Lorsqu’une frontière se ferme…

Les réactions officielles en France, suite aux attentats de la semaine dernière ont peut-être une vertu éducative pour tous ceux qui revendiquent le rejet des réfugiés sous prétexte qu’ils intègrent dans leurs rangs de dangereux terroristes.

Rappelons en effet que sur les cinq à sept cent milles (700.000) réfugiés arrivés sur le territoire européen au cours des 12 derniers mois, les forces de police européennes, toutes ensembles, en suspecte un (1) d’avoir peut-être participé aux attentats de Paris.

Par contre, ce que l’on entend en boucle dans les cénacles politiques et médiatiques, c’est la mise en cause de la Belgique, terre d’accueil de djihadistes, pour la plupart installés dans le pays depuis assez longtemps que pour avoir découvert que puisque leur nom, leur couleur de peau, leurs croyances les éloignaient de tout espoir d’intégration (un belge issu de l’immigration sur deux est rejeté, principalement en raison de son origine apparente des circuits éducatifs et professionnels qui pourraient lui donner une vie digne dans notre pays), il ne leur reste que la révolte, le repli sur soi, et l’assistance des recruteurs de DAESH, AQ ou Boko Haram pour se construire un futur. Des belges donc, pas des réfugiés. Des fils d’immigrés que notre incapacité à proposer une existence digne à jeté dans les bras des pires bandits que compte le monde aujourd’hui.

Grâce à cela, un étudiant belge se voit refuser le stage qu’il avait obtenu auprès d’un employeur français aux Etats-Unis. Les contrôles sont renforcés aux postes frontières avec cette nation dont le chant des Wallons prétend qu’elle « est notre maman… » Depuis les accords de Schengen, on avait à peu près l’impression que la France et la Belgique ne connaissaient plus de frontières. Aujourd’hui être belge est considéré comme représenter un risque.

Lorsque l’Etat français prend des dispositions à l’égard de la circulation des belges sur son territoire, chaque porteur d’une carte d’identité belge est visé, indistinctement. Nous voici, nous aussi, à une échelle infinitésimalement lointaine de ce que peuvent vivre les victimes de la guerre en Syrie, discriminés parce que né d’un certain côté d’une frontière.

Même si nous prenons cela avec un peu d’humour, comme l’ont si bien fait Alex Vizorek et Charline Vanhoenaker hier sur France Inter, cette petite sensation est là. Qu’en serait-il si cette stigmatisation se transformait – comme cela s’est vu dans un passé récent – en « marque de fabrique » du belge ?

Ce sentiment de rejet devrait nous aider à comprendre mieux pourquoi des gens fuient les bombes et l’odeur de mort qui règne dans leur pays pour venir chercher ici la paix. Et l’honneur de notre pays serait justement de pouvoir les accueillir parce que nous commençons à comprendre ce que c’est qu’être accusé d’un crime aussi inexplicable que celui de porter une étiquette liée à une position sur une carte, au jour de notre naissance…

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

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