La « petite » Wallonie bloque la « grande » Europe: Scandale ?

Les « patrons » des institutions européennes et Canadiennes, le Premier Ministre (francophone) fédéral belge, le Président (N-VA) du gouvernement flamand ne cessent de se gausser de l’attitude des parlements francophones, bruxellois et wallons qui s’opposent à la signature du CETA tel qu’il est rédigé aujourd’hui et exigent d’en continuer les négociations. J’ai lu ici et là des affirmations du genre « 1% » des européens contre 99%, c’est anti-démocratique. Il y a là un sérieux canard dont il faut couper la tête…En effet, les parlements wallon, francophone et bruxellois représentent ensemble environ 4,500,000 citoyens, soit environ 1% de la population de l’Union Européenne. Et c’est en effet le refus de ces parlements de donner délégation de signature au gouvernement fédéral belge qui retarde actuellement le processus du CETA. Mais il est totalement faux de prétendre qu’il s’agit de 1% de la population qui en bloque 99%. Pour dire cela, il aurait fallu pouvoir mesurer le taux d’acceptation des populations de chaque pays. Or c’est bien là le reproche qui peut être fait aujourd’hui aux institutions européennes: ne pas avoir choisi un mode de décision intégré.

Si c’était le Parlement Européen qui avait du se prononcer pour ou contre le CETA, ce ne seraient pas 7 parlementaires sur les 700 qui auraient votés contre le traité. La plus grosse partie de la gauche européenne s’y serait sans doute opposée. Et le fameux 1% aurait sans doute gonflé d’un facteur 30 ou 40. Mais ni les parlements nationaux, ni le parlement européen n’ont été invités à voter sur ce projet. Seul la Constitution Belge prévoit qu’en cas de traité international, la ratification par les Régions doit précéder la ratification par l’Etat fédéral. Il ne s’agit donc pas d’une « irresponsabilité honteuse » francophone et wallonne, mais bien d’un manque total d’analyse des services de la Commissaire au Commerce extérieur.

Vous me direz « qu’est-ce que cela change, il y aurait quand même eut 60 à 70% de parlementaires pour voter le traité ». Exact, sauf que… il y aurait eut un débat, les voix des 30 à 40% d’opposants auraient du être entendues et les modifications de bon sens qui semblent demandées aujourd’hui n’auraient pas du se faire avec un sentiment d’humiliation pour les autorités européennes. Car c’est bien là que se joue la suite de l’histoire. Comment Donald et Jean-Claude, les frères ennemis qui dirigent le Titanic européen peuvent-ils se sortir de là sans perdre la face ? Les demandes de base formulées par les bruxellos-wallons sont assez logiques: ne pas céder l’arbitrage de conflits commerciaux à des acteurs qui peuvent avoir un intérêt direct au résultat me semble une demande tout à fait logique… Si les européens s’étaient vus expliquer cela avec la pédagogie qui est appliquée par l’équipe Magnette-Antoine, peut-être auraient-ils fait pression sur leurs députés européens pour changer la donne.

Mais il est clair qu’aujourd’hui l’Europe se décline dans deux versions: l’une, officielle et institutionnelle, est à la solde du monde financier et industriel, ne se soucie absolument plus des questions sociales et pratique le nivellement par le bas du « bien commun » et par le haut des « dividendes privés »; l’autre, associative et spontanée, présente de plus en plus d’alternatives pour permettre aux citoyens de reprendre leur sort en mains.

Ces citoyens qui ne veulent pas d’accords conclus dans leur dos et sans autres explications que « ces accords, c’est plein de jobs pour vous ». Ils veulent comprendre à quelle sauce ils vont être mangés car ils expérimentent tous les jours les conséquences d’une Europe qui s’est mise au service des plus riches et n’a jamais laissé se développer de logique sociale intégrée. Ces citoyens là ne sont pas 1%. Ils sont beaucoup plus nombreux. Mais en concentrant le feu de leurs critiques sur les wallons et les bruxellois, Tusk, Juncker, Michel et ses partenaires N-VA créent un rideau de fumée qui empêche de les compter.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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