La Wallonie, âne des « animaux malades de la Crise européenne »

Ainsi donc, Donald (prénom prédestiné) Tusk envoie au nom de l’Union Européenne un « ultimatum » au Parlement Wallon – via la Belgique – exigeant du pays qu’il viole sa Constitution pour signer un accord commercial que la Wallonie ne refuse pas, mais dont elle considère simplement qu’il faut l’améliorer.Cette histoire me rappelle la fable de La Fontaine « les animaux malades de la peste » où la responsabilité de la crise qui frappe une Communauté, même si elle est de manière évidente due à la duplicité des plus puissants de ses membres, est finalement reportée sur l’un des plus faibles de ses membres.

Je suis assez surpris (en fait, je ne le suis pas vraiment) de constater l’énergie avec laquelle les leaders Européens ultra-libéraux sont soudains surpris de découvrir qu’ils n’avaient pas tout prévu dans leur construction, et que les effets systémiques de celle-ci pouvaient se retourner contre eux.

Je suis aussi assez ébahi de constater la véhémence des reproches faits à une instance démocratique qui pour une fois a fonctionné de manière modèle (je rappelle qu’au Parlement wallon, seule un petite fraction MR des députés se dit favorable au traité en l’état et que les opposants se comptent tant dans le camp de la majorité PS-CdH que dans l’opposition. Il ne peut ici être question de déni de démocratie. Mais aux yeux des instances européennes (et canadiennes) il s’agit surtout ici de gros sous.

On connaît une Union Européenne bien moins frileuse quand il s’agit de vérifier le respect des accords qui portent sur des questions humanitaires. Que des centaines de milliers de réfugiés crèvent aux portes de l’Europe, que l’Union décide de se les répartir et que des pays comme la Hongrie et ses voisins répondent d’un superbe doigt d’honneur à ces engagements, ce n’est pas grave. Finalement, il n’y va que de la survie de quelques centaines de milliers d’étrangers, parmi lesquels on ne manquera pas de signaler qu’il y a sans doute 1 ou 2 futur terroristes…

Les terroristes et mafieux financiers qui désirent que leurs errements soient jugés par des juges qu’ils rémunèrent eux-mêmes peuvent dormir tranquille. L’Europe envoie un ultimatum à tout qui s’érige, dans le cadre des processus de décision ad hoc, contre un traité commercial.

En bref:

  • un pays viole de manière flagrante un règlement européen en construisant des murs pour empêcher son quota de migrants d’entrer chez lui, les institutions européennes semblent ne rien remarquer.
  • un pays respecte totalement l’ensemble des règles institutionnelles européennes et constitutionnelles de son propre pays pour permettre la transparence dans la discussion d’accords commerciaux et financiers, risquant ainsi de mettre à mal les intérêts d’un club de milliardaires qui avait décidé de régler « en famille » les petits conflits qui pourraient les opposer… et le patron de l’Union, dans son beau costume-cravate vient taper sur les doigts du pays en question.

A ce rythme là, nous ne devrons pas attendre mars 2017 pour constater que le Brexit se transforme en accord commercial entre le Royaume Uni et l’Europe aux accents encore plus libéraux que ceux qui régissent les transactions au sein même de la Communauté.

C’est bien la démocratie qui est attaquée ici à travers les menaces récurrentes de l’Union Européenne envers le Parlement Wallon, car quand une institution ne disposant pas de légitimité démocratique complète (je ne ferai pas un cours sur les institutions européennes, mais rappellerai que la seule institution européenne élue au suffrage universel – le Parlement Européen – n’a pas de pouvoir sans l’approbation de chacun des pays, et donc perd ainsi toute son autorité) peut imposer son bon vouloir à une autre institution, disposant elle de prérogatives clairement définies dans la charte fondamentale d’un Etat profondément démocratique, cela s’appelle un ingérence inacceptable. Rappelons-le, ce n’est pas le Parlement Wallon qui jette ici l’éponge sur le traité CETA. Il demande juste une négociation sérieuse. Il faut ré-écouter le discours de Paul Magnette du 15 octobre dernier à ce sujet, c’est une leçon de démocratie parfaitement énoncée.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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