Un long silence

Je n’ai plus écrit depuis plus d’un mois. Du moins, plus ici. Je n’en avais plus envie. Croire que l’on écrit et que l’on contribue ainsi à changer les choses ne serait-il pas un leurre. Du moins lorsque l’on est qu’un petit blogueur perdu dans la masse ?

Ce que j’écris se diffuse surtout par Facebook. Et la logique intrinsèque de FB est de n’être vu que par ceux qui éprouvent de la sympathie pour vos propos. Une caverne où l’on se construit des théories du complot parce que les reflets que nous recevons encore du monde réel nous paraissent en décalage complet avec la « vérité » que nous partageons avec nos amis.

Mais pendant ce temps là, le monde « réel », celui qui continue de se construire-détruire en dehors de la caverne, reste imperméable aux bons sentiments que je tente de partager.

Les signaux qui s’allument autour de nous m’inquiètent, mais ils sont là. Les nations et les hommes se replient sur eux-mêmes. Les solidarités quittent la sphère publique pour revenir de plus en plus vers l’associatif, avant de se dissoudre dans la charité individuelle. Bientôt, nous reviendrons à l’âge ou les nantis auront « leurs » pauvres, et où les maudits de la terre seront condamnés à l’une ou l’autre forme de violence pour survivre.

Une vision systémique m’avait jusqu’ici poussé à croire à l’une ou l’autre forme de ré-équilibrage, d’un retour à l’homéostasie à travers des séquences d’action-réaction relevant de la première cybernétique. Je crains aujourd’hui d’assister à un emballement du système dans une spirale centrifuge qui pousse chacun à ne plus regarder que son intérêt immédiat, perdant ainsi de vue l’absolue dépendance de l’homme vis à vis des autres hommes et de son environnement.

Je me souviens des paroles un peu mièvres du premier succès de Gérard Lenormand:

Il n’écoute pas la radio
Il connaît cela par coeur déjà

Il ne lit pas les journaux
Il préfère couper son bois…

Ouvrir un journal, regarder un JT est devenu lassant et pénible. Je n’aurais jamais cru que dans nos pays démocratiques les professionnels de l’information abandonneraient aussi facilement la critique pour avaler les couleuvres que leur servent ceux dont ils sont devenus de simples porte-voix.

Cela fait bientôt 100 jours que les attentats de Paris ont marqué le début de l’offensive anti-démocratique la plus importante que l’Europe ait connu depuis la montée des totalitarismes au coeur des années 30. Cela fait 100 jours que l’on prétend nous protéger d’une menace invisible. Pendant ces presque 100 jours, l’ennemi qui est censé nous menacer a tué, assassiné, torturé, violé des milliers (voire des dizaines de milliers) de gens à deux ou trois mille kilomètres d’ici, sans faire une seule victime supplémentaire en Europe.

Mais les quelques mots européens ont suffi à engager une dynamique qui fait disparaître les uns après les autres les droits fondamentaux.

Je ne sais que répondre à cela. J’en suis effrayé, je suis surtout effrayé de ce que ceux dont ce devrait être le métier de sonner l’alarme se mettent de plus en plus à crier avec les loups.