Donc, l’action du Parlement Wallon autour du CETA n’a rien changé ?

Maintenant que les différents parlements francophones et wallons du pays ont donné leur accord pour une délégation de signature du CETA, et que dès lors l’avant scène peut être occupée par d’autres que les acteurs principaux de la pièce (entendez par là Paul Magnette, mais aussi ses alliés du CdH), il est de bon ton de crier le plus fort possible que tout cela était beaucoup de bruit pour rien…Certains dans la blogosphère se passionnent ainsi pour ce nouveau sport: exister en disant du mal de Paul Magnette, du CdH et de tous ceux qui ont tenté de comprendre les enjeux et de les faire comprendre à la population plutôt que de médire des hommes. Un bon exemple est celui du généralement excellent blogueur Marcel Sel qui, au cours des 15 dernières heures à tweeté plus de 20 fois (sur environ 25 tweets et re-tweets) exclusivement à charge des défenseurs du débat lancé par le Parlement Wallon.

C’est d’ailleurs à travers l’examen de telles pratiques que l’on reconnaît la différence qui existe parfois encore entre un journaliste soucieux de la qualité de son travail professionnel et un chroniqueur soucieux d’abord de sa popularité (en particulier quand en plus il doit générer de l’audience sur un média audio-visuel).

Je ne me cache pas d’avoir défendu ces derniers jours le travail effectué par le gouvernement et le parlement wallon, et je reste persuadé que d’une manière ou d’une autre, le texte du traité commercial entre le Canada et l’Union Européenne ne pourront plus être lu de la même manière demain qu’hier. Ce que trop peu de gens relèvent aujourd’hui, c’est que pour la première fois depuis de nombreuses années un sujet complexe a pu être débattu devant la population dans une vraie approche pédagogique. Il ne faudrait surtout pas perdre ce momentum.

Les campagnes de communication qui foisonnent (tant du côté du PS que du MR – pour ne pas parler du ridicule de la campagne CdH…) font malheureusement penser à nouveau à des querelles de cour de récréation (« c’est moi qui avait raison ! », « Nan, c’est lui le menteur ! ») et les équipes d’Elio di Rupo comme celles d’Olivier Chastel ne s’anoblissent pas à renchérir comme elles le font.

Alors que ce qui s’est passé est réellement important, non pas tant au niveau des acquis (ou non) en termes de modification du CETA, mais bien en tant que reprise en main par des représentants des citoyens d’un débat qui avait été confisqué de longue date par les négociateurs.

Ainsi, ce que personne ne nie aujourd’hui c’est qu’il n’y a eut aucune transparence sur le contenu des négociations entre 2009 et 2014, les « négociateurs » EU et CA gardant scrupuleusement pour eux le contenu de leurs débats, faisant monter la crainte des organisations citoyennes de voir le CETA en cheval de Troyes du TTIP.

Ce qui est tout aussi vrai c’est que dès que les accords ont été rendus visibles, seuls quelques parlements en Europe se sont mis sérieusement au travail pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Et qu’à la pointe de ces parlements se trouvent les parlements wallons et francophones. Pendant ce temps, aucune commission parlementaire fédérale ni flamande ne s’occupait du texte, prêts qu’ils étaient à avaler la pilule qui leur serait offerte par l’Union Européenne.

Ce qui est toujours exact, c’est que dès 2015, les parlements en question ont indiqués leurs inquiétudes et ont posés des questions, et que celles-ci n’ont reçu des débuts de réponses qu’à partir de septembre 2016 ! Et que là, tout d’un coup, il était demandé de décider en quelques heures d’un oui ou d’un non.

Alors de deux choses l’une: soit ces accords étaient dès le départ aussi conformes aux voeux des parlementaires wallons et francophones que semble le découvrir le MR aujourd’hui et la question est de savoir pourquoi avoir mis tant de temps à répondre aux interrogations légitimes des parlements wallons et francophones, si ce n’est par déni du débat démocratique, soit les accords ne répondaient pas complètement aux interrogations wallonnes et francophones et c’est pour cela qu’il aura fallu 35 « explications » de la Commission – créant autant de normes d’interprétations sur lesquels les éventuels arbitrages futurs pourront se baser – avant d’arriver à un texte qui rassure les experts de Magnette et consort.

Les débats qui se sont déroulés ces dernières semaines ont permis de produire un corpus interprétatif du texte du CETA qui dépasse largement le cadre de l’accord et de ses protocoles annexes. Il relève désormais de la connaissance commune de tous les participants. Le simple fait que les tracts diffusés aujourd’hui par le MR et le PS décrivent les mêmes garanties conforte l’impression que ces garanties ne pourront pas être remises en cause. Si cela était tellement évident, le MR aurait pu publier son tract il y a deux semaines, car ce ne sont pas les revendications des wallons et des francophones qui ont changé, mais bien la réponse qu’on leur donne. Or cette réponse des libéraux, elle n’apparait qu’en réponse au tract (à mon avis exagérément autosatisfait) du PS.

Je ne suis pas un enthousiaste du CETA – à titre personnel je n’y vois qu’un moyen de pousser nos compatriotes et nos amis canadiens à consommer plus, de manière plus irresponsable d’un point de vue écologique, tout en évitant de faire porter aux entreprises le coût social et écologique réellement associé à leurs profits. Mais je suis heureux de voir qu’un thème aussi complexe ait pu passionner les foules de notre pays et reléguer à leur juste place les débats populistes qui prennent si souvent la première page de nos journaux.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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