Il faut protéger les banques !

Le « Comité de Bâle » qui regroupe les régulateurs du secteur financier dans le monde, veut la fin des prêts hypothécaires à taux fixes. C’est une nouvelle relayée entre autre par le journal Le Soir de ce matin (je ne me lasse pas de cette absurdité sémantique). Et cela principalement pour protéger les banques.

Quand vous lisez cela,  n’éprouvez-vous pas comme un malaise ? Il faudrait donc protéger les banques contre les dangereux clients qui ont un tel pouvoir de  négociation que, une fois laissées à elles-mêmes, elles risquent d’octroyer des prêts trop risqués ?

Demandez aux jeunes qui cherchent à acquérir un logement en 2016 quelle est leur principale préoccupation ? Après avoir écumé les rues des quartiers qui les intéressent à la recherche d’une habitation à un prix raisonnable, ils entament un parcours du combattant chez des banquiers qui n’ont que leur propre frilosité en tête.

La logique du Comité de Bâle, est un détournement de signification. Aux yeux des humains comme vous et moi, un logement, c’est d’abord la satisfaction d’un des besoins les plus fondamentaux de l’être humain. Le grand théoricien de la théorie des besoins, Maslow, a placé ce besoin de protection juste au dessus des besoins physiologiques de base dans sa pyramide. C’est un de ces besoins dont la satisfaction est indispensable au respect de la dignité humaine.

Mais pour le Comité de Bâle, un logement c’est un investissement, c’est à dire une manière de faire faire des petits à l’argent des plus nantis. Discours gauchiste ? peut-être. Mais aussi constat:

  • Il ne sera bientôt plus possible pour un individu honnête de détenir de l’argent autrement que dans une institution financière (limitation des montants de transactions en cash, généralisation des paiements par cartes qui parfois deviennent le seul moyen de paiement accepté).
  • Baisse drastique de la rémunération de l’épargne par les banques (voire taux négatifs).
  • L’argent récolté par les banques est censé financer le crédit aux investissements et à la consommation (dans le cours d’économie que je suis censé donné, on fait toujours étudier aux élèves ce principe selon lequel une banque récolte l’épargne pour distribuer du crédit).
  • Le crédit à la consommation connaît toujours des taux usuraires par rapport à l’inflation, il est donc rentable pour le banquier… Personne ne se plaint (sauf celui qui doit payer les fameux taux, mais on l’a tellement fait baver d’envie vers son iPhone, sa TV ou son auto qu’il en oublie bien vite les inconvénients jusqu’au jour où il ne sait plus payer).
  • Le crédit à la construction, c’est autre chose. C’est vrai que les taux sont régulés et que les montants en jeux forcent l’emprunteur à une plus grande réflexion (il suffit de voir comment la crise des subprimes a démarré aux USA par l’assimilation du crédit-logement à un crédit-consommation pour comprendre cette différence).
  • Les banquiers ont donc intérêt à minimiser les montants prêtés dans un cadre régulé pour les placer dans un marché plus libéralisé, où il leur est loisible de supprimer le risque principal qui devrait faire la spécificité de leur métier: le risque de différence de taux d’intérêts entre celui payé à l’épargnant et celui collecté chez l’investisseur.
  • Et donc la décision à venir du Comité de Bâle part clairement dans cette direction: aujourd’hui, la rémunération de l’épargne en devises fortes (USD, EUR, GBP) est proche de zéro, voire négative: l’argent arrive dans les banques à un coût nul. Dans le même temps, les états sont confrontés à un problème de relance que la plupart choisissent aujourd’hui de favoriser par les investissements privés (en offrant des cadeaux fiscaux aux entreprises). L’entrepreneur reçoit donc un cadeau fiscal (payé par le contribuable de la classe moyenne, puisque l’on sait désormais quelle inégalité frappe la perception de l’impôt chez nous) qui lui permet de financer son investissement en rémunérant les banques bien mieux que ne le ferait un investisseur immobilier individuel.
  • Rendre plus cher l’investissement pour l’acquisition d’un bien d’absolue nécessité (le logement) par son destinataire final, tout en mettant en place des mécanismes qui rendent cet investissement moins cher pour les investisseurs institutionnels (par exemple les gros promoteurs immobiliers), c’est pousser les jeunes couples et les familles à se rediriger vers le marché de l’immobilier locatif tout en s’arrangeant pour que celui-ci soit entre les mains de propriétaires dont la seule logique est la logique financière.

On voit donc encore ici comment nous, citoyens, nous trouvons forcé de confier notre argent aux banques – sans aucune rémunération, tout en ne pouvant pas espérer en retour de celles-ci des conditions favorables à la satisfaction du besoin fondamental de logement. Bientôt, nous ne pourrons alors plus que signer des baux avec l’une ou l’autre succursale des mêmes banques (pour des loyers indexés et une capacité d’épargne diminuée), et ne recevrons de financements (à taux usuraires) que pour effectuer des achats de bien de consommation ou d’investissement à court terme (voiture, électro-ménager, vacances…).

Voilà donc à quoi va servir la « protection » des banques recommandée par le Comité de Bâle: à renforcer encore plus les inégalités entre ceux qui disposent de moyens pour participer à la fête des marchés financiers et ceux qui tentent tant bien que mal de s’assurer une vie simplement décente.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.