Journalisme d’approximation

J’ai répondu dans un autre article de ce blog aux insultes proférées à mon égard (mais pas que) par Madame Doris Bianco dans le reportage diffusé dimanche 11 septembre au JT de 19h30 de la RTBF sur l’inscription de son enfant dans un internat de Wallonie pour éviter de jeter son enfant dans une (école) poubelle.

Un autre aspect de ce reportage avait cependant retenu mon attention: l’effrayante vacuité intellectuelle de ces 3 minutes de JT.

Ne voulant pas contribuer à l’augmentation de l’audience d’un média qui semble avoir perdu toute notion de sa mission de service public, je vous renvoie à mon article précédent pour voir le reportage (vous contribuerez ainsi à la hausse de mon nombre de clics bien plus qu’à celui de la RTBF).

Nous voici donc devant 3 minutes de télévision, constituant l’un des titres du principal JT de la chaîne, dont on peut dire assez facilement qu’il ne s’agit pas d’un reportage, mais sans doute d’un cartouche émotionnel tout au plus digne de Sudpresse.

En effet, la « journaliste » Alison Delpierre s’est bien contentée de ce dont la gratifie Julie Morelle dans l’introduction de la séquence: elle a « recueilli des témoignages ». Ces témoignages ne sont cependant absolument pas en lien avec le problème supposé: aller chercher à Wemmel – c’est à dire en Flandres – des parents mécontents de ne pouvoir inscrire leur enfant où ils le veulent à Bruxelles, c’est totalement perdre de vue que très logiquement le décret inscription (que je ne cherche ni à défendre, ni à condamner) se concentre sur les éléments qu’il peut contrôler: l’enseignement francophone en régions wallonne et bruxelloise.

En plus, la journaliste ne relève à aucun moment la nature extrêmement injurieuse des propos tenus par l’une des personnes interviewées à l’égard des élèves et des enseignants des écoles où elle ne désire pas inscrire son enfant. Est-il normal d’exposer ainsi un témoin aux réactions normales ou anormales qui pourraient émerger ? Qu’en est-il de cet enfant qui devra désormais porter le stigmate d’une mère tenant – sans doute dans sa colère mal contenue -des propos proche du racisme ou de la diffamation ?

Lorsque les parents des enfants concernés mettent en cause la CIRI, ne vient-il pas à l’esprit de la journaliste de vérifier les conditions dans lesquelles se trouvent ces parents ? Si elle l’a fait, pourquoi ne pas donner le résultat de ses investigations ?

Il est sans doute plus simple de laisser les émotions (de préférence la colère, les insultes, la violence morale, verbale et physique) prendre le dessus.

L’ensemble de ce JT regorgeait d’ailleurs de ce genre de sujets. Pour n’en citer qu’un autre, on nous berce depuis trois jours avec les pensées tellement revigorantes du Dalaï-Lama, pour lequel quelques milliers de bien-pensants sont prêts à verser plus de la moitié d’une allocation mensuelle du CPAS en ticket d’entrée, mais la RTBF oublie de mentionner les nombreuses controverses dans lesquels le leader tibétain s’est embourbé depuis longtemps – qu’il s’agisse de l’absence totale de démocratie dans son pays lorsqu’il était au pouvoir ou de ses affirmations incendiaires sur la problématique des réfugiés.

Visiblement, en ces moments où il fait si bon dénigrer le personnel politique, la RTBF et ses journalistes semblent choisir de se mettre au diapason du populisme régnant (et donc au service du pouvoir politique en place), laissant la mission pédagogique aux enseignants – sans doute de préférences ceux qui, désormais transformés en déchets, tentent de tirer les sonnettes d’alarme depuis leurs bien-aimées poubelles.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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