Mea Culpa…

 

Une chose que m’a appris mon expérience de la gestion des hommes, c’est que pour être crédible et sincère, la reconnaissance d’une erreur ne doit jamais s’accompagner de justification(s) ni surtout servir de tremplin à de nouvelles demandes, accusations, invitations, etc …

Donc je serai à la fois clair et bref. En laissant entendre à de multiples reprises qu’il pourrait y avoir un « complot » de notre gouvernement pour cacher son échec budgétaire et la lourde facture que celui-ci va faire reposer sur les épaules des plus démunis de notre pays, et que ce « complot » avait pour toile de fond la lutte contre le terrorisme, je me suis livré à ce que je condamne souvent comme une « terrible simplification ».

Devant l’horreur qui a frappé durement Bruxelles et la Flandre hier après avoir détruit des populations entières en de multiples endroits de la planète, je veux reconnaître une erreur de jugement. Non, je ne crois pas que qui que ce soit dans notre gouvernement, pas même les sbires de BdW n’a voulu cela.

De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

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Comment le gouvernement NVA-MR se sort du piège budgétaire

Ceci est peut-être une fiction
Lors du « kern » extraordinaire de ce lundi 14 mars 2016, l’ambiance au 16 rue de la Loi est on ne peut plus tendue. Les propositions budgétaires sur la table sont clairement incompatibles. Les chiffres disponibles pour travailler sont encore moins fiables que s’ils avaient été calculés par un comptable de l’Office Wallon des Déchets.

Les titres qui pourraient barrer les « Unes » de la presse, même flamande ont de quoi faire peur aux éminences réunies en conclave. Il est grand temps de trouver une solution. Quand soudain l’un des vice-premiers (selon des sources concordantes) prend incidemment la parole: « si seulement un attentat pouvait nous tomber dessus … »

Sans en dire plus, un homme se lève alors. C’est le Ministre de l’intérieur qui se rapproche de Charles Michel pour lui glisser quelques mots à l’oreille. Un sourire se dessine sur leurs deux visages et le chef de file NVA au gouvernement se retire discrètement.

Quelques heures plus tard, des experts des différents départements concernés par le budget, en particulier la Santé Publique et l’emploi écoutent religieusement les instructions des experts de la NVA. La Ministre du Budget, elle, écoute les conseils de son Président de parti. Rapidement le tour de la question est fait: il y en avait pour 2 milliards et demis d’euros, on reprend toutes les mesures dont tous les experts nous disent qu’elles ne vont pas fonctionner, mais on s’en f… l’important c’est de (vite) donner le change. Et « Abracadabra… le déficit n’est plus que d’un milliard (ce qui ne fait qu’une centaine d’euros par citoyen, une paille n’est-ce pas ?)

Mais la pièce principale se joue ailleurs, un peu plus loin dans la rue de la Loi, au cabinet de Jan Jambon. Dans la salle de réunion, des représentants de la Police Fédérale, des Affaires Étrangères, de la coordination « Attentats de Paris ». Il ne leur faut pas plus de deux heures pour monter l’opération « St Denis-Forest ». Objectif:  un suspect lié aux attentats de Paris est « tracé » par les services belges depuis quelques semaines. La logique voudrait que l’on attende encore un peu avant d’intervenir, car on sait qu’il doit bientôt rencontrer l’ennemi public numéro un. Certains signes indiquent que la Presse risque de s’emparer du sujet d’un jour à l’autre. Tous les efforts auraient alors été vains.

Alors, puisque les fuites sont là, on va les exploiter, d’autant que les éditorialistes sont super bonnes poires lorsqu’il s’agit de leur vendre du terrorisme. Il suffit de leur dire que l’on fouille dans une affaire liée aux attentats de Paris pour qu’ils écrivent tout seuls qu’on a déjoué un attentat à Bruxelles. Depuis novembre, des bombes explosent tous les jours en Syrie, en Irak, tous les mois en Turquie ou dans le Maghreb. Elles ont explosé à Paris, jamais à Bruxelles. Sommes nous donc le seul pays d’Europe capable de déjouer les attentats tout en ayant la police qui ne détecte pas les terroristes qui vont ailleurs en Europe ? Ou sommes nous un de ces pays qui de par leur petite taille, leur petit rayonnement géopolitique et leur absence de tout symbole important n’intéresse pas les terroristes ? Vous imaginez, vous, toute la portée d’une destruction de Manneken Pis sur les pontes de l’ONU et de l’UNESCO ?

Mais pour être crédible, cette fois, il faudrait vraiment que l’on ait quelque chose à se mettre sous la dent. Et là, il y a ce bonhomme à Forest…

6h30 du matin. Mon réveil sonne. J’ai du rêver. Mais sur mon journal du matin, il n’y a plus aucune trace du trou budgétaire. Il y a aussi un éditorial de Béa Delvaux qui prétend que la Belgique a échappé à de  nouveaux attentats. Mais surtout comme toujours depuis Novembre, il n’y a rien.

Je ne veux pas être complice d’un crime contre l’humanité

En 2012, l’Union Européenne avait reçu le Prix Nobel de la Paix pour sa contribution à plus de 60 années de paix et de défense des droits de l’homme en Europe.

La lâcheté des autorités européennes et des 28 chefs de gouvernement qui ont cette semaine décidé de « fermer la route des Balkans » et de renvoyer les réfugiés qui se présenteraient aux portes de l’Europe vers la Turquie est lâche, irresponsable, criminelle, honteuse et inutile.

Elle est lâche, parce qu’elle représente la victoire de la peur de l’autre. Elle valide le discours qui veut que nous ne devrions plus nous exposer qu’à ceux qui nous ressemblent dans une sorte de consanguinité culturelle qui conduira inéluctablement notre « civilisation » occidentale à sa perte.

Elle est irresponsable, car elle donne à un pays, la Turquie, sur lequel l’Union Européenne n’a aucun pouvoir le droit de vie et de mort sur des populations dont certaines franges (les kurdes, en l’occurence) y sont persécutées.

Elle est criminelle parce que les populations concernées ne changeront pas leur chemin de fuite. C’est celui qui les mène le plus rapidement là où ils pensent pouvoir revivre. Ils prendront donc de plus en plus de risques, pour de plus en plus de victimes.

Elle est honteuse, car elle viole l’ensemble des traités mondiaux ou européens qui traitent des droits humains. Elle fait de l’Europe un état criminel, voire génocidaire.

Elle est finalement inutile. Le motif qui fait fuir les populations Irakiennes, Syriennes, Somaliennes sera toujours plus important que toutes les éructations de nos ministres.

Je ne veux pas être complice de tout cela. Cela ne se fait et ne se fera pas en mon nom, devrais-je pour cela rendre mon passeport européen.

Je trouve l’Union Européenne indigne du prix reçu en 2012 et participe à la pétition lancée pour le retrait de ce prix. Si vous voulez vous aussi manifester votre refus d’une Europe de la honte, vous pouvez voter en cliquant ici.

Une petite lettre qui change tout (ou quand la volonté se cache derrière la possibilité)

Il fut une époque où il était de bon ton de dire « A coeur vaillant, rien d’impossible ». Cela reste d’ailleurs un slogan tout à fait d’actualité lorsqu’il s’agit de se faire croire que la Belgique pourrait gagner l’Euro de foot… Et pourtant.

Lorsque l’on évoque aujourd’hui dans la rue, dans les médias, dans les cénacles académiques, culturels ou politiques la question des migrations, il est devenu naturel de se poser la question de savoir si un quartier, une commune, une région, un pays ou un continent peut ou pas accueillir les enfants, les femmes et les hommes qui fuient la misère, la torture ou la mort qui règne là où ils résidaient.

En posant la question en ces termes, on pose des prémisses implicites qu’il serait pourtant bon à la fois d’expliciter et de questionner. Car si les hypothèses de départ devaient se révéler fausses, l’ensemble du raisonnement qui s’en suit doit être abandonné. Examinons deux de ces prémisses.

  1. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ou il existe une taille limite à la capacité d’accueil et nous sommes près d’atteindre cette limite, ce qui suppose que nous la connaissons.
    Cette phrase, nous l’entendons dans sa version populiste explicite (celle que j’ai souligné en gras), mais aussi dans sa version pseudo-objective: « nous avons atteint les limites de ce que nous pouvions faire » dans toutes ses différentes conjugaisons.
    Pourtant, dès lors que l’on pose la question de savoir comment se calcule et se mesure la supposée capacité maximale d’accueil d’un territoire déterminé, il devient soudain absolument impossible d’obtenir une réponse qui sorte du cadre émotionnel.
  2. On pourrait dissuader les migrants de migrer. Et par conséquence, on doit orienter nos efforts dans le sens de la dissuasion. Par exemple en allant expliquer aux autorités des pays concernés (états du Maghreb, Syrie, Lybie, Somalie, …) qu’ils doivent eux-mêmes dissuader leurs ressortissants de venir chez nous.
    Ceux qui se lancent dans cette aventure mesurent-ils réellement le ridicule de leurs efforts ? Si les dirigeants d’un pays relativement calme (comme les pays du Maghreb) avaient vraiment la volonté et la possibilité de retenir leurs citoyens en leur offrant des conditions de travail et de vie satisfaisantes, attendraient-ils vraiment que nous venions le leur demander pour le faire ? Et si leur intention n’est pas d’offrir de telles conditions de travail et de vie, où si leur premier agenda est celui de la lutte pure et dure pour le pouvoir (comme c’est le cas dans les pays les plus engagés dans les conflits), peuvent-ils avoir le moindre intérêt à maintenir à l’intérieur de leurs frontières leurs principaux adversaires ?

On voit bien, dès lors que l’on tente de regarder les faits et non les émotions, que nous ne pouvons pas arrêter les flux migratoires. S’il est un phénomène historique qui ne cesse de se renouveler depuis l’arrivée des premiers hominidés, c’est bien celui des migrations. L’homme tentera toujours, avec l’énergie du désespoir, d’aller là où sa survie sera mieux assurée qu’à l’endroit où il se trouve. S’il pleut, je me mets à l’abri. S’il n’y a plus de quoi manger, je vais chercher ailleurs. S’il pleut des bombes, je fuis. Nos parents ou nos grands parents n’ont pas fait autre chose lorsque l’envahisseur nazi est arrivé en 1939.

Une petite lettre pourrait cependant tout changer, cette petite lettre, c’est celle qui transforme la possibilité en volonté. C’est celle qui nous ramène à la réalité de nos émotions. Le problème n’est pas que « on ne peut pas accueillir », mais bien que « on ne veut pas accueillir ».

La notion de possibilité nous renvoie à quelque chose qui est extérieur à nous. Un peu comme si notre pays  ne disposait pas d’assez d’oxygène pour permettre à 20.000 ou 200.000 personnes supplémentaires de respirer. Nous pouvons nous dédouaner à bas coût de toute responsabilité dès lors que nous décrétons que c’est une question de capacité qui nous bloque: il n’y a plus de place dans le métro, prenez le suivant. Il n’y a plus à manger, attendez le repas suivant. Mais rappelons le, personne ici n’est capable de nous indiquer où se trouve la limite de capacité d’accueil, et jamais cette limite n’a été atteinte autrement que par la mise en place de barrières artificielles par les acteurs politiques (par exemple en interdisant de traiter plus de 50 dossiers de migrants par jour…).

La notion de volonté nous renvoie à nos propres responsabilités. Voulons nous un monde dans lequel chaque femme et chaque homme peut vivre dignement ? Si quelques uns sont prêts à répondre positivement de manière inconditionnelle à cette question, nombreux sont ceux qui se laissent guider par la peur. Peur de la différence. Peur de l’autre. Peur de la confrontation avec une réalité inéluctable.

L’aveuglement de nos responsables politiques et sociaux, de quelque bord qu’ils soient, est immense. Ne pas voir que les vagues migratoires ne s’arrêtent pas, que dresser des barrières comme celles que l’on construit un peu partout en Europe n’aura que des conséquences catastrophiques est irresponsable. Ces murs de barbelés, et même de béton, ne sont que de chétifs barrages face à un torrent d’une puissance immense. Les exemples de solution existent. L’Allemagne et le Canada en font partie. Dans un cas comme dans l’autre, plutôt que d’arrêter le flux, on se propose de l’encadrer. Plutôt que de dire aux migrants « nous ne voulons pas de vous, nous vous enfermerons dans d’immondes camps et vous y laisserons croupir jusqu’à votre départ ou votre mort », ils leur disent de venir, tout en encadrant leur arrivée. Tout comme les canaux d’irrigation, en encadrant le flux du torrent au lieu de le retenir enrichissent la terre au lieu de la noyer lorsque le barrage explose…

Accueillir les migrants n’est pas une question de possibilité, c’est une question de volonté. D’une manière ou d’une autre la question de la vague migratoire actuelle se résoudra, nul ne pourra l’empêcher de se développer. Par contre, chacun peut vouloir contribuer à en faire une source d’enrichissement mutuel, dans le respect de chaque humanité.