De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

Il faut croire qu’il a d’ailleurs raison, car, si l’on lit les éditoriaux de la presse nationale dite « sérieuse », tout regard critique semble désormais avoir disparu de la plume de nos journalistes. L’éditorial de Béatrice Delvaux dans « Le Soir » d’aujourd’hui est à ce titre exemplaire…

Il me semble pourtant légitime de continuer à se poser un certain nombre de questions.

La première de ces questions concerne le timing de l’arrestation de notre cher « ennemi public ». J’avais tenté d’approcher par l’humour il y a deux jours la problématique, je n’aurais pas même osé rêver à ce moment là que ma logique soit poussée aussi loin. Alors que l’on cherche le bonhomme depuis quatre mois, qu’on le sait circulant à Bruxelles, un jour à Molenbeek, l’autre à Schaerbeek, le suivant à Forest, que l’on doit surveiller plus précieusement que les coffres d’une banque et les conversations et les va-et-viens de ses amis et de sa famille, qu’il n’y a plus une chaise qui déménage dans les villages bruxellois sans qu’un permis de bâtir ne soit exigé, de peur que notre monstre ne se cache dans un pied, c’est très précisément au moment où notre gouvernement rencontre les pires difficultés budgétaires, qu’il est en train de se disloquer sur la manière de financer les projets mortifères de la N-VA que soudain intervient un « coup de théâtre » qui transforme nos pandores en champions du FBI.

L’arrestation de Salah Abdeslam intervient dans un contexte politique particulier

Là où les premières pages de la presse sont consacrées depuis plus d’une semaine à l’incapacité de notre ministre du budget à savoir si elle devait trouver 1, 2 ou 3 milliards d’euros, et dans quelles poches les puiser. Le « unes » du week-end auraient du nous démontrer l’incapacité des éminences N-VA et CD&V à « transformer » la fonction publique sans l’aide d’une équipe de 60 consultants pendant une an (10 millions d’euros quand même…). Dans le même temps, les experts de la Cour des Comptes se préparaient à publier un nouveau rapport au picrate sur l’absence totale de fondement de la plupart des mesures censées générer des recettes, ET la sous-estimation presque aussi systématique du montant des manques à gagner ou des pertes dues aux « mesures » d’économie du gouvernement.

De tout cela, il ne restera (presque) plus rien. Tout cela grâce à l’arrestation de Mr Abdeslam.

Et c’est là qu’interviennent d’autres questions, déjà maintes fois posées à propos de ce personnage.

Héros islamiste ou couard minable ?

Les islamistes fanatiques de tous bords nous avaient habitués jusqu’ici à un modus operandi assez classique pour leurs captures. Qu’ils soient retrouvés « par surprise » comme les occupants de l’appartement parisien au lendemain des attentats de Paris, où qu’ils aient préparé de longue date leur capture éventuelle (comme Ben Laden en son temps), il n’est pas de combattant islamiste qui ne vise de finir en martyr.

Les informations qui nous sont données par les forces de l’ordre sur l’arrestation de Salah Abdeslam sont en totale contradiction avec cette approche: l’homme n’était pas armé, ne disposait pas des moyens de mettre fin à ses jours. Une arrestation très théâtrale donc, mais aussi très belge, avec un arrêt du combat « au premier sang ». Si Salah Abdeslam est le monstre terroriste, cerveau des attentats de Paris que l’on tente de nous décrire, comment est-il possible qu’il ne se soit pas fait exploser au moment d’être arrêté. Quoi ? Pas une seule invocation religieuse ?

Et s’il était un traître à la cause islamiste (hypothèse relevée par plusieurs médias), qui aurait refusé de se faire sauter lors de la mortelle randonnée de novembre à Paris, ses commanditaires l’auraient-ils laissé en vie pendant 4 mois s’il détient réellement des informations importantes ?

Que Salah Abdeslam soit sans doute capable d’expliquer en détail ce qui s’est passé à Paris, c’est vraisemblable. Que cela soit important pour les familles des victimes, c’est compréhensibles. Mais en quoi savoir ce qui s’est passé en novembre à Paris aidera-t-il en quoi que ce soit à prévenir d’autres attentats ? Si Salah Abdeslam savait quoi que ce soit qui mette en danger une organisation comme DAESH ou Al Quaida, il serait mort depuis longtemps.

Une sardine sans arêtes et sans peau

Dans le monde des boîtes de sardines, il existe une variété particulière, celles des sardines sans arêtes et sans peau: non seulement il s’agit de tout petits poissons, mais en plus, on leur a déjà enlevé ce qui leur donnait de la structure de l’intérieur (les arêtes) et ce qui les reliaient à leur environnement (la peau). C’est un peu à cela que me fait penser Salah Abdeslam aujourd’hui: un tout petit acteur qui va pouvoir donner sa chair en pâture aux médias, mais ne résoudra en rien un problème qui en fait, aujourd’hui ne touche toujours pas la Belgique.

Pour nous faire croire à un état de guerre qui permet surtout à notre gouvernement de faire ce qu’il veut dans notre dos, on fournit aux médias des incidents qui leur permettent de titre au « Massacre » lorsque deux policiers sont blessés dans une intervention (et je respecte bien entendu ces deux personnes et leur travail !), et qui ont fait du plus couard et du moins fanatiques des artisans des attentats de Paris un ennemi public capable de cacher au creux de son propre village, aidé de ses amis, jusqu’à ce que l’on juge opportun de le sortir du chapeau pour faire oublier les pilules plus amères que l’on veut nous faire avaler.

Dans un mois, dans un an, quand votre fiche de salaire indiquera un chiffre inférieur à celui d’aujourd’hui, Salah Abdeslam aura sans doute disparu des mémoires, et nul ne saura plus précisément quand ou comment la décision de raboter notre pouvoir d’achat a été prise… Ce jour là, nous découvrirons qu’une nouvelle fois une sardine se faisant passer pour une baleine aura permis à elle seule la réalisation du seul acte terroriste qui va tous nous toucher: celui sur nos moyens de survie opéré par un gouvernement libéral-nationaliste dont la seule ambition est sa propre survie au sud, et la justification de la désintégration du pays au nord.

 

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *