Quand cette guerre a-t-elle donc commencé ?

Au milieu des émotions qui semblent submerger la planète communicante, je veux m’enfuir dans une réflexion qui permette de prendre un peu de distance avec les solutions de destruction, de mort et de rejet qui fusent tous azimuts.

Et j’en suis à me dire « Au fait, comment tout cela a-t-il donc commencé ? ». L’attaque revendiquée par DAESH sur Paris n’est pas la première (et sans doute malheureusement pas la dernière) menée sur la terre des « croisés ». Elle est justifiée à la fois par des motifs dits « religieux » et par d’autres motifs de l’ordre de la « revanche ». Les attaques ont en effet ciblé des symboles de la société occidentale des loisirs et du plaisir (le sport-spectacle, le spectacle profane, les lieux de « débauche » morale). J’ai même entendu un expert nous expliquer ce matin que le jour choisi était le premier suivant les 4 mois « sacrés » pendant lesquels le djihadiste ne tue pas (bon, alors il a fait quoi à Beyrouth jeudi dernier ?). Mais la revendication de ces attaques mentionne également la participation de la France à la coalition contre DAESH.

Et il est incontestable que les Français (mais nous aussi, nous envoyons notre brave frégate Léopold I comme poisson pilote au gros porte-avions Charles de Gaulle) sont donc en guerre avec DAESH depuis plus longtemps.

Bien plus longtemps. Et bien avant DAESH.

Car où l’extrémisme islamiste recrute-t-il ses combattants et ses martyrs ? Et comment le fait-il ?

Prenez des jeunes de 14 ans vivant en Belgique ou en France. Certains ont la chance de s’appeler Van Pyperseele ou Foucart, d’autres Ben Quelquechose, Abdel Autrechose ou encore Fatima Machin. Auxquels offrons nous des chances égales d’intégration ? Leurs pères sont venus à l’appel de nos dirigeants, qui leur promettaient un avenir meilleur. Et dès lors que les profits des entreprises se sont mis à baisser, des bien-pensants se sont mis à nous expliquer que si nous les belges avions plus de mal à nouer les deux bouts, c’est parce que des arabes nous volaient nos allocations.

Et même les organismes de défense des travailleurs se sont mis à chanter à l’unisson (ou à tout le moins à tourner le regard ailleurs) plutôt que de rappeler que ce qui mangeait le revenu du travailleur, c’est d’abord le revenu de l’investisseur.

Cette guerre a commencé non pas il y a un jour, six mois, ou même le 11 septembre 2001. Cette guerre, nous, les occidentaux l’avons créée en faisant miroiter à toute une jeunesse des richesses, des bonheurs, des opportunités que nous aurions pu leur offrir, mais à peine étaient-ils arrivés que nous ne leur avons laissé systématiquement que les miettes de nos repas. Un peu comme une marâtre qui adopterait l’enfant de son nouveau mari, lui ferait offrir à chacun de ses enfants à elle le cadeau dernier cri et donnerait à Cendrillon les vieux jouets délaissés. Et dans notre monde, il n’y a pas de fée Marraine pour Cendrillon.

Nul ne peut dire quel est l’événement originel qui mène à un emballement aussi monstrueux que celui auquel nous assistons. Mais il n’y aura pas de victoire de la paix sans prise de conscience de notre responsabilité de pays riches (car oui, nous sommes des pays riches) à faire profiter pleinement les autres de notre développement au lieu de les maintenir dans des états de pénurie qui ne peuvent générer que la révolte et la mort.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.