous attend demain et des motifs qui vous poussent à nous envoyer dans nos écoles alors que la menace terroriste reste présente, qu’allez vous faire pour que nous puissions quand même travailler sereinement ?

Avec mes salutations respectueuses,

Qui veut la peau de Bruxelles ?

Je suis bien entendu horrifié par les attentats du Sinaï, de Beyrouth, de Paris et de Bamako, comme je suis horrifié par les centaines de morts quotidiens en Syrie, en Afghanistan et dans tant de contrées qui n’apparaissent jamais sur nos écrans plats…

Je ne désire pas plus qu’un autre périr sous le feu d’une arme, qu’elle soit de guerre, de chasse ou d’autre chose. Et j’attends des services régaliens de l’Etat auquel je verse annuellement des impôts qu’il assure avec ses forces ma sécurité et garantisse ma liberté, sans sacrifier la seconde à la première.

Ces précautions étant prises, il me faut aussi poser maintenant la question de savoir ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles, et en particulier de distinguer les faits avérés des spéculations.

Dans la catégorie faits absolument avérés:

  • 7, 8 ou 9 personnes ont semé la terreur et la mort à Paris, le vendredi 13/11/2015
  • plus de 130 personnes sont mortes dans ces actions
  • des revendications émanant de DAESH existent pour ces actes criminels
  • des véhicules utilisés dans ces attaques venaient de Belgique, loués par un ressortissant belge, et plusieurs des assaillants étaient belges
  • toutes les fonctions régaliennes de l’Etat belge sont aux mains de ministres flamands non bruxellois, et les plus exécutives (intérieur et défense) sont aux mains de la N-VA. Le premier ministre n’est pas non plus bruxellois
  • Les autorités bruxelloises sont très peu présentes au Centre de Crise et au Conseil de Sécurité
  • Les décisions les plus graves, portant atteinte aux libertés fondamentales sous couvert de la sécurité concernent principalement Bruxelles et les bruxellois
  • Le Conseil de Sécurité a décidé d’étendre sa période de pouvoir « hors contrôle » au moins d’une semaine
  • Aucun dispositif de contrôle démocratique par le Parlement des décisions prises par le Conseil de Sécurité n’est à l’ordre du jour

Ce qui relève (à divers degrés) de la spéculation:

  • les attaques étaient coordonnées (hautement probable – les faits se sont déroulés en public)
  • il existe au moins un de acteurs de ce scénario morbide qui est encore en vie, il semble qu’il n’ait pas « osé » se faire sauter, il s’appellerait Salah Abdeslam (hautement probable – les informations sont assez précises)
  • le « cerveau » qui aurait organisé tout cela est belge (probabilité questionnable – relevant de l’information secrète et incontrôlable par le public)
  • la Belgique serait visée par des attentats du même type (probabilité questionnable – aucune trace publique de la menace exprimée par les autorités alors que généralement les menaces de DAESH sont explicites)
  • Salah Abdeslam serait dangereux et planifierait quelque chose « contre la Belgique », on ne sait pas très bien quoi ni où, mais on sait que ça ne vise pas les écoles qui vont rouvrir mercredi, et suffisamment peu le principal ensemble de tunnels bruxellois (le métro) que pour pouvoir le rouvrir lui aussi mercredi (le gars qui n’a pas osé se faire sauter à Paris serait tout à fait prêt à le faire à Bruxelles – parce qu’il aurait le mal du pays ? – probabilité faible à invérifiable)

Des magistrats s’élèvent contre cette situation, ainsi que des avocats. Je ne suis donc pas le seul à m’inquiéter du manque de contrôle démocratique face à cette situation. Depuis ce mardi matin, un parti politique s’est enfin réveillé et réclame une commission parlementaire spéciale.

Politiquement parlant, la situation doit aussi être regardée à travers les ambitions politiques des partis au pouvoir. En écornant l’image de Bruxelles, les ministres N-VA du gouvernement préparent sa mise sous tutelle. On sait aujourd’hui qu’il ne faut plus compter sur le MR pour défendre les francophones: Charles Michel est prêt à toutes les concessions pour rester au pouvoir. Il s’est tellement contredit depuis la campagne électorale  (comme par exemple ceci ou cela) qu’il n’y a plus aucun espoir à mettre en lui de voir le franchissement d’une « ligne rouge » de la part de son partenaire au gouvernement. Il est finalement beaucoup plus triste de constater qu’aucun parti n’a jusqu’ici osé soulever ce problème fondamental: quand le gouvernement se présentera-t-il devant un ensemble d’élus – y compris de l’opposition – pour leur démontrer la réalité de l’imminence de cette soit-disant menace ?

Car de deux choses l’une: soit cette menace est réelle, avérée et documentée, et alors le Premier Ministre ne doit pas craindre de l’expliquer aux représentants du peuple – fut-ce à huis clos, soit il refuse cette explication et la seule raison possible est que ces éléments déterminants d’information n’existent pas.

Lorsqu’un régime démocratique s’effondre, c’est rarement du jour au lendemain. Par contre, l’aveuglement des partis traditionnels, même dans l’opposition, face aux déclarations de « bonne foi » (ou ici « d’âme et conscience »), est toujours le déclencheur de la perte de contrôle d’une population sur son propre destin.

Aujourd’hui la seule vraie certitude est celle que Bruxelles n’est plus une région autonome, elle est tombée sous le contrôle de l’état fédéral qui lui dicte comment elle doit vivre, éduquer, circuler. Un premier pas important vers l’objectif clair du nationalisme flamand.

Cette communication n’est pas sérieuse

Dans un communiqué laconique, le premier ministre belge annonce qu’il maintient des dispositifs sécuritaires qui releveraient chez nos voisins de l’état d’urgence : arrêt des transports publics, fermeture des écoles, accroissement de la présence policière et militaire dans la cité.

Ce qui frappe c’est que ces décisions sont prises pour une semaine, « en leur âme et conscience » par les ministres nationalistes flamands,et sans aucun contrôle démocratique.

Ce qui me semblait ce matin encore un élément anecdotique prend maintenant une dimension nettement plus critique: 18 des personnes arrêtées hier (sur 19) ont été relâchées, ce qui veut bien dire que soit l’enquête n’avance pas, soit que cette menace est de plus en plus théorique.

Comment se fait-il que dans un pays qui se dit démocratique, un sous ensemble du gouvernement puisse prendre des dispositions qui portent atteinte aux libertés fondamentales (de circulation, mais aussi d’information et d’éducation) sans mettre en place en parallèle un processus de contrôle démocratique: pas de convocation du Parlement, pas d’information à la Commission des Affaires Intérieures, … aucun contre-pouvoir, même « de confiance » qui puisse nous dire à nous, les citoyens ordinaires, que ce qui se fait est fait non seulement en fonction de « l’âme » de messieurs De Wever et Jambon, mais aussi en raison d’une situation réellement inquiétante ?

La seule soupe que nous sert Mr Michel est celle d’une parodie de compassion qui justifie des mesures liberticides. Cette aveuglement est pathétique, mais il va surtout permettre à la droite radicale qui nous gouverne de prendre ces mesures sans devoir se justifier.

Vivre dans un état de non-droit…

Depuis maintenant trois jours, la Région Bruxelloise vit une expérience socio-politique particulière: les libertés fondamentales des citoyens sont de facto limitées (accès limités aux transports publics, fermeture de certains services publics, accès interdit à l’éducation, injonction au silence sur les réseaux sociaux pendant que se déroulent des actions policières dont les justifications précises ne sont pas données, absence totale d’explication sur les opérations militaro-policières en cours ou terminées,…).

Bien sur, tout cela se fait dans la suite de faits terroristes avérés en dehors du territoire et au nom d’une menace que la plupart d’entre nous considère (sans doute à juste titre) comme tangible.

Il reste que, contrairement à nos voisins français qui ont choisit une voie de contrôle démocratique à travers le choix par le législateur de l’état d’urgence, et de sa limitation dans le temps, en Belgique, c’est le pouvoir exécutif qui se substitue de fait au législatif.

La disqualification du pouvoir législatif dans les processus policiers en cours est flagrante: quand les français réunissent leur Congrès pour faire voter l’état d’urgence pour une période limitée de 3 mois, le gouvernement belge ne se soumet à aucun moment à un processus transparent de contrôle par le parlement. Bien entendu Mr Michel ira dire à la Chambre ce que Jan Jambon (et donc BdW) lui souffleront à l’oreille, et bien entendu, au nom de « l’unité nationale » contre les « horreurs » du terrorisme, aucun député n’osera suggérer qu’une action soutenue et émanant du Parlement serait plus adéquate qu’un « license to kill » délivré a postériori. Personne ne demandera que l’on vote quoi que ce soit, et sans autre limitation dans le temps que celle que voudra bien décider la marionnette qui dirige notre gouvernement, ses sbires sécuritaires N-VA (qui dirigent l’Intérieur et la Défense) vont pouvoir parader devant leurs électeurs, bien loin de la Flandre, en montrant encore du doigt Bruxelles comme porte d’entrée du Royaume du Mal.

Encore une fois, je ne nie pas la très haute probabilité d’une justification des mesures prises par le gouvernement. Il me semble simplement qu’elle pourrait faire l’objet d’une loi de pouvoirs spéciaux qui autoriserait l’exécutif à cumuler les fonctions du législatif et du judiciaire pendant un temps déterminé.

Il semble que pour l’instant le pouvoir judiciaire ne soit pas plus inféodé au pouvoir exécutif qu’il ne l’a toujours été (les magistrats restent des hommes nommés par des politiciens), même si les derniers développements en matière de liberté de la presse peuvent générer certaines inquiétudes. Mais une vigilance absolue me semble requise là aussi…

Sécurité et information

Je ne doute pas un instant que l’OCAM soit mieux informé que moi – et sans doute que (presque) quiconque sur les menaces terroristes qui pèsent sur notre pays.

Je ne conteste pas plus  le fait qu’il revient au pouvoir exécutif de prendre les mesures indispensables à assurer la sécurité de nos concitoyens et je suis donc respectueux des décisions prises suite au passage à un niveau important et actuel de menace terroriste. Je ne tiens pas plus qu’un autre à mourir victime d’un attentat.

Il y a cependant une chose sur laquelle je ne veux pas céder, c’est le respect du droit au contrôle démocratique sur ceux qui sont amenés à prendre des mesures sécuritaires exceptionnelles. La liberté d’information est un pilier essentiel de notre vivre ensemble, et comme je le signalais récemment sur Facebook, c’est sa remise en cause qui m’inquiète le plus aujourd’hui. Deux événements récents m’incitent à tirer une sonnette d’alarme.

Le premier, c’est celui qui s’est déroulé jeudi dernier lorsqu’un tribunal de Namur a interdit la publication d’un article de fond dans un nouveau journal d’investigation sans même avoir entendu le journaliste ou la rédaction du magazine « Médor ». Après en avoir parlé avec plusieurs juristes et journalistes, il semble bien qu’il s’agisse d’une triste première depuis la seconde guerre mondiale en matière de censure. Une plainte déposée par une personne morale (une société pharmaceutique, Mythra) en vue d’interdire la publication d’un article qui contiendrait des allégations mensongères à son égard est suivie d’une interdiction pure et simple de publication, sans débat contradictoire, sans examen du contenu, alors même que l’article 25 de la Constitution dit sans aucune ambiguïté que

La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie

Une audience contradictoire est prévue ce mardi, mais il est plus qu’inquiétant qu’un juge qui viole de manière aussi patente un prescrit constitutionnel ne soit pas immédiatement sanctionné, d’autant plus que l’article en question (disponible sur les réseaux sociaux, et qui, si la mesure d’interdiction devait être maintenue serait disponible ici même) démontre le caractère quasi mafieux de la gestion de cette entreprise liégeoise…

Le second fait est encore plus récent, il concerne les informations accompagnant le passage en « niveau 4 » de « la » menace en Belgique. On y lit notamment ceci (dans la version française):

Suivez les informations officielles des autorités.
Evitez de répandre des rumeurs et ne relayez que les informations des autorités et des services de police.

De nouveau, je n’ai aucun problème avec la première phrase, ni même avec l’entame de la seconde (Evitez de répandre des rumeurs), par contre, la demande de ne se fier qu’aux informations des autorités et des services de police me dérange très fort. Dans une situation aussi critique que celle que nous connaissons, où des motifs valables de restreindre certaines de nos libertés semblent exister, une gestion démocratique devrait associer les professionnels de l’information. Le communiqué aurait pu intégrer une phrase renvoyant vers les informations des autorités et celles diffusées par les professionnels de l’information soumis au contrôle de leurs organes de déontologie.

Si cela n’est pas le cas, qui pourra nous alerter lorsque la tentation viendra de ne pas lever un degré de menace pour maintenir le contrôle sur des individus qui – par exemple – se contentent de faire usage de leur liberté d’expression ? Qui, disposant d’une vue externe et de suffisamment de contacts au sein du pouvoir, pourra nous rassurer sur la nécessité de maintenir un contrôle ou sur celle d’en demander des comptes ?

L’article 25 de la constitution est essentiel, c’est celui qui garanti l’existence d’un « pouvoir de remettre en question » les actes posés par un exécutif, en particulier lorsque celui-ci se retrouve dépositaire de pouvoirs normalement dévolus au pouvoir législatif (et donc au débat public). Tout acte qui viserait à en diminuer la portée ne peut être interprété que comme un coup d’état.

Lorsqu’une frontière se ferme…

Les réactions officielles en France, suite aux attentats de la semaine dernière ont peut-être une vertu éducative pour tous ceux qui revendiquent le rejet des réfugiés sous prétexte qu’ils intègrent dans leurs rangs de dangereux terroristes.

Rappelons en effet que sur les cinq à sept cent milles (700.000) réfugiés arrivés sur le territoire européen au cours des 12 derniers mois, les forces de police européennes, toutes ensembles, en suspecte un (1) d’avoir peut-être participé aux attentats de Paris.

Par contre, ce que l’on entend en boucle dans les cénacles politiques et médiatiques, c’est la mise en cause de la Belgique, terre d’accueil de djihadistes, pour la plupart installés dans le pays depuis assez longtemps que pour avoir découvert que puisque leur nom, leur couleur de peau, leurs croyances les éloignaient de tout espoir d’intégration (un belge issu de l’immigration sur deux est rejeté, principalement en raison de son origine apparente des circuits éducatifs et professionnels qui pourraient lui donner une vie digne dans notre pays), il ne leur reste que la révolte, le repli sur soi, et l’assistance des recruteurs de DAESH, AQ ou Boko Haram pour se construire un futur. Des belges donc, pas des réfugiés. Des fils d’immigrés que notre incapacité à proposer une existence digne à jeté dans les bras des pires bandits que compte le monde aujourd’hui.

Grâce à cela, un étudiant belge se voit refuser le stage qu’il avait obtenu auprès d’un employeur français aux Etats-Unis. Les contrôles sont renforcés aux postes frontières avec cette nation dont le chant des Wallons prétend qu’elle « est notre maman… » Depuis les accords de Schengen, on avait à peu près l’impression que la France et la Belgique ne connaissaient plus de frontières. Aujourd’hui être belge est considéré comme représenter un risque.

Lorsque l’Etat français prend des dispositions à l’égard de la circulation des belges sur son territoire, chaque porteur d’une carte d’identité belge est visé, indistinctement. Nous voici, nous aussi, à une échelle infinitésimalement lointaine de ce que peuvent vivre les victimes de la guerre en Syrie, discriminés parce que né d’un certain côté d’une frontière.

Même si nous prenons cela avec un peu d’humour, comme l’ont si bien fait Alex Vizorek et Charline Vanhoenaker hier sur France Inter, cette petite sensation est là. Qu’en serait-il si cette stigmatisation se transformait – comme cela s’est vu dans un passé récent – en « marque de fabrique » du belge ?

Ce sentiment de rejet devrait nous aider à comprendre mieux pourquoi des gens fuient les bombes et l’odeur de mort qui règne dans leur pays pour venir chercher ici la paix. Et l’honneur de notre pays serait justement de pouvoir les accueillir parce que nous commençons à comprendre ce que c’est qu’être accusé d’un crime aussi inexplicable que celui de porter une étiquette liée à une position sur une carte, au jour de notre naissance…

Notre sécurité est-elle bien assurée ?

Le besoin de sécurité est un des besoins fondamentaux pour l’homme. Nous le savons de manière empirique, et tout débutant en psychologie sait que sur la célèbre « pyramide des besoins » de Maslow, la sécurité physique se trouve sur la seconde marche, juste au dessus des besoins physiologiques de base.

Et, comme l’indique Maslow, un élément fondamental de la sécurité, c’est la stabilité dans le temps de notre environnement. Ce qui veut dire aussi que tout changement de notre environnement crée une réaction de peur. Ceci est par exemple bien illustré dans la petite vidéo tirée du livre « Qui a piqué mon fromage ? » inspiré du bouquin au même titre de Spencer Johnson.

Et notre environnement, qu’on le veuille ou pas, est en perpétuel changement. Peut-être aimerions-nous que rien ne change, mais il faut se faire une raison, seul le changement est immuable.

Pour combattre la peur du changement, nous pouvons faire appel aux recettes qui ont fonctionné dans le passé: lorsqu’une guêpe vient perturber notre repos, nous pouvons la tuer ou la chasser. Et si une nouvelle guêpe se présente, nous utiliserons à nouveau la technique qui a fonctionné. Si nous sommes sur une plage à marée montante et que l’eau commence à mouiller nos pieds, nous reculons vers la terre ferme, en sachant que dans 6 ou 7 heures, nous pourrons à nouveau marcher sur le sable.

Cela ne nous inquiète pas, pourtant il arrive parfois qu’avec la marée montante, une méduse nous pique et nous inflige de douloureuses démangeaisons. Allons-nous pour autant tenter de bâtir une digue contre les marées ? Ou allons-nous simplement regarder où nous mettons les pieds en marchant dans l’eau ?

Il en est de même des phénomènes migratoires. Nous avons tendance à oublier un peu rapidement que si nous sommes ce que nous sommes et non des néandertaliens un peu stupides, c’est parce que de migrations en migrations nous avons acquis les caractères les plus enrichissants de ceux qui ont traversé nos territoires et s’y sont installé. Et à chaque migration, il y a eut des hommes et des femmes pour dire, « je veux que tout redevienne comme avant », comme si la roue du temps pouvait tourner à l’envers. La roue du temps tourne dans un seul sens, celui qui va d’aujourd’hui à demain. Et ceux qui s’accrochent à tout prix à un passé disparu sont voués eux aussi aux regrets, à l’amertume et à la disparition.

Mais accepter que la roue du temps va dans le sens du futur ne veut pas dire que nous sommes impuissants face aux changements. Cela veut simplement dire que nous ne pouvons les ignorer, et que tous ceux qui veulent survivre au changement doivent s’adapter aux modifications de leur environnement. L’animal forcé de changer de territoire doit souvent adapter son alimentation aux nouvelles conditions. Son système digestif va lui aussi s’adapter, et peu à peu l’ensemble de son anatomie devra elle aussi se modifier. Lorsque les premiers hommes ont quitté le berceau africain de l’humanité pour migrer vers le Nord, leur anatomie s’est adaptée. En 40.000 avant notre ère, ils arrivent du Moyen Orient ou du Nord Est, sont « pigmentés » (c’est-à-dire noir de peau) et ne « blanchiront » que plus de 30.000 ans plus tard comme l’explique cet article inspiré de recherches publiées dans la célèbre revue scientifique Nature.

Toutes ces modifications, voulues ou pas, ont permis à l’homme d’améliorer son contrôle sur son environnement et sa sécurité personnelle.

C’est donc bien l’adaptation et non la résistance qui conduit à la sécurité.

Toutes ces connaissances devraient donc nous aider à trouver les outils pour combattre le sentiment d’insécurité qui nous frappe parfois pour le moment. Des catastrophes humanitaires, militaires, politiques et climatiques frappent notre planète. Elles sont souvent elles-mêmes le résultat d’autres changements dont nous sommes aussi partiellement ou totalement acteurs. Ces catastrophes imposent aux populations touchées de fuir pour survivre, car lorsqu’un changement est de nature catastrophique (c’est à dire correspond à la rupture radicale et instantanée de la sécurité) le seul mode de survie est la fuite. On ne « s’adapte » pas à un tsunami, on le fuit ou on périt. On ne s’adapte pas à une bombe: on la fuit ou on attend qu’elle nous tombe dessus et nous détruise.

Les mouvements de populations sont donc inéluctables. La plupart se font de manière marginale (je me déplace sur une hauteur pour éviter le tsunami, je passe la frontière pour ne plus subir les bombes), mais certains, pour des raisons multiples, ne peuvent trouver la sécurité que plus loin. C’est toute la problématique des réfugiés qu’ils soient politiques ou économiques. Les uns comme les autres ne voient de possibilité d’assurer leur survie qu’en se déplaçant au loin, en rejoignant des territoires qui correspondent à ce que leur idéal de vie représente.

Ce que l’on a vu sur nos écrans de télévision à Paris vendredi dernier est une bonne illustration: lorsque les bombes et les coups de feu éclatent à nos portes, nous fuyons, nous demandons aux chauffeurs de nos voitures de rebrousser chemin. Que ferions nous si les 150 morts que pleure la France sur une année (Charlie Hebdo et le 13 novembre) devenaient un lot quotidien ? Ne fuirions nous pas nous aussi ? D’abord vers la Suisse, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ou un autre pays proche ? Ou peut-être traverserions-nous l’océan pour tenter de nous installer aux Etats-Unis ou en Australie ?

Cette peur, cette envie de fuir que certains ressentent depuis la nuit de vendredi, c’est celle qui prend au ventre les populations Syriennes, Somaliennes, Sub-sahariennes, mais aussi celles de tous ces pays où vivre décemment n’est simplement plus possible lorsque le modèle de vie est celui imposé par le mode de consommation occidental.

En ressentant cette peur là, peut-être pouvons nous enfin comprendre qu’aussi longtemps qu’il fera mieux vivre chez nous que « chez eux », les peuples qui souffrent viendront chez nous, non pas pour nous détruire, mais bien pour jouir, comme nous d’un privilège qui devrait être partagé par toute la race humaine: vivre en paix.

Mais ils arrivent comme ils sont. Avec leur peau qui n’a pas blanchi assez vite à notre goût, avec leur langue qui nous est incompréhensible, avec leurs vêtements qui correspondent à la mode de chez eux, avec leur foi et leurs croyances, avec leurs habitudes. Ils arrivent et nous trouvent comme nous sommes. Avec nos peaux blanches, notre langue incompréhensible, nos vêtements surprenants, nos (absence de) fois et nos croyances, nos habitudes qui leurs sont totalement incompréhensibles. Ils arrivent noyés dans la masse. Ils découvrent qu’ici aussi ils doivent s’adapter. Leur peau changera au cours des métissages comme changera celle de toute la population, ils apprendront nos langues qui s’enrichiront de plus en plus d’expressions venues de cieux inconnus.

Ils fuient souvent des lieux où le cadre de la loi, instrument fondamental de la sécurité, n’existe plus. Ils viendront chez nous parce qu’ici le crime ne reste pas impuni. Ils se soumettront aux lois. Si ces lois ne leur conviennent pas, ils tenteront peut-être de les adapter. Un député à la fois, entre aujourd’hui et dans cinquante, cents ou deux cents ans, nos règles de vie et leurs règles de vie devront bien trouver un modus vivendi commun. Et tout comme ils ont fuit leur pays qui ne leur offrait plus la sécurité dont ils avaient besoin, certains fuiront ce lieu qui  ne leur correspondra plus. Rien ne sera plus comme avant, non pas parce qu’ils nous ont envahi, mais parce que rien ne reste jamais comme avant.

Notre peur, c’est de voir un changement catastrophique, instantané, bousculer toutes nos habitudes. Cette peur, elle nous submerge parce que nous sommes submergés d’images à forte densité émotionnelle qui finissent par prendre le pas sur la réalité. 10.000 réfugiés syriens qui marchent sur les routes de Slovénie deviennent pour chaque personne qui regarde la TV 10.000 inconnus, aux visages effarés et effrayants, marqués par la douleur et la souffrance qui s’installent littéralement dans notre salon. Tout militant de la cause des migrants que je suis, je ne désire pas voir arriver 10.000 inconnus dans mon salon en une nuit !

Ce que toutes ces images ne font pas, c’est l’immense et nécessaire zoom arrière qui nous montre que ces centaines de milliers de réfugiés ne viennent pas envahir notre salon. Ils viennent se fondre dans une population existante pour mener une vie proche de celle que vit cette population. Ils viennent chez nous non pas pour vivre différemment de nous, mais bien pour vivre comme nous.

Que cette confrontation comporte des « risques », il ne faut pas le nier. Il y aura nécessairement des « brebis galeuses » dans les populations qui arriveront chez nous, peut-être même des « terroristes » qui espèrent détruire notre société. Nos meilleurs alliés pour les trouver et les empêcher de nuire ne sont certainement pas nos propres services de sécurité qui ont brillamment démontré ces derniers mois leur incapacité à neutraliser les éléments les plus dangereux, qui étaient pourtant installés pour la plupart depuis longtemps sur nos territoires et étaient même parfois « fichés ». Nos vieilles méthodes montrent leurs limites, ce n’est pas en faisant plus de la même chose que nous réduirons les risques.

N’oublions pas que les plus gros facteurs de risque pour notre société, ceux qui portent le plus de cadavres sur la conscience, ce ne sont pas les 8 terroristes qui auraient du être empêchés de nuire par nos politiques hyper-sécuritaires et contrôlantes. Il suffit de regarder les causes de mortalité en Europe pour savoir où sont les criminels les plus dangereux. Mais les meurtriers qui se cachent derrière les paquets de cigarettes et les bouteilles d’alcool sont socialement plus acceptables, même s’ils font eux des centaines de milliers de victimes chaque année.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas chasser les terroristes. Il faut les trouver, les juger et les punir. Mais notre sécurité ne sera durablement assurée que si nous arrivons à vivre en paix avec notre avenir, avec ceux qui inéluctablement vont venir vivre parmi nous. Si nous continuons à les recevoir avec des barbelés et de la haine, pouvons nous attendre d’eux du respect et de l’estime ?

Les militants de la peur font passer les gens comme moi pour des bisounours. Ces sarcasmes servent surtout à cacher leurs propres peurs dictées par les changements qu’ils ne veulent pas accepter dans leur environnement.

Que ce soit Marc-Aurèle ou Reinhold Niebuhr qui l’ait écrite, il reste de bon de méditer sur cette bonne vieille prière:

Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux pas changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence.

A l’école, le jour d’après…

J’avais la chance aujourd’hui de n’avoir que de très petits groupes d’élèves (3, 4 et 10). Certains très jeunes (élèves de 2èmes humanité), d’autres plus âgés (Rhétoriciens). Et je reviens intéressé par mes propres observations.

Avec mes deux groupes de 2èmes (petits groupes en remédiation), j’ai été confronté à une demande claire de discussion des événements du week-end, et surtout à la masse de fausses informations qu’ils véhiculaient. Une chose était certaine, le besoin de parler était pressant, la peur de l’inconnu présente, les discours faciles déjà bien acquis. C’était clairement la logique des réseaux sociaux qui dominait.

Quand j’ai entamé la dernière heure de la journée (pour eux comme pour moi) avec mes 10 rhétoriciens, je m’attendais à devoir cette fois entamer un débat, qui aurait même pu être situé dans le cours de Sciences Humaines (il est pour moi très clair que ce à quoi nous avons assisté est l’enfant batard de l’obscurantisme intellectuel et de la mondialisation des échanges et des  communications).

Et alors que cette heure est souvent consacrée à des tâches ne demandant pas trop de concentration, j’ai trouvé un groupe assoiffé de travail, un peu comme s’ils avaient un désir glouton de passer à autre chose…

Cette journée que je pouvais appréhender suite à la désastreuse expérience de janvier dernier (« Ils l’ont bien cherché ») s’est finalement révélée une journée plus solidaire et humaine, et certainement moins chahutée que je ne le craignais.

Avons nous enfin trouvé le point G ?

Je me posais hier ici même la question de savoir quand « cette » guerre avait commencé, et y répondais en me référant à tout ce que l’occident (n’)a (pas) fait pour aider le Moyen-Orient et les pays du Sud à bénéficier des progrès que leur exploitation a permis.

Une nuit de réflexion, l’écoute de deux philosophes ce matin en radio m’amènent aujourd’hui à reprendre la question autrement. Les réactions des hommes politiques, de gauche comme de droite ou du centre sont tellement prévisibles face aux actes de terreur qui touchent leur électorat que porter une réflexion « de l’intérieur du cadre » posé par nos décideurs ne peut que renforcer la position des commanditaires de ces crimes affreux.

Et le mot que toutes les femmes, tous les hommes politiques, la plupart des médias ont mis en avant depuis vendredi soir est le mot guerre.  C’est justement l’acceptation de ce mot « guerre » pour qualifier ce qui s’est passé qui me semble aujourd’hui totalement erroné. Je crois que c’est Edouard Delruelle qui le disait ce matin en radio (mais je porte la responsabilité de mon interprétation): une guerre se produit soit entre Nations, soit à l’intérieur d’une Nation. Accepter que nous sommes en guerre, c’est donc soit reconnaître DAESH comme un état – ce dont chacun se défend bien, soit reconnaître que cette guerre est une guerre civile et donc, accepter la division de nos propres pays entre bons et mauvais citoyens – ce qui amène immanquablement au renforcement des stigmatisations, en particulier à l’égard des populations arabisantes ou musulmanes.

DAESH combat sans doute dans un conflit qui ressemble à une guerre civile en Syrie et au Moyen Orient. Les règles d’engagement sont claires, des combattants luttent contre des combattants et de nombreux civils sont victimes « collatérales » de ces combats. Ceux qui sont menacés par les velléités politico-religieuses de DAESH fuient vers les pays voisins, puis parfois jusque chez nous. Ils sont « NosRéfugiés ». Il semble que parmi eux se soit glissé au moins un des tueurs de Paris, soit, mais combien d’assassins quittent chaque jour impunément les frontières de l’Europe ?

Ici, nous  n’avons pas affaire à des actes de guerre. Les actes de guerre sont des actes de combats dans lesquels les deux parties s’attendent à devoir s’affronter. Quand  j’entends un médecin dire « nous avons reçu des blessés avec des blessures de guerre », c’est d’abord une question de vocabulaire, pas de sens. On entend les mêmes mots dans les bouches d’autres médecins à chaque attaque brutale de bandes armées qui tuent avant de voler. Bien sur ici il n’y a rien à voler, si ce n’est le sentiment de sécurité.

Cela fait-il des 7 ou 8 assassins de Paris des « combattants » ? Pas aussi longtemps que nous ne les reconnaitrons pas comme tels ! Des gens qui posent des actes criminels sans objectif de lucre, mais par vengeance, cela se voit tous les jours: des jeunes qui pénètrent munis d’armes « de guerre » (tiens, tiens) dans une école, une université, un cinéma, un bar, et qui vident leurs chargeurs sur des enfants, des enseignants, des spectateurs et des clients, la presse nous en montre chaque mois ou presque. Et l’endroit où l’on nous en montre le plus ne pointe pas vers des « arabophones musulmans », mais plutôt vers des jeunes occidentaux mélangeants les frustrations et les échecs de leur vie réelle (échec et rejet scolaires, amoureux ou autres, accès impossibles aux biens devenus indispensables pour paraitre en société, … ) aux solutions proposées par leur vie virtuelle.

En écrivant ces mots, les parallèles se forment devant mes yeux: notre société occidentale a été trop heureuse de se développer économiquement grâce au travail d’immigrés que nous avons néanmoins maintenu dans des niveaux de vie souvent proche de la précarité. A l’heure de la crise et du repli sur soi, nous ne les considérons plus assez « blancs » et discriminons tous azimuts (discrimination à l’embauche, au logement, aux relations sociales,…). Des différences qui ne devraient pas nous affecter (différences vestimentaires, alimentaires, d’accent, de langues) sont montées en épingle au titre de la « non-intégration ». Frustrés, humiliés, ces jeunes deviennent les candidats parfaits soit aux bandes urbaines (qui les intègrent dans une délinquance valorisante), soit aux extrémismes de pensée (que ce soit d’extrême droite, d’extrême gauche ou religieux). Dans le cas de l’islam, cette intégration se traduit bien entendu par la mise en relation avec des groupes terroristes (comme DAESH).

Mais il ne faut pas perdre de vue que ces même groupes terroristes ne peuvent exercer leur terreur que s’ils en ont les moyens financiers et stratégiques. Les fusils qu’ils ont dans leurs mains n’ont pas été fabriqués chez eux ! D’une manière ou d’une autre, qu’il s’agisse d’une Kalachnikov, d’un fusil FN ou de n’importe quelle autre arme, ce sont bien les opérateurs économiques fabricants ces armes qui seraient les premiers perdants de la paix. Ce sont eux qui ont le plus besoin du mot guerre, car c’est LE mot qui leur donne la légitimité. C’est en temps de guerre qu’une nation « attaquée » doit se défendre, renforcer son armement, passer des commandes aux marchands de mort.

Ce phénomène n’est donc pas fondamentalement différent de celui que l’on voit aux Etats-Unis et qui nous semble pourtant tellement évident, lui: la pléthore d’armement disponible, le manque de contrôle sur ces armements rend chaque jeune déboussolé susceptible de devenir tueur en série. Mais quel que soient les sentiments des populations, les fabricants et marchands d’armes américains réussissent à maintenir le droit à la détention d’armes à feu dans une mesure qui ne fait plus sens pour la plupart des européens…

Mais alors, ce point « G » ? La guerre n’existera que si nous la nommons. Si nous offrons des procès politiques à ces assassins, nous  légitimons leur combat aux yeux de leurs supporters. Il faut considérer ces actes pour ce qu’ils sont: des meurtres prémédités et commis de sang froid par des individus en bandes organisées, dans le seul but de faire parler d’eux. Traitons les comme des criminels civils ordinaires mêmes si monstrueux. Ne leur donnons pas la satisfaction d’une tribune politique. Poursuivons les, enfermons les, jugeons les si possible, tentons de démanteler leurs bandes organisées bien entendu, mais n’ouvrons pas la porte à la guerre.

Ceux qui nous parlent de guerre ne savent pas de quoi ils parlent. Pas un seul d’entre eux n’a tremblé sous les bombardements en 1940-45, car pas un seul d’entre eux n’était né. Pas un seul d’entre eux n’a marché en exode vers la France pour fuir le nazisme, car pas un seul d’entre eux n’était né. Pas un seul d’entre eux n’a perdu un père, une mère, une soeur ou un frère  pendant la guerre, car pas un seul d’entre eux n’était né.

Il est malheureusement devenu plus aisé aujourd’hui de jouer avec les mots qu’avec les responsabilités. C’est là perdre de vue le fait que ce sont les mots qui créent la réalité. Je ne veux pas de ce mot en « G ». Ce que je vois dans les yeux de ceux qui le fuient m’en dit assez long.

Quand cette guerre a-t-elle donc commencé ?

Au milieu des émotions qui semblent submerger la planète communicante, je veux m’enfuir dans une réflexion qui permette de prendre un peu de distance avec les solutions de destruction, de mort et de rejet qui fusent tous azimuts.

Et j’en suis à me dire « Au fait, comment tout cela a-t-il donc commencé ? ». L’attaque revendiquée par DAESH sur Paris n’est pas la première (et sans doute malheureusement pas la dernière) menée sur la terre des « croisés ». Elle est justifiée à la fois par des motifs dits « religieux » et par d’autres motifs de l’ordre de la « revanche ». Les attaques ont en effet ciblé des symboles de la société occidentale des loisirs et du plaisir (le sport-spectacle, le spectacle profane, les lieux de « débauche » morale). J’ai même entendu un expert nous expliquer ce matin que le jour choisi était le premier suivant les 4 mois « sacrés » pendant lesquels le djihadiste ne tue pas (bon, alors il a fait quoi à Beyrouth jeudi dernier ?). Mais la revendication de ces attaques mentionne également la participation de la France à la coalition contre DAESH.

Et il est incontestable que les Français (mais nous aussi, nous envoyons notre brave frégate Léopold I comme poisson pilote au gros porte-avions Charles de Gaulle) sont donc en guerre avec DAESH depuis plus longtemps.

Bien plus longtemps. Et bien avant DAESH.

Car où l’extrémisme islamiste recrute-t-il ses combattants et ses martyrs ? Et comment le fait-il ?

Prenez des jeunes de 14 ans vivant en Belgique ou en France. Certains ont la chance de s’appeler Van Pyperseele ou Foucart, d’autres Ben Quelquechose, Abdel Autrechose ou encore Fatima Machin. Auxquels offrons nous des chances égales d’intégration ? Leurs pères sont venus à l’appel de nos dirigeants, qui leur promettaient un avenir meilleur. Et dès lors que les profits des entreprises se sont mis à baisser, des bien-pensants se sont mis à nous expliquer que si nous les belges avions plus de mal à nouer les deux bouts, c’est parce que des arabes nous volaient nos allocations.

Et même les organismes de défense des travailleurs se sont mis à chanter à l’unisson (ou à tout le moins à tourner le regard ailleurs) plutôt que de rappeler que ce qui mangeait le revenu du travailleur, c’est d’abord le revenu de l’investisseur.

Cette guerre a commencé non pas il y a un jour, six mois, ou même le 11 septembre 2001. Cette guerre, nous, les occidentaux l’avons créée en faisant miroiter à toute une jeunesse des richesses, des bonheurs, des opportunités que nous aurions pu leur offrir, mais à peine étaient-ils arrivés que nous ne leur avons laissé systématiquement que les miettes de nos repas. Un peu comme une marâtre qui adopterait l’enfant de son nouveau mari, lui ferait offrir à chacun de ses enfants à elle le cadeau dernier cri et donnerait à Cendrillon les vieux jouets délaissés. Et dans notre monde, il n’y a pas de fée Marraine pour Cendrillon.

Nul ne peut dire quel est l’événement originel qui mène à un emballement aussi monstrueux que celui auquel nous assistons. Mais il n’y aura pas de victoire de la paix sans prise de conscience de notre responsabilité de pays riches (car oui, nous sommes des pays riches) à faire profiter pleinement les autres de notre développement au lieu de les maintenir dans des états de pénurie qui ne peuvent générer que la révolte et la mort.

Galanterie …

Lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir, enfin seuls et libérés des contraintes socialo-humanistes, nombreux sont ceux qui ont cru que les libéraux francophones allaient contribuer à un changement de notre culture politique.

Un an plus tard, force est de constater que le changement s’est effectivement produit.

Sous le régime rouge-orangé-(vert?), quand un prisonnier célèbre échappait à la surveillance de deux policiers et était rattrapé deux heures plus tard par un garde chasse, deux ministres demissionnaient.

Sous le régime rouge-orangé-(vert?), quand  un contrat d’achat était un peu foireux,trois Guy se retrouvaient renvoyés à leurs chères études.

Sous le régime rouge-orangé-(vert?), quand un responsable politique faisait une bêtise, ses partenaires de coalition gouvernementale poussaient le coupable vers la sortie pour ne pas partager les irresponsabilités.

Certains de ces ministres exclus avaient commis de vraies fautes (pensons aux 3 Guy), d’autres avaient pour seul tort d’être à la tête d’une administration vieillissante. Mais tous ont (été amenés à) pris/prendre leurs responsabilités.

Avec Charles Michel et les libéraux francophones au pouvoir, les choses ont incontestablement changé. En mieux ?