La démocratie, c’est aussi donner aux gouvernants leur chance de gouverner

Il est bien connu que l’humanité, qui vit par le changement, en a peur. Les récentes modifications apportées au gouvernement de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles en sont une belle illustration.

Le remplacement de Madame Milquet par deux de ses coreligionnaires fait bondir de rage le GERFA et l’ensemble de l’opposition sur le thème de soit-disant dépenses excédentaires (600.000 €, excusez du peu !) pour le budget de la Communauté qui découleraient de la présence d’un(e) ministre supplémentaire au gouvernement communautairo-régional.

De même le déplacement des compétences relatives aux sports vers le Ministre Madrane suscite l’ire de nos dirigeants sportifs, patron du COIB et Jacques Borlée en tête, traumatisés par ces changements à quelques mois des JO de Rio.

Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de procès d’intention ne reposant sur aucun fait précis, et en provenance d’instances qui feraient mieux de regarder dans leur propre maison avant de dénigrer celle des autres.

Comment le GERFA tire-t-il de son chapeau ce chiffre étonnant de 600.000 euros de dépenses supplémentaires ? Un salaire de ministre, de son chauffeur et de son secrétaire ? On n’arriverait même pas au tiers de ce montant. Et si j’aurais en effet tendance à me méfier au plus haut point des affirmations d’un vieux briscard de la politique sur le retour qui nous tiendraient les propos de nos deux nouvelles éminences communautaires, j’ai tendance à donner un peu de crédit à cette promesse de rester dans l’enveloppe budgétaire prévue, faite par nos deux nouvelles excellences. Un budget est l’expression d’une volonté politique. Il n’est pas voté pour être exécuté à moitié. S’il a été bien préparé, il représente les montants nécessaires à l’exécution du programme de gouvernement, et il n’y a donc aucun problème à ce qu’il soit utilisé à cette fin.

Ce que je trouve très suspect par contre, c’est le refus du GERFA de venir constater de par eux-mêmes le respect de cet engagement des nouveaux ministres. Il n’y a pire malhonnêteté intellectuelle que d’accuser l’autre sur base d’apriori, tout en refusant de venir vérifier ce que les faits démontreront…

Je crois que la réponse du monde sportif aux changements de compétences à la CFWB est encore plus hypocrite que la réaction du GERFA. J’aurais préféré – et de loin – entendre les membres du COIB ou de nos équipes olympiques nous parler de ce qu’ils font et vont faire pour éviter que les scandales qui touchent chaque semaine un peu plus le monde sportif finissent par être évacués de leur univers. Car s’il est bien un monde où l’influence de l’argent sur les hommes est d’évidence présente, mais se passe néanmoins toujours sous le manteau de la fraude, c’est bien celui du sport. J’ai entendu le président du COIB s’exprimer sur les compétences de ministres responsables devant les représentants du peuple. J’aurais préféré l’entendre sur la question du dopage mécanique dans le cyclisme. Cela, c’est de sa compétence, mais cela, il préfère ne pas en parler.

Un des fondements de la démocratie représentative, c’est que l’on donne un mandat à nos représentants pour tenter de réaliser leur programme dans le respect de celui des autres membres de la coalition dont ils feront nécessairement partie s’ils sont au pouvoir. Cela veut aussi dire qu’aussi longtemps que nos élus tentent de réaliser le programme qu’ils se sont donné, il faut pouvoir les laisser organiser leur travail comme ils l’entendent. Nous ne les mettons au pouvoir avec un mandat sur le résultat (la réalisation d’un programme) et sur les valeurs (telles qu’exprimées dans leurs programmes). Pas sur les aspects pratico-pratiques de la mise en oeuvre de ces programmes. Chacun doit pouvoir rester à sa place: le représentant pour faire les lois et contrôler le gouvernement, celui-ci pour mettre en oeuvre un programme et des lois, l’électeur pour se préparer à remercier (dans l’un des deux sens du terme) son représentant à la fin de son mandat.

En aucun cas, il ne me semble revenir au GERFA ou au COIB de définir la composition d’un gouvernement et la répartition des compétences au sein de celui-ci. Ils feraient mieux l’un et l’autre de s’assurer de la qualité de la gouvernance de leurs propres institutions.

 

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

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