Les masques tombent… mais pas tous.

En écrivant noir sur blanc dans un email à ses troupes que l’objectif de la N-VA est de provoquer les francophones à demander eux-mêmes le confédéralisme, Bart de Wever confirme le diagnostic que je posais deux mois après la formation de ce gouvernement.

Dans le même temps, du côté francophone, au lieu de la levée de boucliers à laquelle on pourrait s’attendre, semble se tramer un tout autre scénario. Les derniers sondages doivent en effet donner des sueurs froides à pas mal d’excellences, tant au gouvernement fédéral que dans les régions et communautés. Il me semble bon d’observer un peu plus en détail ce qui se trame pour le moment.

La première chose qui frappe, c’est qu’alors que les chiffres montrent l’opportunité historique de rassembler une vraie gauche (socialiste, Ecolo et communiste) face à la droite imposée par la Flandre, nul ne semble vouloir soulever cette hypothèse, alors même que toutes les parties concernées sont aujourd’hui dans l’opposition… Le message me semble donc clair: face à des communistes qui font peur au Boulevard de l’Empereur (et à l’Empereur Di Rupo lui-même), face à des Ecolos en chute libre, le choix du PS est de défendre ses intérêts avant ceux des travailleurs et de chercher des alliances au centre ou à droite.

Mais il est un autre facteur qu’il ne faut sans doute pas négliger. On a vu ces derniers jours les pontes communautaires du PS se ré-approprier le Pacte d’Excellence de l’Enseignement – déclarant que les contraintes budgétaires n’étaient peut-être plus insurmontables, au moment où le cdH plonge lui aussi dans des abîmes qui pourraient même signifier son éviction des assemblées parlementaires.

Un ami me faisait remarquer de manière très pertinente que si le PS devait réussir à évincer cdH et écolo d’une série de gouvernements homogènes (pour les francophones et les wallons) aux différents niveaux de pouvoir (fédéral, régional et communautaire), la porte serait grande ouverte pour une remise en cause des fondements du pacte scolaire. Je n’avais personnellement pas perçu cet aspect de la menace, mais une fois le raisonnement posé, il faut reconnaître qu’il a de quoi donner froid dans le dos.

On le sait, si les portes se claquent entre partis opposés « face caméra », elles restent toujours entr’ouvertes « backstage ». Et à moins de deux ans des grandes échéances électorales, ce qui se passe en coulisse est sans doute plus important que ce qui va encore se passer sur l’avant de la scène. Quelles sont les négociations en cours entre les différents partis ? Que l’on ne nous dise pas que personne ne se parle entre MR et PS. Si ces deux là sont appelés à gouverner ensemble, ce sera une nouvelle trahison pour l’ensemble de leurs électeurs, d’un côté comme de l’autre.

Cette situation met en évidence le drame actuel de la politique belge: l’absence totale de femmes et d’hommes à la fois capables de mobiliser les foules (comme peuvent le faire un Raoul Hedebouw au PTB ou un Bart de Wever à la N-VA) et d’assumer pleinement un rôle de femme ou d’homme d’Etat, plaçant les valeurs universelles de respect des droits humains avant toute autre considération (comme seule Angela Merkel semble encore le faire aujourd’hui).

A ce titre, en Belgique, la situation du cdH est aujourd’hui absolument critique. Lâché depuis longtemps par un CD&V qui ne lèvera pas le moindre petit doigt pour le sauver, incapable de construire un discours séduisant pour défendre des valeurs humanistes incontestables, géré plus que dirigé par un fantôme contesté de toutes parts, on ne peut plus lui prédire qu’un avenir minimaliste. Ne serait-il pas grand temps que cdH et Ecolo se parlent à nouveau ?

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.