Une danse insignifiante

A mon tour de m’intéresser aux propos de Mr Jambon relatifs aux compétences chorégraphiques de la communauté musulmane, à travers le témoignage d’un enseignant (moi) confronté chaque semaine à 140 ados dont sans doute plus de 100 sont de confession musulmane. Continuer la lecture de Une danse insignifiante

La démocratie, c’est aussi donner aux gouvernants leur chance de gouverner

Il est bien connu que l’humanité, qui vit par le changement, en a peur. Les récentes modifications apportées au gouvernement de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles en sont une belle illustration. Continuer la lecture de La démocratie, c’est aussi donner aux gouvernants leur chance de gouverner

Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Il y a en Belgique plus de 1000 Mineurs étrangers Non Accompagnés qui sont sans le tuteur que la loi exige de leur « fournir » pour les accompagner dans leur parcours. Le SPF Justice vient de lancer un appel pour recruter des tuteurs « bénévoles », fonction que j’ai exercé pendant plusieurs années. Ma recommandation est de ne pas répondre à l’appel du SPF Justice. Voici pourquoi … Continuer la lecture de Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Enseigner « à la finlandaise » à Bruxelles

Je viens de visionner le reportage diffusé il y a deux jours par la RTBF sur la visite en Finlande de jeunes Bruxellois.

Je ne suis pas certain de me retrouver dans l’ensemble des commentaires donnés par ces jeunes, et surtout dans leurs accusations implicites sur le manque d’intérêt des enseignants belges par rapport au bien-être des élèves, j’ai cependant noté l’une ou l’autre chose qui me paraissent essentielles, certainement si je les mesure à l’aune de ma petite expérience d’enseignant dans les trois degrés de l’enseignement secondaire bruxellois, et dans deux des trois filières (général et qualifiant).

L’école dans laquelle j’enseigne fait partie de ces écoles qui accueillent plus de 80% de jeunes issus de l’immigration, d’un nombre incalculable d’origines et de nationalités. Enseignant dans sept classes différentes, sur les quelques 120 à 140 élèves que je rencontre chaque semaine, il y en a moins de 10 qui sont ce que d’aucun appellent des « belges de souche ». Et leur réussite n’est ni meilleure, ni pire que celle de leurs congénères.

Dans le reportage mentionné ci-dessus, il y a un passage qui m’a frappé, c’est celui où l’on explique qu’en Finlande, tout est mis en oeuvre pour que l’enfant se sente mieux à l’école qu’à la maison. Ce que je traduis par « donner l’envie de venir à l’école ». S’il est un point où je peux totalement rejoindre l’analyse des jeunes qui s’expriment, c’est celui là: l’école que  nous proposons à nos élèves n’est pas un lieu qui leur propose une expérience personnelle plus satisfaisante que celle qu’ils ont à la maison. Lorsque j’écoute mes élèves, je ne les entends pourtant pas me raconter des expériences extraordinaires à la maison: promiscuité, ennui, absence des parents me semblent souvent la norme. Face à cette expérience émotionnelle, les mécanismes de défense qu’ils déploient sont ceux de l’isolement et de la plongée dans l’univers virtuel des jeux en ligne et des réseaux sociaux. Le Wifi remplace souvent le dialogue familial.

Il suffit d’ailleurs de voir comment nos élèves réagissent dès lors qu’on leur propose une journée qui sort un tout petit peu des sentiers battus: une sortie, même minime, est une fête anticipée. Il me semble donc qu’une réflexion sur les modalités qui pourraient rendre l’école plus attractive que la maison serait une première stratégie intéressante dans le développement d’une école réussie (à défaut d’être une école de la réussite – ce qui ne veut pas dire grand chose).

L’autre aspect qui me frappe énormément, surtout lorsque l’on aborde les éléments d’apprentissage de nos élèves, c’est la précipitation avec laquelle nous voulons absolument leur faire absorber un « tronc commun » de connaissance, sans avoir d’abord totalement consolidé les moyens d’acquérir ce tronc commun.

Tout apprentissage passe par le langage. Or s’il est un élément que nos élèves en difficulté ont presque toujours en commun, c’est un contrôle insuffisant, voire inexistant de la langue dans laquelle l’enseignement est effectué. Je suis particulièrement confronté à ce problème comme professeur de langue moderne au premier degré. Quel sens cela a-t-il d’exiger l’apprentissage d’une « seconde » langue moderne (en l’occurrence le néerlandais) à des élèves dont la « première » langue  n’est pas le français et qui éprouvent encore les plus grandes difficultés à le pratiquer et le comprendre. A force de vouloir délivrer le CEB, puis le CE1D à des enfants qui ne sont pas capables d’aborder un texte conceptuel en français, on les force à étudier par coeur l’ensemble des autres matières, et donc à dépenser une énergie qui leur parait totalement inutile, puisqu’ils ne comprennent pas les concepts qu’il leur est demandé d’étudier dans les autres matières.

Je me prends ainsi à rêver d’une approche du premier degré du secondaire qui ne coûterait sans doute pas plus cher que celui que nous pratiquons aujourd’hui. Un premier degré où l’on commencerait par identifier les élèves qui ne disposent pas d’une langue d’enseignement suffisamment développée que pour l’utiliser dans leur démarche d’apprentissage. On pourrait peut-être consacrer l’ensemble de la première année avec ces élèves à leur donner une base solide d’apprentissage de la langue française, et de son application dans l’apprentissage des autres matières: quels sont les mots-clés et les concepts nécessaires pour comprendre les consignes et les informations d’un cours de mathématique, de sciences, d’étude du milieu, de technologie, d’art, voire de langue moderne ? Quitte à ce qu’un élève passe trois ans dans ce premier degré, pourquoi n’est-ce que la troisième année que l’on tente de remédier à des insuffisances qui sont antérieure à leur fréquentation scolaire ?

J’ai un peu l’impression que si nous arrivions à ces deux objectifs: rendre l’école plus attrayante que la maison et se concentrer sur l’outil de base d’apprentissage – le français – avant tout autre objet d’étude, nous pourrions placer nos élèves dans une logique de succès plus enrichissante pour tous.