Une question de point de vue…

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Je veux invoquer aujourd’hui l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour parler de la manière dont les événements de la nuit du réveillon à Cologne sont aujourd’hui détournés par certains pour en faire un motif de rejet de l’ensemble des réfugiés.

Les agressions sexuelles commises  lors du dernier réveillon à Cologne et dans d’autres villes d’Europe sont inacceptables. Leurs auteurs doivent être poursuivis et punis.

Les autorités ne doivent pas cacher de tels faits, et ils ne doivent en aucun cas protéger leurs auteurs contre les poursuites dont ils feront l’objet.

Mais pour ces faits, comme pour de nombreux autres petits délits, la propension des autorités à organiser leurs statistiques sur la base de la nationalité des auteurs constitue un passage sémantique pervers entre les faits et leur interprétation.

En effet, dès lors que l’on tente de classifier les auteurs de faits (qu’ils soient délictueux ou pas d’ailleurs), ces « classifications » deviennent rapidement ce que Paul Watzlawick appelle de « terribles simplifications ». Il devient tellement simple de décréter que si un grand nombre d’auteurs sont des migrants, cela fait de chaque migrant un dangereux pervers sexuel… Ce serait là oublier que l’on ne peut tirer de conclusions générales de l’analyse de cas particuliers.

Les règles du vivre ensemble sont chez nous établies à travers un processus démocratique auxquels l’ensemble des citoyens contribue. Ces règles s’imposent à quiconque vit ici. Elles doivent également s’apprendre. Cet apprentissage ne saurait être plus automatique pour un homme fuyant des contrées où les règles sont différentes que pour ceux qui résident depuis toujours dans le pays. Leur transgression ne doit pas donner lieu à un traitement de faveur, mais il ne doit pas devenir la justification d’un rejet de masse.

Quitte à me faire mal voir de certains de mes lecteurs habituels, je n’hésiterai pas à dire qu’en effet, beaucoup de ces hommes qui arrivent de Syrie, d’Irak, de Somalie ou d’autres pays où un Islam radical impose sa loi doivent avoir l’impression d’arriver sur Mars lorsqu’ils voient comment nous vivons nos libertés. Certains peuvent être profondément choqués quand ils voient que chez nous une femme ou un homme est (presque) totalement libre de s’habiller, marcher, rire, parler, chanter, danser, … comme elle ou il lui plaît. Cela ne peut impliquer une obligation pour nous de changer notre manière d’être, ni justifier de fausses interprétations de ces libertés par ceux qui y sont confrontés.

Il serait cependant hypocrite de profiter d’incidents impliquant un pourcentage infime des migrants (on parle aujourd’hui d’une trentaine de personnes à Cologne, mettons même une centaine en Allemagne, pour près d’un million de migrants, soit un sur dix mille) pour stigmatiser l’ensemble des néo-arrivants. Sur base d’une telle approche, il faudrait par exemple enfermer à titre préventif tout homme qui se met en ménage (dès lors qu’il est établi qu’au moins une femme sur 10 est victime de violences conjugales).

La condamnation des actes du dernier réveillon à Cologne et ailleurs est totalement légitime. La punition des auteurs doit être ferme et juste. Mais utiliser la grille d’analyse de la migration comme point de vue d’analyse principal est une perversion politique. Si l’on avait pris comme point de vue la situation sociale des agresseurs, on aurait sans doute pu dire qu’il faut désormais se méfier de toute personne en situation précaire. Si l’on avait considéré le niveau scolaire, qui sait à quelle conclusion on serait arrivé ?

La question de l’intégration des migrants au vivre ensemble est d’abord une question qui s’adresse à nos autorités politiques. Lorsqu’ils arrivent chez nous, la plupart des migrants sont désireux de vivre paisiblement et en harmonie avec nous. Tout comme nous ne les connaissons pas (ce pourquoi ils nous font souvent peur), eux non plus ne nous connaissent pas (ce qui leur fait avoir peur de nous). Ce n’est pas en les rejetant dans des centres fermés, en ne leur donnant aucune possibilité de participer à la vie sociale que nous les aiderons à découvrir pour eux-mêmes si nos modes de vie sont compatibles avec leurs attentes. En restant ferme sur le respect de la loi, de l’intégrité et des droits de chacun.

Ceux qui comme certains de nos responsables politiques stigmatisent les étrangers et appellent directement ou indirectement aux pogroms sont tout autant criminels que les migrants qui n’ont pas voulu ou pu comprendre à temps les règles auxquelles ils doivent se soumettre pour vivre en harmonie chez nous. Peut-être le sont-ils même plus, eux qui ont souvent contribué à l’élaboration de règles qu’ils ne respectent pas nécessairement.

Une belle leçon de gestion de la Wallonie à la Flandre

dufercoLa décision de la Commission Européenne de condamner Duferco à rembourser 240 millions d’euros de subsides à la Région Wallonne est en fait un coup de génie (peut-être accidentel) qui devrait servir de leçon d’ingénierie financière même à nos amis du Nord, si rapide à condamner les modèles de gouvernance wallons. Résumons un peu la situation:

Afin de permettre à la société Duferco de maintenir ses activités industrielles en Wallonie, la Région Wallonne a versé via diverses institutions des subsides directs et indirects près de 240 millions d’euros à l’opérateur sidérurgique. Grâce à ces subsides, ce sont 3 ou 4000 emplois qui ont été préservés et pour lesquels l’ONEM n’a donc pas dû verser un cent, et ce pendant plusieurs années. A l’époque, ils étaient nombreux à fustiger la Région pour subsidier des emplois « financièrement morts ».

Finalement, et au grand dépit des autorités régionales (qui si je m’en souviens bien crièrent même à la « trahison »), Duferco a dû mettre la clé sous le paillasson en Belgique, y maintenant une trentaine d’emplois administratifs, mais continuant à accumuler ses profits sous des cieux plus cléments.

Perte sèche des investissements régionaux ? C’était sans compter sans un autre fleuron de notre franco-wallonie: les reportages de la RTBF. Comme le rappelle « La Libre », c’est un reportage de Bruno Clément qui a fait lever les sourcils à la Commission Européenne, laquelle condamne aujourd’hui Duferco à rembourser à la Région Wallonne… les 240 millions en question. Ce sera bien donc le vilain délocalisateur (Duferco) qui va devoir rembourser à la Région les subsides qui avaient permis de maintenir les emplois… Récupérant ses sous, la Région devrait maintenant se mettre à la recherche d’une autre entreprise qui pourrait être « moribonde » pour cause de délocalisation, et voir si le petit cirque peut recommencer…

Des vacances de Noël trop courtes ou des parents qui n’osent pas poser des limites ?

Je suis resté « scotché » ce dimanche 3 janvier en regardant la séquence intitulée « deux semaines perturbées » du JT de la RTBF (vers les 9’55). Ce reportage est centré sur le témoignage d’une mère de famille et de ses deux filles âgées de moins de 13 ans, qui réclament un allongement d’une semaine de la durée des vacances de Noël en raison d’heures de coucher tardives répétées et de « la nécessité d’aller voir des grands-parents qui habitent parfois un peu loin ». Cette affirmation étant par ailleurs confortée par l’avis d’un psycho-expert en rythme scolaire.

Ne faudrait-il pas d’abord rappeler que le rôle d’un parent est aussi (surtout ?) d’aider ses enfants à grandir en leur permettant de s’épanouir à leur propre rythme ? Et pour ce faire, de poser un cadre bienveillant et rassurant sur ce qui relève des activités normales de l’adulte et de celles de l’enfant, en ce compris le respect d’un certain nombre d’heures de sommeil ? Cette année, comme chaque année, comptait deux réveillons (surprise ?) qui tombaient un jeudi, c’est à dire un jour suivi de trois jours de récupération avant la rentrée scolaire. S’il est parfaitement normal de permettre aux enfants de participer aux réjouissances du passage à l’an neuf (pour peu qu’il reste une raison de s’en réjouir), ne revient-il pas aux parents de mettre en évidence le caractère extra-ordinaire de cette circonstance en rétablissant un rythme de veille et de sommeil normal dès le lendemain ?

Une autre explication qui m’a également choqué dans ce reportage est cette excuse des grands parents qui habiteraient « loin ». Peut-être la famille concernée est-elle dans une situation vraiment particulière ou la distance qui sépare parents et grands-parents exige un déplacement de plusieurs heures, mais ce n’est pas le cas de la majorité de nos concitoyens. Faut-il en conclure que des grands-parents ne doivent se visiter qu’une fois l’an (pour aller chercher des étrennes ?) ? Ou que la visite aux grands-parents doit devenir une justification valable pour une absence scolaire du lendemain ?

Comme enseignant, je suis favorable à une modification des rythmes scolaires, mais alors en y mettant certaines priorités. Dans le contexte actuel, ajouter une semaine aux vacances de Noël aurait eu pour première conséquence de réduire encore plus la période de cours qui commence. Celle-ci ne compte déjà que 5 semaines avant le congé de Carnaval, ce qui est vraiment très peu aux yeux des nombreux spécialistes qui ont étudiés la question (et qui posent le rythme idéal autour de périodes de 6-7 semaines de cours). Réfléchissons plutôt à la meilleure manière d’éviter des années aussi erratiques que celle que nous vivons, où nous avons connu un cycle de près de 8 semaines pour commencer l’année, suivi de 7 semaines avant Noël, pour maintenant enchaîner sur une série de 5 semaines, puis 6 avant Pâques (la seule période réellement confortable qui nous sera donnée cette année), elle-même suivie de 4 semaines et demi, pour finir sur un sprint en 8 (!!!) semaines pour atteindre les vacances d’été.

C’est en exerçant comme parents notre rôle de « parents » que nous remplirons notre devoir éducatif, pas en rejetant sur « la société » ou « les politiciens » les responsabilités que nous refusons de prendre. Il ne revient pas au Ministre de l’Enseignement (heureusement, on a supprimé chez nous le titre de Ministre de l’éducation) de dire à chaque enfant à quelle heure il doit se coucher pour pouvoir profiter au maximum de l’enseignement qui lui est proposé.

Le niveau 0 de la démocratie est proche

Depuis la mi-novembre 2015, notre pays vit une situation politique particulière. Sans en avoir référé au parlement, notre gouvernement a mis en place une politique sécuritaire qui n’est basée sur aucun élément objectif. Bien entendu il y a eu une série d’attentats à Paris (nul ne contestera l’ampleur médiatique de ce drame), bien entendu une partie des pistes parisiennes mènent à Bruxelles. Les faits s’arrêtent très exactement là. Pas un millimètre plus loin.

Tout ce qui dépasse cela, c’est de la conjecture. Ce sont des mots (« menaces », « imminentes », « concrètes »,…) mais dont personne, hors ceux qui les prononcent ne peut contrôler la réalité.

Ce qui n’est pas observable n’est que très relativement concret. Or, ce qui est observable en matière de sécurité, c’est qu’à Bruxelles, le 1er janvier 2016, il n’est pas possible de faire 300 m au centre ville sans rencontrer un groupe de militaires ou de policiers. Ce qui était observable le 31 décembre à 21h00 au centre de Bruxelles, c’est qu’il fallait passer deux cordons de policiers pour atteindre le sapin de Noël de la Grand-Place, que la fouille au corps était obligatoire pour chaque personne, mais qu’en montrant spontanément l’intérieur de la moitié d’un sac à dos, personne n’en contrôlait l’autre moitié (expérience totalement personnelle !), que personne ne m’a demandé quel était l’objet plat et rigide de 20 cm x 10 cm que j’avais dans une de mes poches… Mais partout, bien visibles, ces véhicules blindés, ces camions militaires, stationnés sur des places vides des fêtards qui auraient dû les remplir.

Ce qui est également observable, ce sont les atteintes de plus en plus importantes aux libertés fondamentales, décidées dans un contexte  hyper-émotif. La stratégie est connue et ne date pas d’aujourd’hui: créer une peur extérieure (ici des terroristes barbus) à coup d’émotions médiatiques (images des massacres réels en Syrie, en Irak,…), utiliser un événement déclencheur pour transformer l’émotion en peur (les attentats de Paris), renforcer cette peur par des éléments non vérifiables mais plausibles (les yoyos de niveaux de menace de l’OCAM, instrument de la politique sécuritaire du gouvernement N-VA), et se retrancher derrière des mesures dites « préventives », basées sur le principe « celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher » pour permettre aux forces de l’ordre de contrôler plus en étant elles-mêmes moins contrôlées.

Mais comme les-dites « forces de l’ordre » restent principalement dirigées par des femmes et des hommes qui pourraient avoir conservés un certain sens des droits fondamentaux, il est aussi essentiel de les « aider », par exemple en installant de manière de plus en plus permanente l’armée dans nos rues. L’armée qui elle, est un instrument du pouvoir qui « exécute ». Bien entendu, on insistera beaucoup (surtout les premières semaines) sur le fait que le maintien de l’ordre est l’affaire des forces de police et que l’armée ne fait que du « sécuritaire ». Puis, peu à peu, on annoncera la « mutation » possible de quelques milliers de ces militaires au sein de la police… (annonce faite la semaine dernière par notre gouvernement N-VA).

Jusqu’ici, je n’ai évoqué que des faits. Et ces faits nous montrent une réalité qu’il faut savoir regarder en face:

  • le terrorisme existe, il frappe tous les jours en Syrie, en Irak, et depuis 2001, il a dû frapper une vingtaine de fois en dehors de ses « zones de confort »;
  • le seul acte terroriste effectif répertorié ces dernières années en Belgique est l’attentat du musée Juif de Bruxelles. Tous les autres ont été, selon les autorités, « déjoués ». En d’autres termes, ils n’ont pas eu lieu et il est impossible de savoir s’ils auraient pu avoir lieu.
  • le gouvernement N-VA/MR a pris une série de mesures qui dans les faits réduisent les libertés fondamentales (droit de circuler, de se rassembler, inviolabilité du domicile), et augmentent le contrôle militaire et policier sur la population civile.

Ces faits nous montrent bien que si le terrorisme est une menace hypothétique, l’atteinte à nos libertés fondamentales est bien réelle. Que si le degré de la menace est un OVNI qui se ballade dans les sphères du 3 ou du 4, la démocratie, elle est une réalité qui risque de se réduire d’ici peu à 0.